Les Presses Du Reel

  • La pensée de Jacques Rancière a profondément modifié la réflexion contemporaine, en particulier dans sa façon nouvelle d'articuler les rapports entre esthétique et politique. Bien qu'elle ait pris une place grandissante dans son oeuvre, à la faveur des derniers livres notamment, la question des images et de leur pouvoirs n'avait pas encore fait l'objet d'une interrogation spécifique. Une conversation, assortie d'une introduction par Andrea Soto Calderón, afin de mieux cerner en quoi les images sont le site d'une reconfiguration des possibles.

    Andrea Soto Calderón est philosophe, basée à Barcelone, où elle enseigne l'esthétique.

  • Une réflexion collective et transdisciplinaire sur la notion de distraction, pensée à la fois comme le stigmate de nos sociétés et comme son antidote.
    Notion souvent dévalorisée ou fustigée, la distraction renvoie autant à certaines modalités de l'attention (flottante, incidente, mobile...) qu'aux formes sensibles associées à la culture de masse. La distraction est plus ambivalente que sa dénonciation ou sa synonymie avec le terme de divertissement ne le laissent supposer. Tandis que ce dernier pourrait ne renvoyer qu'au fait de se détourner d'une chose, de faire diversion, la distraction relève plutôt d'un conflit d'attractions. En résulte une double orientation des recherches qui composent cet ouvrage, où l'examen local d'états de coexistence entre perception distraite et capacité attentionnelle voisine avec des réflexions sur les influences réciproques entre le domaine des arts et la société du spectacle.
    Cette notion de distraction qui se dédouble en deux branches est également clivée, entre émancipation et aliénation, tant dans ses pratiques que dans ses productions. Les réflexions rassemblées ici interrogent la façon dont la distraction cristallise certaines interrogations du présent, celles d'un monde qui se numérise et dont les tensions politiques vont croissant. On peut ainsi paradoxalement penser la distraction à la fois comme le stigmate de nos sociétés et comme son antidote. Elle connaît dans ce recueil un sort fidèle à son étymologie, elle est « tirée en divers sens » dans une variété d'interprétations et d'expériences où sa parade se manifeste de manière inattendue et fend les idées reçues.

  • Un récit captivant qui explore les coulisses de la scène artistique internationale, au fil d'enquêtes auprès de figures telles que Ai Weiwei, Jeff Koons, Yayoi Kusama, Cindy Sherman, Andrea Fraser, Laurie Simmons, Carroll Dunham, etc., pour réhumaniser et démystifier l'art contemporain.
    Pour 33 artistes en 3 actes, Sarah Thornton a rencontré 130 artistes entre 2009 et 2013. Cet ouvrage nous offre un éventail éblouissant d'artistes : des superstars internationales jusqu'aux professeurs d'art moins connus.
    On assiste, par exemple, à la rencontre de l'auteure avec Ai Weiwei avant et après son emprisonnement ; avec Jeff Koons alors qu'il séduit de nouveaux clients à Londres, Francfort ou Abu Dhabi ; avec Yayoi Kusama dans son studio au coin de l'asile de Tokyo qu'elle habite depuis 1973 ; avec Cindy Sherman, chez qui elle fouille dans les placards, ou encore aux moments partagés avec Laurie Simmons, Carroll Dunham et leurs filles Lena et Grace.
    Témoin privilégié de leurs crises et de leurs triomphes, Sarah Thornton porte un regard analytique et ironique sur les différentes réponses à cette question centrale : « Qu'est-ce qu'un artiste ? ».
    L'ouvrage est divisé en trois domaines : politique, parenté et artisanat, constituant une enquête sur le psychisme, la personnalité, la politique et les réseaux sociaux des artistes.
    À travers ces scènes intimes, Sarah Thornton examine le rôle que les artistes occupent en tant que figures essentielles dans notre culture.

