• L'oeuvre de la grande helléniste que fut Jacqueline de Romilly a enchanté d'innombrables lecteurs en leur révélant la grâce et la beauté d'une civilisation sans pareille.
    Ce volume rassemble l'essentiel des textes qui jalonnent cette fresque narrative. Jacqueline de Romilly y promène le reflet grec de ses lectures sur toutes choses, animée sans cesse par le sentiment que se joua là, pour l'homme en général et pour son destin personnel de femme de tête, de coeur et de culture, une révélation intime. Expérience qui a nourri son idéal humaniste.
    Ses émerveillements constants devant la richesse et la splendeur du patrimoine qu'elle fait découvrir ici à travers les figures de la Grèce mythologique, historique et littéraire - Homère, Hector, Achille et Alcibiade, Périclès, Platon et Socrate - sont indissociables de son approche savante. En sa compagnie, nous suivons l'invention progressive des valeurs qui nous ont façonnés : douceur, tolérance, liberté, démocratie... Car pour Jacqueline de Romilly, « ce qu'a semé la Grèce ne cesse de revenir, de resurgir ». Sa pensée est aussi celle d'une femme qui plaida pour l'enseignement des humanités afin de lutter contre toutes les formes d'obscurantisme.
    Ce volume contient : Hector - Homère - L'Amitié de Giraudoux avec l'hellénisme : Elpénor - L'Humanité d'Homère et les humanités - Alcibiade - La Grèce antique à la découverte de la liberté - La Littérature, ou le Passé vivant - La Douceur dans la pensée grecque - « Patience, mon coeur ! » - Ne me dis pas comment cela finit... Réflexions sur la tragédie grecque.

  • Le livre qui contient les ultimes réflexions de la célèbre helléniste sur le thème qui lui tient à coeur : la grandeur de l'homme, ce qui fait les héros.

    À travers la lecture des grands écrivains grecs, Jacqueline de Romilly tente de nous faire mieux comprendre cette théorie de la grandeur de l'homme qui apparaît, pour la première fois peut-être, au V e siècle avant Jésus-Christ à Athènes. Pour la première fois, les dieux n'ont plus de têtes d'oiseaux ou d'animaux, ne sont plus des faucons, des béliers, des chiens ou des vaches, ni des êtres impossibles aux attributs terrifiants, comme en Asie, ni des divinités, aux milles bras, comme en Inde. Pour la première fois, ce sont tout simplement des humains.
    Mais cet essai ne conduit pas à un optimisme naïf.
    Les Grecs ne croient pas que tout va bien pour l'homme. La tragédie et l'histoire nous montrent au contraire qu'ils sont parfaitementconscients des défaites, des malheurs, des souffrances auxquellesl'humanité est exposée.
    « Le lumineux mérite de la pensée de la Grèce d'alors est d'avoir eu le désir passionné de dominer cette situation, et de se vouer à un idéal supérieur qui serait quelque chose de durable et de beau. Le sens de la grandeur humaine est un but, une conquête, un effort toujours renouvelé auquel un homme digne de ce nom doit consacrer toutes ses forces : là résident les chances de succès, comme on l'a vu à Athènes, à ce moment-là... »

  • Hector

    Jacqueline de Romilly

    Époux d'Andromaque, père d'Astyanax, défenseur de Troie contre les Grecs, Hector est un héros plus humain qu'un autre. Sa mort cruelle face à Achille a ému des générations de lecteurs.
    L'Iliade d'Homère ne cesse de parler d'Hector avec humanité et sympathie. Nous le voyons profondément attaché à sa femme, à son enfant, et le traitement ignominieux qu'Achille fait subir à sa dépouille, qu'il traîne, attachée à son char, autour des murs de Troie, suscite l'indignation du poète et des dieux. Une telle vision de l'adversaire est sans équivalent dans les traditions épiques. Dans un essai magistral, Jacqueline de Romilly dresse devant nous la figure d'Hector et poursuit l'oeuvre de sa vie : montrer la valeur, l'utilité, l'actualité de la culture grecque.

