Actes Sud

  • Seins

    Ramón Gómez De La Serna

    Inventaire fou, baroque et délirant d'un adorateur...

  • Faussaires illustres

    Harry Bellet

    40 % des oeuvres du Metropolitan Museum de New York sont des faux. C'est du moins l'opinion de son ancien directeur, Thomas Hoving. Après enquête, on se demande s'il n'est pas en-deçà de la vérité. Huit scandales mettant en scène de tristement célèbres faussaires sont racontés ici, pour lutter contre deux idées : non, il n'existe pas de "génie" du faux (sauf ceux qu'on n'a pas attrapés) ; oui, il y en a partout, et ils sont très difficilement détectables...

  • Ce qui frappe dans l'oeuvre d'Atget ce n'est pas tant l'obstination avec laquelle il a parcouru, jour après jour et trente années durant, les rues de Paris et de ses environs, ce qui frappe c'est qu'il se soit si subtilement exprimé dans ces images du vieux Paris, ces vitrines, ces façades ou ces intérieurs "artistiques, pittoresques et bourgeois", qu'il en ait dit autant sur sa nature profonde, sur ses goûts et sur ses convictions politiques, lui qui ne s'est, en paroles, jamais raconté.

  • Julia Margaret Cameron s'initie à la photographie. Avec autant de passion que de détermination. Le poulailler est transformé en studio, la cave à charbon en chambre noire. D'abord moquée par une critique qu'on peut soupçonner de misogynie, elle développe une pratique photographique bien éloignée des préoccupations de perfectionnement technique et de réalisme documentaire de ses contemporains. En effet, ses aspirations artistiques et picturales la conduisent à produire des portraits de grand format, des scènes bibliques comme des scènes de genre. Auteur prolixe, elle utilise comme modèle le cercle d'artistes et d'intellectuels qui l'entourent comme ses proches ou sa femme de chambre. Femme émancipée, elle fait de sa passion pour la photographie une activité professionnelle, exposant et commercialisant ses tirages. Photographe précurseur, par son soucis constant de la maîtrise de la lumière et du flou, par l'intensité émotionnelle de ses portraits, Julia Margaret Cameron suscite, dès le début du vingtième siècle, l'admiration d'Alvin Langdon Coburn ou d'Alfred Stieglitz, et inspire très largement le mouvement pictorialiste.

    Introduction et chronologie de Pamela Glasson Roberts 62 photographies reproduites en quadrichromie notices biographique et bibliographique

  • Ce livre est la première vaste monographie consacrée à l'oeuvre de René Moreu. Il nous fait découvrir une oeuvre ouverte sur des libertés inconnues et invite à s'immerger dans un jardin de sensations extraordinaires.

  • En 1863, moins de dix ans après l'ouverture du Japon à l'Occident, obtenue par le commodore Perry, Felice Beato - déjà rendu célèbre par ses reportages sur la guerre de Crimée (1855), la révolte des Cipayes (1857) et la seconde guerre de l'Opium (1860) - rejoint à Yokohama son compatriote Charles Wirgam, avec lequel il fonde une société de photographes. Les vues du Japon qu'il rassemble dans ses deux albums publiés en 1868, Native types et Views of Japan, créent un choc pour le public occidental et contribuent grandement à la fascination durable qu'exercera sur lui cette civilisation ainsi révélée. Inspiré par la peinture et l'estampe japonaises, Beato colorie à la main, délicatement, ses épreuves, à la fois par souci de vérité du détail et pour rendre plus sensible l'harmonie et la poésie, jusque-là inédites, des lieux, des rites et des gens.
    Beato influence à son tour les artistes locaux - tel Kusakabe Kimbei, son élève - qui, désignés aujourd'hui sous le vocable générique d'«école de Yokohama» ou simples photographes anonymes, restituent de leur pays une image idéalisée, précise et immuable, en imitant les techniques et le style de leur modèle occidental. Étonnante et féconde osmose : l'adoption immédiate de la technique étrangère sert à magnifier et à approfondir le sentiment d'une identité propre, en en fixant l'image et l'idée. Ce goût paradoxal mais si caractéristique des Japonais pour l'immémorial joint à l'innovation tranche avec notre faculté d'oubli. Jadis pourtant, le raffinement de cet esprit trouva de multiples échos chez les poètes symbolistes et des reflets dans la peinture des impressionnistes, des Nabis, des artistes de la Sécession viennoise ou de l'expressionnisme abstrait.
    D'un format in-folio et d'une qualité plastique exceptionnels, le livre fait la part belle aux artistes autochtones qui évoquent la douceur ineffable des paysages, naturels ou composés par l'homme ; celle, surtout, de l'univers féminin - aristocrates, geishas, enfants, adolescentes. Pourtant guerrier, l'univers masculin est la grâce même, somptueux uniformes chamarrés, corps au décor tatoué. La dureté que l'on devine des travaux et des jours se pare à son tour d'une noblesse hiératique qui la sublime sans la nier.
    Haïkus de Bashô, de poétesses contemporaines (la princesse Masako) ou médiévales (Nukata no Okimi, Kasa no Iratsume), préceptes du bouddhisme zen et de l'art des samouraïs sous-tendent, tels des fils de soie, la délicate architecture de ce rêve d'éternité.