  • Une étude sur les représentations de la séropositivité et du sida dans l'art américain et européen.
    La crise du sida est un tournant majeur de l'histoire contemporaine, en art aussi. Ce livre s'intéresse à son impact sur les artistes et activistes américains et européens, du premier recensement des cas de la maladie, en 1981, à la révolution thérapeutique de la fin des années 1990. De Cindy Sherman à Derek Jarman, de Niki de Saint Phalle à Jeff Koons, de Gilbert & George à Jenny Holzer, de Michel Journiac à David Wojnarowicz, d'Izhar Patkin à Zoe Leonard, ou dans ce que produit ACT UP, on repère le même saisissement dans les représentations qui ne pouvaient alors plus être les mêmes, et pour cause.
    Les images sont habitées par tout ce qui travaillait les sociétés occidentales au temps de l'épidémie, et d'abord le pire d'elles-mêmes, qui se défoulait dans un espace social miné par la crise. Elles s'en souviennent, comme des forces de résistance qui lui furent opposées. Elles sont les témoins de la volonté intraitable de ne rien céder, mais également de sortir par tous les moyens d'une situation bloquée.
    À partir de très nombreuses représentations visuelles, ce récit de la crise épidémique ouvre ainsi sur une histoire politique, économique et sociale de cette époque fatalement hantée par la catastrophe.
    Cet ouvrage est issu d'une thèse ayant reçu la « Mention spéciale », Prix de thèse de l'université Paris-Sciences-et-Lettres (PSL) 2019 (catégorie « Sciences humaines et sociales »), le Prix de thèse 2019 de l'École doctorale 441 d'histoire de l'art-Équipe d'accueil du Centre de recherche Histoire culturelle et sociale des arts (HiCSA), université Paris 1 Panthéon Sorbonne et le Prix de thèse en histoire de l'art 2018 de la Commission de la recherche de l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

  • Une étude et la traduction d'un texte fondamental sur l'« art des fous » en Russie, qui permet de rétablir tout un pan de l'histoire occidentale de l'intérêt des médecins psychiatres pour les relations entre création et folie.
    Dans la Russie soviétique des années 1920, l'Académie d'État des sciences de l'art, fondée sur un programme conçu par Kandinsky, rassemble durant dix ans des philosophes, des psychologues, des physiciens, des historiens de l'art et de la littérature. Avec l'esthétique allemande pour héritage et la contribution d'artistes, elle s'emploie à repenser le travail de la culture en intégrant toutes les formes de création.
    Dans ce contexte unique en Europe, le psychiatre Pavel Karpov anime une commission sur les aptitudes que libère la maladie mentale. L'étude ici traduite, accompagnée d'un essai approfondi de Giordana Charuty et Elena Prosvetina, se fonde sur sa propre collection d'écrits, de dessins et de peintures pour définir, non un art des fous, mais une psychologie générale du conflit créateur, fondée sur une subjectivité divisée. Elle inaugure un renversement de perspective, par rapport à la quête contemporaine d'altérités créatrices, que la réflexion collective met en oeuvre en élargissant son questionnement aux vies tourmentées de grands écrivains, de poètes, de peintres, d'acteurs, de musiciens reconnus par le « monde d'avant ». Décrire l'artiste au travail invite à faire de la folie, moins un diagnostic médical, qu'une métaphore culturelle du faire créateur.

  • Le premier volume du recueil de textes de Nicolas Bourriaud, autour de la problématique du temps dans l'art, et de la manière dont le thème ou le motif du temps et de la durée traverse l'oeuvre de nombreux artistes, en relation avec la société, les publics et l'histoire.