  • « Avoir inventé la tragédie est un beau titre de gloire et ce titre de gloire appartient aux Grecs. [.] La tragédie grecque présentait, dans le langage directement accessible de l'émotion, une réflexion sur l'homme. Sans doute est-ce pourquoi, dans les époques de crise et de renouvellement comme la nôtre, on éprouve le besoin de revenir à cette forme initiale du genre. On attaque les études grecques, mais on joue, un peu partout dans le monde, des tragédies d'Eschyle, de Sophocle et d'Euripide parce que c'est en elles que cette réflexion sur l'homme brille avec sa force première. » Cette lumineuse étude de la tragédie grecque reflète une parfaite connaissance et une passion profonde de l'auteur pour une culture et une pensée ayant modelé notre vision de l'homme. Les oeuvres des trois grands tragiques, Eschyle, Sophocle et Euripide, témoignent « d'une foi en l'homme qui éclaire de l'intérieur toutes les tragédies, même les plus sombres ». « Cela s'appelle l'aurore », déclarait le mendiant de l'Électre de Giraudoux après une nuit de désolation.

  • « L'Iliade et l'Odyssée occupent une place à part dans la littérature en général. Ce sont les premières oeuvres écrites qu'ait produites la Grèce. D'emblée, elles se sont imposées à l'admiration de tous. Les poètes lyriques grecs, les tragiques, les historiens en ont été nourris et les ont imitées. Leur texte a servi de base à l'éducation en Grèce. Les héros des deux poèmes d'Homère sont passés dans le monde moderne [...]. Achille et Patrocle, Hector et Andromaque, Ulysse sont devenus des êtres familiers à tous et capables d'incarner, selon les cas, telle ou telle idée de l'homme. » Dans cet essai, Jacqueline de Romilly interroge la place si particulière que l'oeuvre d'Homère occupe dans notre histoire en analysant les conditions de sa genèse ainsi que les raisons d'ordre littéraire d'un plaisir de lecture sans cesse renouvelé.

  • Les mots de la poésie exercent un pouvoir hors du commun sur l'auditeur. Introduits dans la prose par l'intermédiaire de la tragédie, les procédés poétiques ont joué un rôle de premier plan dans la naissance et le développement de la rhétorique. Plus que tous ses contemporains, le sophiste Gorgias a utilisé les rythmes et les styles poétiques pour conférer à ses discours en prose le pouvoir de captiver le public et de l'émouvoir, mais aussi celui de le charmer à la manière des sortilèges d'un magicien.
    Cet usage du discours pour charmer les auditeurs fut au coeur des critiques de Platon contre les sophistes et les orateurs. Pour Platon, la rhétorique est un art de l'illusion qu'il convient de classer parmi les faux arts.
    Remettant en cause la vision de Platon, Isocrate et Aristote tentèrent de séparer le discours non-poétique de l'inspiration et de la magie, mais ce faisant ils transformèrent l'art du discours en science.

  • En 1977, dans l'année qui suit la mort de sa mère, Jacqueline de Romilly écrit ce texte, en fait imprimer quelques exemplaires, destinés aux amis.
    Mais, par pudeur, parce qu'il y a quelque chose de vulgaire à dévoiler ce que l'on a de plus intime, elle ne souhaite pas que ce livre soit publié de son vivant et charge son éditeur et ami Bernard de Fallois de le faire après sa mort. Jeanne, c'est le portrait d'une femme aux dons multiples, travailleuse infatigable, qui fit preuve pendant trente ans d'un talent d'écrivain reconnu. Veuve dès le début de la guerre de 1914, elle choisit de vivre dans l'ombre de sa fille, tissant ainsi un lien indissoluble entre elles deux.
    Ce récit nous en apprend beaucoup sur Jacqueline de Romilly, et l'on comprend d'autant plus l'admiration et l'affection que ses lecteurs, même s'ils ne l'avaient jamais rencontrée, ont éprouvées en apprenant sa disparition.