  • Pouvons-nous percevoir le monde par les yeux des autres ? Jusqu'où les expériences visuelles proposées par les artistes peuvent-elles nous transporter ? Cet ouvrage propose une plongée dans plusieurs univers sensibles, une mise en relation des pratiques de vingt-six artistes issus de dix-huit pays différents. Utilisant la photographie, l'image en mouvement, la vidéo, l'installation, les travaux présentés nous amènent à considérer les questions de mémoire en relation avec l'absence ou la surabondance d'images. Ils évoquent nos rapports au monde naturel, la construction visuelle et historique des territoires, les photographies et les films comme supports de projection de soi dans des modèles.

  • Du dessin au tableau, du trait à la couleur, la même recherche fièvreuse de la capture du réel par l'artiste. Anne de Staël met en regard tableaux et dessins qui relèvent de la même inspiration esquisses préparatoires.

  • Édifiée par le sixième calife omeyyade, le conquérant al-Walid (705-715), pour la plus grande gloire de l'islam, de la dynastie et de sa personne, sur l'emplacement d'un ancien temple païen d'Hadad-Jupiter devenu église depuis Théodose, la grande mosquée de Damas fut d'emblée considérée comme l'une des merveilles du monde, surpassant en beauté et en majesté toutes les créations du calife et de son père, 'Abd al-Malik, à Jérusalem (Dôme du Rocher, mosquée al-Aqsa) ou à Médine.
    Géographes, historiens, voyageurs : al-Idrisi, Benjamin de Tudèle, Ibn Battuta, Ibn Khaldun, rivalisèrent de superlatifs pour en louer le caractère unique; jusqu'à cet ambassadeur de Byzance qui, selon la chronique, tomba évanoui en découvrant l'intérieur de la salle de prière! Cette universelle admiration tient d'abord à l'ampleur de ses dimensions et à l'audace de sa conception architecturale, tranchant avec celle des mosquées précédentes pour mieux rivaliser avec les plus fameuses églises de la Syrie.
    L'immense salle de prière, désormais séparée de la cour par une façade monumentale, adopte le plan basilical d'inspiration antique et se développe de part et d'autre d'un «transept» médian, déployant ses colonnes de marbre à chapiteaux corinthiens, reliées par des arcs outrepassés selon la tradition byzantine. La coupole à tambour octogonal, les trois minarets, la cour pavée de marbre blanc, entourée de piliers et de colonnes alternées, les portes ouvragées, la Maison de l'argent (Bayt al-Mal), de structure octogonale, elle aussi, et construite selon la technique byzantine: tout porte la marque d'un grandiose dessein.
    Mais la merveille des merveilles, ce sont les mosaïques. En grande partie détruites par l'incendie de 1893, elles ornaient originairement les murs de la salle de prière et des vestibules, les murs de fond des portiques ainsi que tous les piliers. Un grand panneau, redécouvert en 1927 sur le mur du portique ouest et restauré depuis, est à lui seul un chef-d'oeuvre artistique absolu. La richesse chromatique, incluant une gamme de quarante tons :douze verts, neuf bleus, cinq violets, plusieurs tons d'or et d'argent, est accentuée par les incrustations de nacre illustrant la lumière, symbolique, des lampes omniprésentes dans le décor.
    L'univers entier est représenté en ce lieu qui s'affirme le centre du monde : la luxuriance d'une nature souvent qualifiée de «paradisiaque» ; la théâtralité des architectures de villes et de palais qui rappellent les plus glorieuses créations de Rome et de Byzance, à Pompéi, à Boscoreale, à Sainte-Marie-Majeure, à Saint-Georges de Salonique, au Grand Palais des empereurs de Constantinople.
    Livre de splendeurs, d'érudition aussi.
    L'auteur relate en détail, citant chacune des sources, la lente redécouverte par l'Occident d'un lieu dont il était exclu et dont il refusa longtemps, jusqu'au milieu du siècle dernier, d'attribuer la création à l'islam, prétendant que la mosquée n'était rien d'autre que l'ancienne basilique chrétienne. Ainsi, le livre participe-t-il de l'incessant mouvement de reconstruction et de restauration qui, au fil des siècles et de leurs catastrophes, séismes et incendies, rétablit dans sa gloire l'unique, la sans pareille mosquée des Omeyyades.