    La critique d'art s'apparente plus que jamais à cette antique science qu'est la balistique. Dans un monde plus mouvant que jamais, elle calcule la trajectoire d'étranges objets catapultés dans la Cité, les oeuvres d'art. Elle explore leur parcours sinueux, cartographie les paysages qu'elles traversent. Elle est un discours trajectorial en son principe : à l'étude du mouvement décrit par l'oeuvre s'ajoute la description d'un itinéraire modèle, c'est-à-dire ce calque subjectif et conceptuel qui se surimpose, le temps d'un texte, aux formes de la production artistique : la théorie.
    Quelles que soient les circonstances qui président à l'écriture des préfaces et des articles que l'on dissémine ça et là, les mêmes traits surgissent pour former des figures similaires, comme la limaille de fer se reconfigure toujours en fonction du degré de puissance d'un aimant. Textes de commande ? Oui, si l'on considère que l'activité du critique consiste à répondre aux sollicitations. Autrement dit, comme le pensait Serge Daney, à renvoyer la balle après un service, au plus près possible d'une trajectoire gagnante - en tout cas ailleurs que dans les pieds de l'artiste. C'est déjà beau de renvoyer le projectile, à une époque où l'on se contente de faire du mur contre les images. Mais on ne doit pas toujours renvoyer de la même manière, il faut diversifier les coups, du lob au passing shot... Pour éveiller l'intérêt, il importe en premier lieu de surprendre l'envoyeur, de viser un coin du terrain où personne ne se trouve, chercher toujours l'angle imprenable.
    Ce premier tome regroupe des textes qui abordent la problématique du temps dans l'art. Tout d'abord en tant que thème central pour une génération d'artistes dont j'ai suivi le travail depuis mes débuts, à la toute fin des années 1980, puis comme un motif conceptuel, du temps réel de l'esthétique relationnelle aux bifurcations borgésiennes des artistes-archéologues, en passant par la grande synchronisation planétaire de ces dernières décennies.
    Le volume inclut des textes sur Charles Avery, Braco Dimitrijevic, Subodh Gupta, Bertrand Lavier, Pierre Huyghe, Melik Ohanian, Philippe Parreno, Matthew Ritchie, Franz West...

    Voir aussi Formes et trajets - Tome 2 : Topologies.

    Commissaire d'exposition, écrivain, critique d'art et théoricien mondialement connu notamment pour le concept d'esthétique relationnelle, Nicolas Bourriaud (né en 1965), co-fondateur et co-directeur, avec Jérôme Sans, du Palais de Tokyo à Paris de 2000 à 2006, co-fondateur des revues Documents sur l'art (1992-2000) et Perpendiculaire (1995-1998), a été conservateur pour l'art contemporain à la Tate Britain, professeur à l'université de Venise, chef de l'Inspection de la création artistique à la direction générale de la création artistique du ministère de la Culture, directeur de l'Ecole nationale supérieure des Beaux-arts de Paris. Il dirige actuellement le centre de culture contemporaine la Panacée à Montpellier.

  • La traduction française du livre majeur de l'anthropologue anglais Alfred Gell, l'une des toutes premières tentatives anthropologiques de définition de l'art, un ouvrage fondamental, tant pour les historiens de l'art que pour les anthropologues, et dont le concept principal (agency, « agentivité ») a depuis longtemps été repris par maints théoriciens.
    Plutôt que de penser l'

  • Pionnier et figure tutélaire de la Medientheorie allemande, Friedrich Kittler sonde dans ce livre les infrastructures matérielles et techniques de la culture, laissant apparaître, au passage, comment la psychanalyse est couplée à la naissance du gramophone, l'art de la guerre au cinéma et l'émancipation de la femme au développement de la machine à écrire. La première traduction française d'un ouvrage qui a fait date.

    Prenant la suite d'Aufschreibesysteme 1800-1900 paru un an plus tôt, Gramophone, Film, Typewriter (1986) élargit les ambitions théoriques de celui-ci : le livre sonde les infrastructures matérielles de la culture moderne, montrant au passage comment la psychanalyse est corrélée à la naissance du gramophone, l'art de la guerre au cinéma et l'émancipation de la femme au développement de la machine à écrire. Pour le sujet moderne, c'est le constat d'une énième blessure narcissique : son imaginaire ne lui appartient pas ; les mots, les sons et les couleurs résultent du trafic occulte des appareils. Gramophone, Film, Typewriter a inauguré tout un champ de recherche sur les enjeux en même temps esthétiques, épistémologiques et politiques de ce que Kittler appelle les « Medien ». Après sa lecture, on cessera définitivement de considérer qu'un médium pourrait constituer un moyen de communication neutre.

