• Au milieu du XXe siècle, Robert Klein s'est attelé à une tâche immense: repenser l'art et son histoire à partir de la notion aristotélicienne de technè. Loin d'être réductible à la représentation ou à la production du beau idéal, l'art est manière de faire, habitus ou disposition à produire selon une « droite raison » (recta ratio). Dans L'Esthétique de la technè, cette thèse placée sous la direction d'André Chastel et restée jusqu'à ce jour inédite, Klein montre de quelle façon cette conception artificialiste de l'art irrigue l'essentiel de la pensée et de la production artistique du XVIe siècle. L'oeuvre maniériste, qu'il s'agisse d'une sculpture « terrible » de Michel-Ange, d'un tableau « capricieux » d'Arcimboldo ou d'un bronze « virtuose » de Cellini, a pour finalité de susciter la stupeur et l'émerveillement, conduisant le spectateur à s'interroger sur les procès techniques (alliance d'intelligence et d'habilité manuelle) qui l'ont fait advenir sous cette forme. En mettant ainsi l'accent sur le comment, Klein conteste le privilège de l'idée sur les moyens et offre une vision « aristotélicienne » de la Renaissance bien différente de celle, essentiellement néoplatonicienne et idéaliste, à laquelle on la réduit encore trop souvent.

  • «Robert Klein, dit André Chastel, circule sans aucune espèce d'embarras ni de confusion de la science à l'art, de la philosophie à l'interprétation des styles. Il considère avec prédilection les points d'interférence comme les emblèmes, où l'image se noue avec l'idée, la perspective, où elle subit l'épreuve d'une construction rationnelle, et les petits jeux analogiques où elle se colore de "magie" ; et dans chaque cas il ne découvre pas seulement la présence plus ou moins explicite d'un principe, une base doctrinale qu'il faut recueillir dans des textes oubliés, mais aussi le moment d'une préoccupation continue et qui, si l'on est assez attentif, débouche au milieu des problèmes et même des polémiques les plus modernes.»

  • Contacts

    ,

    • Delpire
    • 6 Octobre 2020

    À la fin des années 1980, William Klein se prend à considérer d'un autre oeil l'objet « planche contact ». Il s'interroge alors sur son propre procédé de sélection d'images, et, en touche-àtout exemplaire - la première passion de William Klein étant la peinture, qu'il a étudiée avec Fernand Léger -, il en explore la dimension créative. Après avoir isolé l'image de son choix, sa « meilleure image », sur la planche, l'avoir tiré en grand format, il la cerne d'épaisses couches de peinture de l'une des trois couleurs primaires : rouge, jaune ou bleue. Il s'agit, comme l'écrit Robert Delpire, « de sidérer le passant ou le lecteur en le forçant à considérer non plus seulement l'image et sa parfaite composition, mais la virtuosité d'une autre architecture, d'un cadrage supplémentaire qui ne laisse aucune place à l'hésitation ni à la dérobade ».
    Rien de décoratif dans sa démarche, mais la volonté de créer un pont graphique entre la peinture et la photographie qui doit être appréciée pour elle-même. Ces « contacts peints », comme il les nomme, sont à l'image du travail profondément inventif de l'artiste.
    Contacts a paru pour la première fois en 2008 chez Delpire, éditeur. Nous sommes heureux d'en proposer une nouvelle édition, augmentée, dans un format plus maniable, qui comblera les amateurs de photographies les plus avertis comme le grand public.

  • Médecin à Tambov

    Robert-Jean Klein

    Alsacien de souche, l'auteur a partagé le sort des Malgré-Nous.
    Incorporé de force dans la Wehrmacht en octobre 1943, déserteur de l'armée nazie, au mois de juin 1944 sur le front de l'Est, fait prisonnier par les troupes russes, et rapatrié de Tambov vers Strasbourg en uniforme américain, il est officier de réserve de l'armée française.
    Le camp de rassemblement n°188, également appelé «Camp des Français», a déjà fait couler beaucoup d'encre et souvent donné cours à des prises de position concertées.
    L'auteur a été contacté à maintes reprises par les médias propos de Tambov et notamment pour aborder les problèmes sanitaires du camp.
    La publication de nombreux articles, incomplets à ses yeux, l'ont finalement incité à composer lui-même un ouvrage sur le camp et ses occupants. Il s'est attaché à suivre pas à pas ses compagnons dans leur extrême détresse faite de travaux forcés, de maladies, de déchéances physiques et morales et d'endoctrinement idéologique.
    La vérité historique doit apparaître en pleine lumière et ne pas rester une légende. Les quelques centaines d'anciens prisonniers de guerre encore de ce monde auront disparu d'ici quelques années. Il a donc invité plusieurs compagnons d'infortune, ayabt vécu l'enfer de Tambov à venir s'exprimer. Laissons-les témoigner de l'authenticité de leurs souvenirs...

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