  • Si Pompéi offre au visiteur la vision de vastes édifices publics et de multiples commerces, témoins d'une riche activité économique, sociale et politique, Herculanum fascine peut-être encore davantage par l'état de conservation exceptionnel de l'habitat privé : luxueuses villas de villégiature, immeubles à étage destinés à la location, échoppes d'artisans - boulanger, restaurateur, tisserand, foulon -, dont les ustensiles et le mobilier quasi intacts restituent une miraculeuse impression de vie et d'intimité. Les étagères en bois de la maison de Neptune, portant leurs amphores ; dans la maison éponyme, la grande cloison de bois aux clous de bronze, sa table de marbre et sa presse à étoffes, également en bois ; les meules de la boulangerie ; les escaliers qui mènent aux étages, les corridors conduisant aux cuisines ou aux latrines, les toits et les balcons. frappent l'imagination à l'égal des somptueuses décorations préservées sur le site : sols de marbre de la maison du Bicentenaire, mosaïques du nymphée à la villa de Neptune, fresques du sanctuaire des Augustales ou de la basilique.
    La typologie des maisons d'Herculanum présente, par sa variété s'écartant de l'archétype de la domus romaine à atrium, un intérêt tout aussi grand : qu'il s'agisse de la maison samnite en bloc de tuf rectangulaire à décor en stuc peint imitant le marbre ; de l'escalier en maçonnerie de la maison de la Belle Cour, menant à une galerie ; et surtout des magnifiques demeures ouvertes sur les jardins et les belvédères donnant sur la mer. Dans la maison d'Argus, le péristyle est roi, l'atrium a disparu. Dans la maison de l'Atrium en mosaïque, comme dans la maison des Cerfs, l'agencement de la demeure n'est plus replié autour de lui et du tablinium qui le prolonge : il s'ordonne autour du jardin et des belvédères tournés vers la mer. Aux appartements d'hiver répond le séjour d'été, avec son propre triclinium et, autour du jardin, son vaste cryptoportique, couvert et à fenêtres, remplaçant, pour plus de confort, le classique péristyle exposé aux vents.
    Découverte en 1750 lors du creusement d'un puits et aussitôt devenue l'objet de fouilles, la villa des Papyrus est sans conteste la plus somptueuse du monde gréco-romain : y furent extraits mille huit cents rouleaux de papyrus, constituant la bibliothèque de l'érudit beau-père de Jules César, Lucius Calpurnius Pison, la seule à nous être parvenue dans son intégralité. Longtemps interrompues, les fouilles de cette splendide villa, dont la piscine, les belvédères, les péristyles ont inspiré la villa Getty à Los Angeles, ont repris à la fin du siècle dernier, révélant une profusion d'oeuvres d'art, sculptures de marbre (L'Amazone) et de bronze (Le Coureur, Le Faune endormi).