    Un hypertexte théorique (textes, images, sons, liens) formant un commentaire de Gramophone, Film, Typewriter, constituant l'autre « face » de la postface à la traduction française de l'ouvrage, est consultable ici : http://kittlers.media.

  • Maria Stavrinaki livre une réflexion ambitieuse sur les usages de la notion de préhistoire - sur les interprétations successives qu'en ont données non seulement les artistes, mais aussi les philosophes, les écrivains, les historiens, les historiens de l'art, les préhistoriens et les anthropologues, depuis son invention au XIXe siècle - à la fois dans l'écriture de l'histoire de la modernité et dans l'expérience moderne de la temporalité : un retour à la fondation de l'histoire humaine pour aider à penser notre condition présente.

    La préhistoire est une invention du XIXe siècle. Durant ce siècle fameux pour ses hardiesses techniques et ses cadences accélérées, trois récits majeurs de la pensée occidentale s'engagent l'un après l'autre dans un passé jusqu'alors insoupçonné : l'âge de la Terre, l'âge de l'homme, l'âge de l'art.
    Que serait une histoire de la modernité envisagée depuis ces trois inventions du temps long, consécutives et imbriquées ? Assurément une histoire bien plus complexe que cette quête arrogante du progrès dont nous payerions aujourd'hui le prix fort. La modernité s'est posée au-dessus d'un abîme qui a suscité la stupeur. Réinventant sans cesse la préhistoire, elle s'y invente constamment elle-même : elle projette son angoisse de la fin et son espoir de l'avenir dans les formes de cette origine introuvable.
    Parce que la préhistoire a semé le trouble dans la classification des savoirs, ce livre traverse des formes et des discours multiples : oeuvres d'artistes majeurs de la modernité (Cézanne, De Chirico, Matisse, Miró, Picasso, Smithson, Dubuffet, Oldenburg...), images scientifiques et caricatures, littérature, philosophie et sciences humaines.
    Soixante ans après les premières explosions atomiques qui ont inauguré le terme de « posthistoire », notre rapport à la Terre et à la technique est à nouveau bouleversé. Penser la fondation de l'histoire humaine sur l'abîme du passé peut nous aider à penser notre condition moderne.

  • Une philosophie de la décolonisation qui entend montrer comment, dans les savoirs et les arts, le passé peut être dépassé.

    Penser la décolonisation des savoirs et des pratiques intellectuelles, littéraires et artistiques demande à réfléchir sur les lieux et les formes de cette grande transformation. Pour la dire, il faut réfléchir in concreto : elle a déjà commencé. Elle n'est ni devant nous, telle un programme à initier, ni derrière nous, telle un processus achevé. Elle est à l'oeuvre mais plus ou moins, de façon différenciée, dans le travail d'écrivains et d'artistes qui irriguent ici la réflexion philosophique. La décolonisation prend ainsi sens dans ses grandes lignes comme son détail.
    Autrefois, la métropole et la colonie apparaissaient comme deux espaces tout aussi distincts en principe qu'entremêlés en réalité. Les indépendances africaines ont profondément modifié ce paysage, créant des entre-mondes de la philosophie, de la littérature, des arts. Le sud peut déloger le nord. L'étrange(r) voisiner avec le familier, le vivant cohabiter avec le fantôme. Les affranchissements, les franchissements sont multiples, divers. Comment les lignes se déplacent-elles et dans quels mouvements ? Les arts visuels, la musique, la littérature montrent des chemins.
    Ce livre est un parcours plus qu'un itinéraire, une critique plus qu'une doctrine : une migration. Il est une philosophie de la décolonisation qui entend montrer comment, dans les savoirs, le passé peut être dépassé.