  • Quelques années après Mai 68, alors que le doute s'était emparé des esprits crises sociale, universitaire, des valeurs , Jacqueline de Romilly avait tenu à exprimer , dans un texte bref et passionné, ses convictions profondes, sa foi en l'homme, son goût de la vérité et du bien. Aux malaises toujours d'actualité de notre société, elle propose des remèdes puisés dans la Grèce ancienne, à laquelle elle a consacré toute son existence. Une invitation à un humanisme plein d'espoir, nourri des acquis du passé, où chacun se sente acteur de sa vie comme de l'aventure collective.Un livre retrouvé de la grande helléniste. Précieux. L. Theis, Le Point.Apprendre, discerner, comprendre, pardonner, contempler, transmettre, cette recherche fervente, dit J. de Romilly, « a rempli toute ma vie ».Son livre est beaucoup plus que la confession d'une universitaire, c'est un bréviaire de la Civilisation. M. de Jaeghre, Le Figaro Histoire.

  • A quoi bon apprendre tant de choses qu'on s'empressera d'oublier sitôt les examens passés ? A cette critique si souvent entendue contre l'enseignement scolaire, Jacqueline de Romilly oppose ici quelques arguments simples, et dont chacun de nous a pu faire l'expérience.
    Entre un savoir précis et l'oubli total, il y a bien des degrés. Nos souvenirs peuvent être partiels, flous, incertains : pourtant nous sentons bien qu'ils sont présents en nous. Ils ont laissé des traces et constituent pour l'esprit des repères intellectuels, mais aussi affectifs ou moraux. Aller à la rencontre de ces savoirs enfuis ne s'apparenterait-il pas à une sorte de " psychanalyse du bien " ? A travers ces réflexions, fruit d'une vie consacrée à l'enseignement des Lettres, la grande helléniste, auteur de Pourquoi la Grèce ?, débouche sur des idées d'une portée inattendue, qui ébranleront bien des conformismes modernes.
    Un ouvrage plénier, à la fois magistral et familier. Jacqueline de Romilly restaure ce que la mode nihiliste croyait avoir aboli. Avec cet essai, écrit comme un pied de nez aux infortunes de l'âge, Jacqueline de Romilly délivre une belle leçon de pédagogie et - comme toujours - d'humanisme classique.

  • Evocation de cinq ou six souvenirs de la vie de l'auteur, revenus à sa mémoire d'une manière aussi simple qu'inattendue et qui l'ont amenée à vouloir comprendre l'éblouissement et l'émerveillement qu'ils ont provoqués en elle. Elle se demande alors : Le temps dans lequel nous vivons est-il le seul ? Y en a-t-il un autre que nous ne voyons pas et qui serait d'une autre nature ?

  • Elève de Périclès, ami des sophistes, protégé de Socrate, Alcibiade était promis à une carrière pleine d'honneur, de succès et de gloire. Elle fut auréolée de scandales, de manipulation et autres trahisons qui eurent raison de sa popularité, de sa vie et surtout de la démocratie athénienne. Alcibiade était beau, riche et intelligent. Son ambition ne connaissait aucune mesure. D'Athènes à Sparte en passant par la Perse, il fut au centre de la vie politique de la fin du Ve siècle avant J.-C.
    Dans un style élégant et limpide, Jacqueline de Romilly relate les péripéties de son héros ambitieux, séduisant et opportuniste, et dénoue les intrigues stupéfiantes qui ont émaillé son bref parcours politique.

  • Anne, jeune veuve de trente-quatre ans après un court mariage, mène une vie paisible. Un jour, alors qu'elle se promène dans le jardin du Luxembourg, elle croise un homme accompagné d'un enfant. Dans cet homme, elle croit reconnaître Paul, qu'elle a aimé passionnément douze ans plus tôt.
    Anne va tout mettre en oeuvre pour le retrouver. Elle interrogera ceux qui l'ont connu, suivra sa trace en Belgique, interrompra la liaison confortable avec Philippe, rompant avec « l'ordre, la sécurité et le poids de la tradition », se replongeant dans un passé qu'elle idéalise peut-être.
    Mais peut-on reprendre une histoire d'amour après tant d'années ? Est-ce vraiment Paul qu'elle a cru reconnaître, ou est-ce déjà une autre aventure ?

    « La grande helléniste, disparue en 2010, nous offre un roman d'amour plein de finesse. » Valérie Marin la Meslée, Le Point.

    « Cette quête amoureuse, écrite en 1966, garde toute sa fraîcheur. » Mohammed Aissaoui, Le Figaro littéraire.