  • " Les immobiles mosquées, que les siècles ne changent pas [...], elles sont l'immuable passé ces mosquées ; elles recèlent dans leurs pierres et leurs marbres le vieil esprit musulman [...1, elles font planer le frisson des vieux souvenirs, le grand rêve mystique de l'Islam...
    " écrivait Pierre Loti en 1890, lors de son retour à Constantinople. Il en est ainsi de maints voyageurs étrangers, saisis par ce charme de l'Orient, " le pays de l'imagination, la terre du merveilleux " (Lamartine). Giovanni Curatola retrace la lente progression et la complexe constitution d'un peuple qu'illustrent ses réalisations architecturales et artistiques, sur près d'un millénaire : du XIe siècle (victoire de Manzikert, en 1071) jusqu'à la fin du XIXe siècle qui parachève l'urbanisme d'Istanbul.
    Au long de ces siècles, l'activité édificatrice et artistique des souverains seldjoukides puis ottomans fut d'une richesse inégalée. Les caravansérails seldjoukides - à Konya, Kayseri, Sivas, Erzurum ou Nigde - comme les madrasas ou les tûrbe funéraires, témoignage d'un passé nomade, frappent par leur hiératique élégance et la richesse ornementale de leurs portails qui culminera dans ceux de Divrigi, chef-d'oeuvre " baroque ".
    L'arrivée au pouvoir des Ottomans, au début du siècle, fait suite au lent déclin de la dynastie seldjoukide. Leur expansion marque un tournant dans les arts : les églises byzantines sont converties en mosquées puis de nouveaux édifices religieux émaillent peu à peu l'empire selon le plan en T renversé, typique de Bursa, qui sera vite prédominant, comme dans la Yesil Camii (v. 1420). L'architecture ottomane connaît son apogée au XVIe siècle avec la figure de Sinan dont les mosquées, une fois dépassé le modèle de Sainte-Sophie, rivalisent de beauté, sculptant la silhouette de Constantinople ou d'Edirne, telle la Selimiye, sa plus haute réalisation.
    Après l'époque de Sinan, trois constructions palatiales majeures sont à retenir : Topkapi Sarayi, le palais d'Ipk Paya à Dagubayazit, aux extrêmes confins de l'empire, et Dolmabahçe, dans la capitale... sans oublier la fontaine d'Ahmed III, " joyau de marbre " (De Amicis), palais, mosquées, tours d'horloge et le pont de Galata. Le prestige des sultans ne se manifeste pas seulement dans les monuments : grâce aux ateliers impériaux, leur mécénat favorise les arts décoratifs - calligraphie, reliure, métaux, céramiques, tissus, tapis, bijoux, miniatures -, indissociables de l'architecture.
    L'extrême beauté des revêtements pariétaux qui ornent l'intérieur des édifices religieux ou civils, mais aussi le mobilier des mosquées, les mihrabs et les minbars ouvragés, sont ainsi mis en perspective dans cet ouvrage à l'iconographie foisonnante. La proximité entre Orient et Occident, où les différents arts n'ont cessé de s'interpénétrer, et l'égal raffinement des deux cultures sont ici manifestes, témoignant d'un langage artistique méditerranéen et universel.
    "Cette cité - écrivait Nerval à propos de Constantinople - est le sceau mystérieux et sublime qui unit l'Europe à l'Asie".

  • Devant la porte de la cuisine, il y a toujours l'escalier de pierre qui monte au grenier. Dans le flou de ma mémoire, j'ai l'impression que c'est mon premier repère de la ferme. Enfant, je n'avais le droit qu'aux premières marches. Je venais m'y asseoir. De là, je pouvais voir l'intérieur de la cuisine; surtout l'été, quand la fenêtre était ouverte. Plus tard, toutes les marches de l'escalier ont été autorisées. Elles sont restées très longtemps un lieu de jeu et d'observation privilégié. Je faisais de l'acrobatie sur la rampe. C'est là que j'ai fait mon premier saut et mon premier équilibre ! A la fin de la journée, on pouvait s'asseoir et écouter les bruits de la ferme, des hangars, des écuries, lorsque mon pire et les ouvriers agricoles revenaient des champs. On pouvait aussi entendre ma mère préparer le repas du soir, sentir les plats de la cuisine. Et, après le dîner on allait de nouveau jouer et sauter dans le vide.

    Aujourd'hui encore, j'aime m'asseoir sur cet escalier. Est-ce la forme si parfaite de ses pierres usées par le temps? Leur couleur, qui change selon la lumière, la saison ? Sous le soleil d'hiver, il y fait doux. On y est bien protégé de la bise, ce vent qui souffle sur la vallée delà Saône. En été, c'est le lieu le plus chaud de la cour. Le soir, le soleil rouge vient mourir en haut des marches.