    Seloua Luste Boulbina est philosophe, ex-directrice de programme (« La décolonisation des savoirs ») au Collège International de Philosophie (2010-2016), actuellement chercheuse (HDR) à l'Université Paris Diderot. Elle a été professeure à l'université de Pékin et de Brasilia. Théoricienne de la décolonialisation, elle travaille sur le colonial et le postcolonial dans leurs dimensions politiques, intellectuelles et artistiques. Elle a collaboré avec des artistes et conçu les Transphilosophies (Alger, New York, Dakar). Elle a publié de nombreux ouvrages dont Le Singe de Kafka et autres propos sur la colonie (2008), Les Arabes peuvent-ils parler ? (2011) ou L'Afrique et ses fantômes (2015).

  • Le recueil des écrits sur l'art du philosophe, historien, sémiologue et critique d'art Louis Marin (1931-1992).

  • Le grand retour de la question anthropologique a complètement redessiné les enjeux de la représentation. Un état des lieux.
    Ces dernières années ont été le théâtre d'une étonnante résurgence de la question anthropologique. Parmi les propositions les plus débattues, il y a eu celle qui consisterait à penser l'homme non pas comme un animal doué de langage, mais avant tout comme un homo pictor ou encore comme un homo spectator, capable de produire et de reconnaître ses propres images. Si entre-temps, cette idée d'une anthropologie par l'image a permis d'inaugurer des nouveaux domaines de recherche, comme l'anthropologie visuelle, celle-ci relève cependant d'une histoire déjà plus ancienne dont cet ouvrage livre quelques clés. Entre ceux qui considèrent que les images sont le reflet exact de l'homme et ceux qui, au contraire, sont d'avis que les artefacts visuels mènent une vie dont les raisons échappent à la logique anthropocentrique, se dessinent aujourd'hui les lignes de front de ce qui s'apparente à une nouvelle querelle de l'image.

  • Regards croisés sur les formes hétérogènes que peut prendre le discours des images (une anthologie).

    Si elles ne manquent certainement pas de visibilité, les images contemporaines souffrent par contre d'un défaut de lisibilité. Suralphabétisés que nous sommes, nous sommes encore imparfaitement préparés pour déchiffrer les nouvelles réalités visuelles qui déterminent pourtant nos vies, plus que jamais. Comment réarmer le regard et faire de la lecture un outil critique du présent ? Regards croisés (histoire de l'art, philosophie, photographie, cinéma, architecture, histoire des sciences...) sur les formes hétérogènes que peut prendre le discours des images. Avec, incidemment, un retour sur la notion même de lecture qui, au contact des images, vient toucher à sa propre limite. Comment lire donc, au risque de l'illisibilité ?

    Voir aussi Penser l'image (volume I) ; Penser l'image II - Anthropologies du visuel.

  • Le second volume du recueil de textes de Nicolas Bourriaud, autour du thème de l'espace dans l'art et de la problématique de ses représentations, de ses modèles et des systèmes économiques et sociaux qui s'y rapportent.

    La critique d'art s'apparente plus que jamais à cette antique science qu'est la balistique. Dans un monde plus mouvant que jamais, elle calcule la trajectoire d'étranges objets catapultés dans la Cité, les oeuvres d'art. Elle explore leur parcours sinueux, cartographie les paysages qu'elles traversent. Elle est un discours trajectorial en son principe : à l'étude du mouvement décrit par l'oeuvre s'ajoute la description d'un itinéraire modèle, c'est-à-dire ce calque subjectif et conceptuel qui se surimpose, le temps d'un texte, aux formes de la production artistique : la théorie.
    Ce second tome de Formes de Trajets traite de l'espace : comment les artistes en établissent la topologie, les modèles économiques. De quoi l'art est-il contemporain ? Du système économique et social qui l'environne ; soit pour le nier ou le combattre, soit pour en adapter les motifs et les principes dans une perspective critique. Toute oeuvre d'art constitue ainsi une économie, dans la mesure où elle habite, ou campe, dans la superstructure d'une période historique. Toute problématique de la représentation se double aujourd'hui d'une problématique de visualisation : à quels outils optiques et formels les artistes peuvent-ils recourir pour montrer le monde contemporain, pour en désigner les passages, les zones de fracture ou d'ombre ? Dans l'art d'aujourd'hui, les représentations diagrammatiques, schématiques ou topologiques, mais également un grand nombre d'installations et d'actions, naissent de cette obsession protéiforme : la collecte et l'utilisation de l'information.
    Le volume inclut des textes sur Alighiero Boetti, Plamen Dejanoff, Fischli/Weiss, Raymond Hains, Alain Jacquet, Joseph Kosuth, Michel Majerus, Bruno Serralongue...