  • Jacqueline de Romilly Les Grands Sophistes dans l'Athènes de Périclès Tous les grands auteurs du « siècle de Périclès » ont été les disciples de ces maîtres d'un nouveau genre que furent les sophistes. Avec la rhétorique, ceux-ci ont offert un enseignement nouveau. Ils ont développé l'art de raisonner. Ils ont aussi ouvert la voie à toutes les formes de la libre pensée.
    Trop souvent attaqués et malmenés par une tradition ingrate, il fallait rendre aux sophistes et leur place et leur rôle dans la formation de la culture occidentale. Jacqueline de Romilly s'y emploie dans ce texte brillant et rigoureux qui montre l'inßuence considérable qu'ils exercèrent sur le développement intellectuel de l'Athènes du ve siècle avant J.-C.
    />

  • Les auteurs tragiques, en s'interrogeant sur le sens des malheurs qu'ils évoquent, sont appelés à exprimer toute une réflexion sur le temps. Chez les trois grands tragiques grecs, on voit cette vision évoluer, en partie sous l'influence de l'expérience politique qu'ils vivent. Ce qui était pensée théologique chez Eschyle devient, chez Sophocle, méditation sur les grandes alternances du devenir et aboutit, chez Euripide, à l'étude psychologique des émotions qui le scandent.
    En suivant les affirmations générales, fréquentes chez ces auteurs, mais aussi les détails du style ou de la composition, on peut espérer arriver à une meilleure compréhension des oeuvres, tout en dégageant, à travers ces tentatives, certains points de départ d'une réflexion moderne sur le temps.

  • « D'où vient que je frissonne? » s'écrie Oreste gagné par la folie. Si ces mots sont ceux que Racine a placés dans la bouche du héros grec, ils conviendraient parfaitement à la tragédie éponyme d'Eschyle, et plus généralement à tout son théâtre. Sous toutes ses formes, métaphorique, sentimentale, religieuse, physique voire médicale, la peur habite les personnages d'Eschyle et gagne le spectateur. Dans cette étude qui fit date, Jacqueline de Romilly analyse les différents visages que prend la crainte dans la poésie eschyléenne ainsi que sa signification.

  • Pourquoi parler de douceur dans un monde où il est surtout question de justice et d'héroïsme, où les mythes et la tragédie sont cruels, où la vision de la vie humaine est âpre et violente? L'Iliade est un poème de batailles et de mort. L'histoire de Thucydide décrit des violences physiques et morales d'une guerre sans merci. L'épanouissement d'un idéal de douceur dans la pensée grecque est un phénomène d'autant plus remarquable. Comment a-t-il pu avoir lieu dans un contexte aussi défavorable, pour gagner en importance à la fin du Ve siècle et pour qu'on le retrouve encore dans la Grèce actuelle? La douceur est décrite ici comme attitude humaine, relevant du domaine de l'éthique et caractéristique de l'idéal grec. Jacqueline de Romilly étudie un comportement pratique, dont la nature varie selon les circonstances: gentillesse des manières, bienveillance envers autrui, générosité, bonté, indulgence, compréhension, humanité, charité, tolérance, clémence, valeurs désignées par le même mot: praos.

  • " Les Grecs, toujours si jaloux de leur indépendance, ont toujours été fiers de proclamer leur obéissance aux lois.
    De fait, ils ne cherchaient pas à définir leurs droits et leurs libertés par rapport à la cité dont ils faisaient partie et à laquelle ils s'identifiaient : ils demandaient seulement que cette cité elle-même fût régie par une règle à elle et non point par un homme. La loi était ainsi le support et le garant de toute leur vie politique. (...) Mais cette loi, dont ils étaient si fiers, n'assumait ce rôle à leurs yeux que parce qu'elle était leur oeuvre et tirait son pouvoir d'un consentement initial.
    Autrement dit, elle n'avait point de garant dont elle pût se réclamer : la loi grecque n'était pas, comme la loi juive par exemple, une loi révélée. Elle était née des conventions humaines et des coutumes. (...) Cette double circonstance devait susciter autour de la loi des réflexions des débats, des attaques et des justifications : ainsi s'explique pour une bonne part, le nombre et l'importance des textes grecs relatifs à la loi.
    En outre, la réflexion fut stimulée par le fait qu'à Athènes, au VIe siècle, avec l'épanouissement de la pensée critique et l'influence des sophistes, toutes les valeurs et toutes les notions furent analysées, définies, contestées, dans un élan intellectuel sans pareil. (...) L'idée de loi ne fait pas exception et la crise qu'elle connut aida très largement à en préciser les contours. Cette crise, qui est capitale pour l'histoire de la cité grecque comme pour celle des doctrines politiques en général, constitue le sujet du présent ouvrage.
    " J.d.R