  • ««C'est après la pluie qu'il faut voir Venise», répétait Whistler : c'est après la vie que je reviens m'y contempler. Venise jalonne mes jours comme les espars à tête goudronnée balisent sa lagune ; ce n'est, parmi d'autres, qu'un point de perspective», écrivait Paul Morand dans Venises.
    En écho à la figure de proue des gondoles - dont six barres évoquent les six sestieri («quartiers») de la ville, l'autre, en sens opposé, l'île de la Giudecca, et dont la ligne sinueuse dessine la courbe du Grand Canal -, les pages nous mènent en un lent cheminement d'une rive à l'autre, de la pointe de la Dogana jusqu'à l'église des Scalzi et à la gare ferroviaire, lieu de tant d'ailleurs.
    Venise à fleur d'eau, où l'eau semble, parfois, sourdre doucement des pierres. Venise essentielle, quasi dépeuplée, dont les courbes semblent le reflet des ferronneries patriciennes, où les couleurs ont le chatoiement élégant des tissus fortuniens. Proust appelait Venise le «haut lieu de la religion de la Beauté» : voici la beauté méconnue d'une ville aux ciels voilés et opalescents de novembre, quand tout s'y tait, que seuls les frémissements de l'air et de l'eau s'effacent devant les calli, les campi, les palais et les églises, les demeures plus modestes, le marché aux poissons de Rialto, vide. Contrepoint des images et, avec elles, la poésie toujours renouvelée d'une ville profonde et intérieure, où l'hier et l'aujourd'hui se confrontent et s'entremêlent tour à tour.
    «Quand je cherche un synonyme pour musique, je ne trouve jamais que ce mot, Venise», avouait Nietzsche : Venise est une musique mystérieuse où il est vital de se perdre.

  • A toutes les époques de l'Empire chinois, le lettré. homme de culture et de pouvoir, s'est entouré d'ustensiles, riches ou savamment humbles, qui forment le support de son rêve ou les amis intimes de son raisonnement. avant de devenir objets de convoitise et de collection. Encre. pierre, pinceau, papier sont. très tût, désignés par l'expression wenfang si bao, les " quatre trésors du lettré ". Les entoure un petit monde d'accessoires - presse-papier, verseuse à eau, pot à pinceaux, pose-bâton d'encre. pose-poignet etc. - qui sont autant de chefs-d'eeuvre artisanaux dont la délicatesse s'est enrichie et diversifiée en Chine, puis au Japon, au long des millénaires. Non contente d'avoir inventé le papier et l'encre indélébile. ainsi que cet instrument au génie polyvalent qu'est le pinceau, la Chine en assure la pérennité en les confectionnant imperturbablement selon des recettes ancestrales et raffinées. Mais, depuis les années 1990. semble être entamé le déclin de l'artisanat savant. déjà remarqué au Japon. Aussi cet ouvrage s'empresse-t-il de visiter les ateliers encore actifs afin de noter en détail les gestes, de décrire les savoir-faire, en même temps qu'il déambule à travers les grandes collections aristocratiques et impériales auxquelles cette production a donné lieu, quasiment jamais exposées dans les musées qui les détiennent aujourd'hui... sans oublier de jeter un oeil aux prix de vente faramineux atteints par les plus beaux de ces objets sur les places de Hong-Kong. de New York ou de Londres. Le Trésor des Lettrés est bien la sonne qu'attendaient les connaisseurs. les amateurs de curiosités et tous ceux que fascine la culture de l'Extrême-Orient. Mais pas seulement. Après avoir accumulé pendant plus de trente ans les informations sur les techniques. l'histoire et les styles qui font la richesse de la papeterie chinoise et japonaise, l'auteur livre ici tous ses secrets. dont le plus précieux : parce que la composition des objets de la calligraphie et de la peinture repose strictement sur des matières naturelles, le connaisseur qui les manipule y voit un sésame pour la relation homme-univers, cette notion d'harmonie générale qui est le fondement de la pensée extrême-orientale. L'encre, la pierre, le pinceau et le papier, ainsi que tous les accessoires qui les entourent, sont. depuis fort longtemps, appelés des " trésors ". Ce livre nous dit que c'était doublement vrai.