    Voir aussi Formes et trajets - Tome 1 : Hétérochronies.

  • Une anthologie de textes de philosophes, de théoriciens et d'historiens de l'art (Boehm, Mondzain, Nancy, Coccia, Alloa, Belting, Bredekamp, Mitchell, Rancière, Didi-Huberman) qui témoignent à la fois de l'incidence de la question de l'image, de sa logique spécifique et de la transformation du champ visuel dans les savoirs contemporains, et de la variété de ses approches conceptuelles, de la préhistoire à nos jours et dans différentes traditions de pensée.

  • Une analyse des actes technocritiques d'artistes, hackers et activistes de l'ère (post-)numérique.

    Contre l'hégémonie de l'innovation, ces derniers invitent à « mordre la machine », ré-ouvrir les boîtes noires, reprendre la main, transformer l'imaginaire technique. Leurs différentes approches - sous-veillance, médias tactiques, design spéculatif, statactivisme, archéologie des médias - explorent et expérimentent le hardware des machines, les coulisses de l'intelligence artificielle, les algorithmes de surveillance, la reconnaissance faciale, la visualisation des données.
    Ces actes de désobéissance numérique prennent le contre-pied de la gouvernementalité et souveraineté des plateformes (GAFAM). Ils réinscrivent l'histoire du code, du cryptage et du calcul dans une critique de la culture contemporaine et ré-ouvrent des voies d'émancipation citoyenne. « Faire oeuvre de hacking » recouvre ici des enjeux sociaux et politiques autant qu'esthétiques : réflexivité (critique), autonomie, indépendance, réappropriation des cultures matérielles (contre l'obsolescence et contre l'opacité des systèmes). La question du détournement y est centrale, l'humour et la parodie y occupent une place de choix.
    En proposant de « penser par l'art », l'ouvrage aborde différentes figures de cette désobéissance numérique à travers les oeuvres de plusieurs artistes internationaux : Trevor Paglen (USA), Paolo Cirio (Italie, USA), Julien Prévieux, Benjamin Gaulon, Christophe Bruno, Samuel Bianchini (France), Bill Vorn (Canada), Disnovation.org (France, Pologne, Russie), HeHe (France, Allemagne, Royaume-Uni).

  • Une réévaluation collective du rapport de Gertrude Stein aux arts, qui permet de complexifier les rapports entre écriture et arts visuels dans son oeuvre.

    De profondes affinités lient Gertrude Stein aux arts, qu'ils soient visuels, plastiques, vivants. La sensibilité esthétique de Gertrude Stein a fait d'elle non seulement l'amie et la mécène des plus grands artistes du XXe siècle, mais également l'auteur d'une écriture qui répondait, dialoguait continûment avec les arts de son temps et l'histoire de l'art. Même si c'était la volonté de Stein de créer des liens entre écriture et arts, ce rapport ne serait qu'imparfaitement relaté si on s'en tenait à l'évidente sur-présence de la peinture et de la sculpture dans sa vie. Outre les études novatrices sur la relation de Stein à Duchamp et Picabia, outre les études sur la construction du mythe de Stein en peinture et la réception de ses écrits par les artistes, ce volume cherche à couvrir un terrain plus étendu, qui va de la photographie au cinéma. Ainsi, cet ensemble d'études cherche à réévaluer le rapport de Gertrude Stein aux arts et à complexifier les rapports entre écriture et arts visuels dans son oeuvre.

  • Les images sont partout : à la télévision, sur l'écran de nos ordinateurs, dans les rues. Images de la publicité, images de la politique, images de la peur, images du désir : autant de noeuds historiques qu'il convient de démêler à l'aide d'outils appropriés.
    Comment peut-on analyser les images ? Carlo Ginzburg, historien de l'art considéré comme l'un des plus importants de sa génération, répond à cette question en proposant quatre essais d'iconographie politique : le frontispice du Léviathan de Hobbes, Marat à son dernier soupir de David, l'affiche de propagande Your country needs you!, Guernica de Picasso. Mais toute image est une image politique.

  • Une enquête sur les enjeux à la fois artistiques et politiques de l'art participatif, depuis les années 1990.

    Jeremy Deller propose aux anciens mineurs d'Orgreave de participer à la reconstitution historique en costume de l'émeute ouvrière anglaise de 1984. Javier Téllez organise avec les patients de l'hôpital psychiatrique de Tijuana la propulsion d'un homme-canon par-dessus la frontière américano-mexicaine. Thomas Hirschhorn invite les habitants d'un quartier du Bronx à construire un monument en l'honneur du philosophe Antonio Gramsci. Une peau de cerf sur les épaules, Marcus Coates rencontre les résidents d'HLM à Londres et réalise une consultation spirituelle du lieu, en qualité de chaman.
    Ces pratiques artistiques contemporaines forment une nouvelle galaxie étrange, qu'on appellera ici art en commun. Il s'agit de créer dans l'espace social plutôt que dans l'atelier ; sur une longue durée et avec d'autres plutôt qu'en son for intérieur ; de façon collective plutôt que démiurgique. L'oeuvre n'est pas le fruit du travail de l'artiste seul, mais celui d'une collaboration en présence entre artiste et volontaires.
    Ce dispositif artistique bouleverse notre conception de l'art et nos catégories esthétiques. Mais il revêt aussi une dimension politique, en s'emparant des questions de participation et de communauté qui comptent parmi les enjeux les plus cruciaux des tentatives actuelles de vivification de la démocratie, comme de la reconfiguration de nos manières de vivre.
    Cet ouvrage propose d'interroger les liens entre participation en art et en politique dans le contexte démocratique et néolibéral qui est le nôtre. Et de penser comment l'art en commun peut contribuer à la réinvention des formes possibles du collectif.

  • Jean Dubuffet et l'Art Brut face au paradigme primitiviste.

    Tordre le cou au primitivisme : voilà l'un des enjeux du travail de Jean Dubuffet (1901-1985). Le lecteur pourra trouver l'affirmation paradoxale tant l'artiste semble être le parangon du primitivisme artistique dans la seconde moitié du XXe siècle. Tout pourtant dans son travail concourt à récuser l'existence d'un art supposé « primitif », pierre de touche d'une conception européenne et raciste de l'art, repliée sur elle-même et ébranlée au sortir de la Seconde Guerre mondiale. En poussant à l'excès les codes du primitivisme de son temps, le peintre en dévoile lucidement les ressorts et les présupposés.
    Considérant ensemble les trois activités de Dubuffet - la peinture, l'écriture et les prospections qu'il mène pour son entreprise de l'Art Brut - ce livre cherche à mieux comprendre cet activisme critique initié au début de la reconnaissance professionnelle de l'artiste.
    Mois après mois, année après année, l'auteur retrace le cheminement intellectuel et la pratique maniaque de celui qui défendra et promouvra l'invention artistique dans tous ses états. Chemin faisant s'esquisse un portrait de l'art parisien d'après-guerre à l'heure de l'institutionnalisation de l'avant-garde : celui d'une vaste redistribution des rôles qui affecte les mondes de l'art, de la littérature, de la critique, mais aussi de l'ethnologie et de la psychiatrie.
    Célébrant l'opération artistique en partant de l'informe, Dubuffet cherche alors à déjouer les procès de catégorisation qui sévissent dans le champ de la création, tout comme dans celui des sciences humaines et sociales. Là est la pointe de la critique de Jean Dubuffet, là est la besogne de l'Art Brut.