  • En interrogeant un large éventail de galeristes sur leur vocation, leurs artistes, leurs clients et leur fonctionnement, Anne Martin-Fugier dresse, à travers ces témoignages d'itinéraires humains, un passionnant panorama du marché de l'art à Paris depuis 1950.

  • Par deux grands spécialistes de la peinture du XVIe siècle italien - Strinati , surintendant des musées de Rome y organisa l'exposition Caravage ; Vezzosi, grand connaisseur de Léonard - un Raphaël inédit - tel cet autoportrait récemment attribué - et dont les auteurs révèlent l'influence, méconnue, sur la peinture du XXe siècle.

  • Comment devient-on une artiste quand votre père est l'un des grands musiciens du XXe siècle, et votre mère une écrivaine et une critique de renom ? Sans doute en fréquentant un génie qu'on a choisi.

  • Au temps où la ville de Ravenne se proclame « capitale de l'Empire romain d'Occident » (Ve-VIe siècles), l'art ravennate exprime le grand souffle du christianisme latin. Il affirme aussi le refus des catholiques de se ranger sous l'autorité des empereurs orthodoxes grecs de Constantinople qui règnent sur le vaste Empire byzantin d'Orient. Ravenne n'est ni orthodoxe, ni grecque, ni soumise à l'Église d'Orient mais se réfère toute au monde romain et latin. De ce constat naît une radicale réinterprétation de l'art et de l'architecture ravennates, sur la base de sources romaines et latines, et ce, par-delà les parentés avec l'esthétique de Byzance.
    À Ravenne, les premiers chefs-d'oeuvre expriment, dès le IVe siècle, l'éclat somptueux d'une esthétique chrétienne certes héritière de l'Antiquité mais novatrice. Cette originalité se manifeste rapidement dans les vastes ensembles de mosaïques qui ornent l'intérieur des monuments ravennates et surprennent par leur infinie beauté. Succession chatoyante et étincelante de scènes figuratives et ornementales se déroulant en frises sur les conques absidales, sur la nef, au-dessus des portiques ou sur l'arc triomphal précédant l'autel, ces mosaïques, telles une « tapisserie somptueuse et inaltérable, tendue pour l'éternité » (L. Bréhier), confèrent une unité remarquable aux parois qu'elles parent de leurs tesselles multicolores.
    Le mausolée de Galla Placidia (milieu du Ve siècle) est le premier chef-d'oeuvre ravennate dont la polychromie, omniprésente, frappe par son intensité. Les baptistères octogonaux « des Orthodoxes » et des Ariens, bâtis tous deux sous Théodoric le Grand, montrent, dans leurs coupoles respectives, les douze apôtres entourant la scène du baptème. En 500, Théodoric fait ériger l'église Saint-Apollinaire-le-Neuf qu'il revêt de mosaïques formant une Imago Mundi d'une haute portée théologique et, à la fin de sa vie, il fonde la basilique Saint-Vital, à plan centré octogonal, où la magnificence des mosaïques flanquant l'autel principal saisit celui qui les contemple. Son mausolée (vers 520-526), de pierre nue, tranche avec le chromatisme tendre du décor de mosaïques de la basilique Saint-Apollinaire-in-Classe, achevée une dizaine d'année après Saint-Vital, et sa vision idéale et pure. En inscrivant l'art de Ravenne dans l'héritage de la Rome paléochrétienne plutôt que dans l'histoire « officielle » de Byzance, Henri Stierlin restitue aux chefs-d'oeuvre ravennates leur rôle éminent. Et les photographies d'Adrien Buchet et d'Anne Stierlin s'attachent toutes à révéler la prodigieuse beauté d'un art infini.