    Voir aussi Jean Dubuffet ; Hubert Damisch & Jean Dubuffet ; Pierre Leguillon : Dubuffet Typographe.

  • Vingt propositions pour le développement des pratiques et recherches artistiques en milieu académique.

    La « recherche-création » monte en puissance en France. Erin Manning et Brian Massumi en sont parmi les plus radicaux théoriciens. Ils se demandent dans ce petit ouvrage quelle écologie de l'expérience mettre en place, entre recherche et création, pour nous aider à penser ensemble et à mettre la pensée en acte. En guise de réponses, ils tirent de leurs expériences vingt propositions décoiffantes et enjouées, qui donnent des envies plutôt que des leçons. Ils sèment ainsi des graines d'événements éminemment politiques, dont notre avenir a bien besoin.

    Le texte original constitue l'un des chapitres de Thought in the Act. Passages in the Ecology of Experience, Minneapolis, University of Minnesota Press, 2014 (ISBN : 978-0-8166-7966-9).
    Erin Manning est titulaire d'une chaire de recherche en Art Relationnel et Philosophie dans la Faculté des Beaux Arts de l'université de Concordia à Montréal. Elle est également directrice du SenseLab (www.senselab.ca), un laboratoire qui explore les intersections entre pratiques artistiques et philosophie à travers la matrice du corps sensible en mouvement. Ses oeuvres ont été exposées, entre autres, dans les Biennales de Sydney et de Moscou, à la Glasshouse (New York), au Musée d'Art de Vancouver, au Musée McCord de Montréal et à la Maisons des Cultures du Monde à Berlin. Ses publication récentes incluent The Minor Gesture (Duke UP, 2016). Always More Than One: Individuation's Dance (Duke UP, 2013), Relationscapes: Movement, Art, Philosophy (Cambridge, Mass.: MIT Press, 2009).

  • Au-delà de l'habituel questionnement ou du simple commentaire, un véritable énoncé des conditions d'une possibilité d'action qui a tout d'une révolution.
    A chaque époque son protocole, à chaque situation ses outils d'analyse et de fabrication d'une oeuvre d'art commune et singulière : telle est l'ambition des Nouveaux commanditaires pour notre temps. La proposition d'un artiste, François Hers, qui transforme radicalement les conditions d'émergence et d'appropriation de l'art et l'engagement d'un médiateur, Xavier Douroux, qui tire les premiers enseignements de l'expérience de sa mise en oeuvre.

  • Un essai introductif sur l'art asilaire, depuis la belle époque jusqu'à la théorisation de l'art brut, suivi d'une réédition critique et augmentée de la célèbre étude de l'aliéniste français du début du XXe siècle Marcel Réja sur la production artistique chez les « fous ».

    Quand Jean Dubuffet cristallise l'art brut, André Breton rappelle la gêne croissante qu'avaient les aliénistes à s'accorder autour de l'art des fous. Cette quête - à la fois esthétique et médicale - trouve, autour du Musée de la folie du docteur Marie et du livre-phare de Marcel Réja, une réflexion nouvelle qui vient interroger le sens commun à propos des limites de l'art et de la folie, question qui va hanter le XXe siècle.
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    Professeur d'histoire de l'art contemporain à Paris-X Nanterre, Régent du Collège de 'Pataphysique (chaire d'Amôriographie littéraire, ethnographique et architecturale), Marc Décimo est linguiste, sémioticien et historien d'art. Il a publié un vingtaine de livres et de nombreux articles sur la sémiolologie du fantastique, sur les fous littéraires (Jean-Pierre Brisset - dont il a édité l'oeuvre complète aux Presses du réel -, Paul Tisseyre Ananké) et sur l'art brut, sur Marcel Duchamp (La bibliothèque de Marcel Duchamp, peut-être, Marcel Duchamp mis à nu, Le Duchamp facile, les mémoires de Lydie Fischer Sarazin-Levassor, Marcel Duchamp et l'érotisme) et sur l'histoire et l'épistémologie de la linguistique.

    Voir aussi Marc Décimo & Tanka G. Tremblay.

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