  • Peu de disciplines ont autant fasciné, autant fécondé l'imaginaire des hommes que l'alchimie, qui, dès la Haute Antiquité et en toute civilisation (indienne, chinoise, perse, arabe), s'est affrontée aux questions cruciales de la transmutation des métaux, de l'élixir d'éternité, de la panacée, et, au-delà, aux grandes énigmes métaphysiques où culmine l'oeuvre de Paracelse : fusion de l'esprit et de la matière, de Dieu et de la Création, unité perdue par la Chute et retrouvée par la Rédemption christique, assimilée au Grand OEuvre. Avicenne a pu la contredire au xie siècle et Rabelais la moquer : Newton lui-même la pratiquera après Roger Bacon, Pic de la Mirandole, Giordano Bruno, et seul l'avènement, à la fin du xviiie siècle, de la chimie rationnelle et quantifiée (Priestley, Lavoisier, Scheele) la disqualifiera en tant que science. On connaît son exceptionnelle fortune littéraire : l'homoncule du second Faust de Goethe et le personnage central du drame ; les récits de Novalis et de Hoffmann, le Soleil noir de Nerval, l'«alchimie du verbe» de Rimbaud, la fascination d'André Breton et des surréalistes pour les arcanes ; les analyses de Jung, de Koyré, d'Éliade, L'OEuvre au noir de Yourcenar et jusqu'à L'Alchimiste de Coelho. Mais l'esprit alchimique, fondé non sur le principe logique d'identité mais sur l'analogie et la puissance authentiquement «créatrice» de l'imagination, trouve dans l'image son expression la plus parfaite. Par l'assemblage complexe de ses composantes symboliques, l'image figure tout à la fois la révélation et les voies de l'initiation : le nom même de l'un des principaux livres, le Mutus Liber («livre muet»), indique assez cette valeur allégorique et initiatique de l'image seule. D'autres manuscrits enluminés, Aurora Consurgens, Splendor Solis, s'y réfèrent aussi, tandis que Le Livre de la Sainte Trinité ou le Donum Dei mettent l'accent sur la convergence des mystères alchimique et chrétien.
    Outre les manuscrits et les incunables, l'autre richesse du livre est de montrer les représentations par la peinture, hollandaise et flamande en particulier, de l'alchimiste au travail dans son laboratoire : oeuvres de Van Ostade, Teniers, Van der Straet, Rembrandt, surtout, puis, au xviiie siècle, de l'Anglais Joseph Wright of Derby. Mais l'influence du thème déborde largement cette représentation stricte : elle s'étend jusqu'à l'oeuvre d'artistes majeurs du xxe siècle, tels Max Ernst, Jackson Pollock ou Yves Klein.

  • Dialogue entre l'écrivain Siri Hustvedt recréant la figure de Sindbad le Marin au fil d'une inventive variation sur ses légendaires voyages et l'Orient puissamment sensible que révèle l'objectif magique du grand photographe iranien, Reza, Au pays des mille et une nuits invite à tracer à l'infini de nouvelles routes pour nos rêves.

  • Vik Muniz ; imaginaria

    Collectif

    Le célèbre artiste brésilien Vik Muniz revient dans la cité papale huit ans après sa grande exposition monographique pour y présenter une série d'oeuvres inédites en Europe. Intitulée «Imagin»«ária», la série exposée à la Collection Lambert se compose de dix-neuf photographies figurant des saints tels qu'ils ont été représentés par les plus grands artistes : depuis la Sainte Agnès de Simon Vouet au Saint Augustin de Philippe de Champaigne en passant par le Saint Sébastien de José de Ribera. À travers cette nouvelle série, Vik Muniz poursuit ses recherches en questionnant la fascination exercée par les saints à travers l'histoire de leur représentation en art, et vient par là même interroger la relation qu'entretiennent les oeuvres d'art avec la notion de sacré.

  • Depuis bientôt cinquante ans, Carolyn Carlson occupe une place prééminente dans le monde de la danse contemporaine française dont elle fut, dès la fin des années 1960, l'une des rénovatrices. Chorégraphe et danseuse, Carlson travaille sur un langage éphémère, le geste, évanoui dès que posé dans l'espace. La place de l'improvisation, récit spontané, est au centre de la recherche de Carolyn Carlson, le mouvement naît pour ainsi dire de lui-même, dans un «lâcher-prise» qui lui permet d'exercer sa force libératrice. Pourtant, le geste n'est que l'un des langages que manie Carlson puisqu'elle est aussi poète et calligraphe. Ce sont ces deux manières que présente l'album La Voie de l'encre, Black Ink - White Space ; le noir de l'encre, le blanc du papier, dans une série de calligraphies inédites. Inspirées par le bouddhisme zen, les calligraphies de Carlson sont une recherche de la réalité invisible, la sensation, le regard sur soi-même qui peut exprimer notre humanité profonde. Le souffle est au centre de la pratique de la calligraphie, expiration fulgurante qui libère l'énergie, qui permet au pinceau de tracer le trait, dans le même élan que celui qui enveloppe le sabre fendant l'air.
    Cet album réunit un ensemble de calligraphies accompagné de poèmes de Carolyn Carlson. On y retrouve les thèmes chers à l'auteur : ode à la nature, à l'unité du monde, recherche spirituelle.
    Une fenêtre sale, poussiéreuse/ Chute d'une mouche. Mon étonnement au long de sa chute/ Tombe et tombe et tombe/ Contemple Dieu sur ses ailes/ Rêveur sans horloge : il contemple, glisse dans la rêverie, songe, appareille/ Pour l'oubli, aime la mouche qui porte Dieu sur son aile

  • Après Galeristes (2010) et Collectionneurs (2012), voici Artistes, qui clôt la trilogie d'Anne Martin-Fugier sur le monde de l'art contemporain en France au début du xxie siècle et tente de répondre à cette question essentielle : Qu'est-ce qu'être un artiste français à l'époque de la mondialisation ?
    Pour cette étude, l'auteur a rencontré douze artistes français, vivant en France même si certains passent beaucoup de temps à l'étranger. Les différentes générations sont représentées : de Fabien Mérelle, 32 ans, à François Morellet, 87 ans, tous les artistes bénéficient d'une notoriété dans leur classe d'âge. Toutefois, si le marché mondial de l'art contemporain est euphorique, les artistes français sont trop faiblement reconnus au niveau international, et l'auteur a voulu nous faire partager leur état d'esprit face à la crise économique et au discours sur le déclin français. Comment perçoivent-ils la spectaculaire accélération de la dernière décennie et leur propre situation ? Leur élan créatif allant de pair avec une gestion contraignante du réel, ils sont solitaires et exposés, guettés par la précarité. D'où l'importance des proches, des interlocuteurs, des conservateurs et parfois des collectionneurs.
    On constate que leur périmètre d'action s'est considérablement étendu, grâce aux expositions, aux commandes et aux résidences en France ou à l'étranger, sans pour autant supprimer leur attachement à l'atelier, lieu d'ancrage, espace de concentration solitaire ou centre d'une ruche. Ils attendent des galeristes qu'ils investissent sur eux, les aident à produire, éditent des catalogues, communiquent auprès des médias et leur procurent des ouvertures hors des frontières en les emmenant dans des foires. Ils sont partagés vis-à-vis des institutions françaises, se défiant des fonctionnaires de la culture mais affirmant qu'entrer dans les collections publiques est une preuve de reconnaissance. Si l'espace s'est agrandi, le temps s'est rétréci. Le rythme d'une carrière a changé. Les modes se démodent aussitôt, la lente progression des prix et des réputations a disparu. Le souci des artistes concerne leur créativité : ils veulent préserver leur élan et le plaisir qu'ils trouvent à travailler, sans lequel leur production n'aurait plus de sens. Ainsi, ces trois ouvrages nous permettent d'affirmer que l'activité créatrice occupe une place de plus en plus importante dans la vie de chacun. Le besoin d'art s'est généralisé. Ce travail auprès des passionnés - artistes, galeristes et collectionneurs - souligne leur relation étroite et fertile et permet de dresser un panorama attentif du milieu artistique français contemporain et des rapports intimes, parfois complexes, qui existent entre ses différents acteurs.

  • Cette édition monumentale de la correspondance de Vincent van Gogh conclut quinze années de recherches entreprises par le Van Gogh Museum à Amsterdam et le Huygens Institute à La Haye. En 6 volumes, elle reprend l'intégralité de la correspondance de Van Gogh, à savoir 819 lettres rédigées de sa main et 83 de proches (Théo van Gogh) ou d'amis peintres (Gauguin, Signac et d'autres). Van Gogh accompagnait souvent ses lettres de croquis ou de dessins, et les truffait de références aux artistes les plus divers. Chaque oeuvre mentionnée est reproduite, celles de Van Gogh et celles qui l'ont inspiré, soit un ensemble de 4300 reproductions.
    Une étude abondante et fouillée pour mieux connaître la vie et l'oeuvre d'un artiste d'exception.
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