  • Une rencontre

    Jacqueline de Romilly

    • Fallois
    • 10 Avril 2013

    Pendant les années de sa carrière universitaire, Jacqueline de Romilly s'amusa plusieurs fois à écrire des romans et des nouvelles que, par discrétion, elle s'interdit de publier, ou qu'elle fit paraître sous pseudonyme. Voici l'un d'eux, qui date des années 1965.
    Une rencontre va bouleverser la vie d'Anne Aubier, jeune veuve de 34 ans, qui mène une vie paisible. Alors qu'elle se promène avec une parente dans le jardin du Luxembourg, son regard croise celui d'un homme accompagné d'un enfant. Dans cet homme, elle croit reconnaître celui qu'elle a aimé passionnément douze ans plus tôt et qu'elle n'a plus revu : Paul, le non-conformiste. Anne va tout mettre en oeuvre pour le retrouver. Oscillant entre l'agitation et la réflexion, elle interrogera ceux qui l'ont connu, suivra sa trace en Belgique, interrompra la liaison confortable qu'elle a avec Maurice, rompant ainsi avec " l'ordre, la sécurité et le poids de la tradition ", tout en se replongeant dans un passé qu'elle idéalise peut-être. Impatience, doutes, attente, espoir, émotions alternent tout au long de sa recherche. Elle retournera finalement dans le jardin du Luxembourg, où a eu lieu la rencontre. Elle retrouvera l'enfant, puis l'homme. Mais le passé peut-il renaître ? Peut-on reprendre une histoire d'amour douze ans après ? Est-ce vraiment Paul qu'elle a cru reconnaître, ou est-ce déjà une autre aventure ?

  • Les couleurs, la lumière du soleil, la flore, le vent, autant d'images, de sensations que l'auteur a pu vivre et voir lors de ses promenades dans les paysages du massif de la Sainte-Victoire et qu'elle partage ici avec le lecteur. «Je sais de quoi je parle quand j'évoque, avec ferveur, les auteurs de la Grèce classique ; mais je le sais mieux encore quand il s'agit de ces collines. Je ne suis heureuse que là, et par elles. Je sais chaque amorce de sentier, et ceux qui aboutiront ou finiront perdus dans une broussaille impraticable. Je sais où soufflera le vent, où donnera le soleil, où chaque fleur aura des chances d'être déjà ou encore épanouie. Je connais jusqu'aux cicatrices du paysage : j'ai vu les sentiers devenir des chemins et parfois des routes. Il n'y a que la permanence de la beauté et son renouvellement qui chaque fois me surprennent.» J. de Romilly

  • Carl est un homme sans attaches, éprouvé et secret.
    Aussi sa jeune femme Thérèse connaît-elle des problèmes et des difficultés.
    Mais, pour la mère de Thérèse - qui est aussi la narratrice - l'histoire se déroule bientôt sur un tout autre plan. Attentive et émue, elle se décide à intervenir (elle fait " l'ouverture à coeur ") ; ainsi se libère en elle toute une sensibilité nouvelle, étouffée jusqu'alors par l'habitude et l'égoïsme.
    Elle a poursuivi et cherché Carl, puis l'a enfin rejoint pour une heure de fraternité totale : sous l'effet de cette heure de confiance, ou d'émotion, une source s'ouvre en elle : " Cet impossible gendre, à part de tout et de tous, avait été pour moi, écrit-elle, le sourcier de l'amour d'autrui.
    " Mais comment est-elle arrivée là ? Sous une forme simple et sage, elle entreprend de relater, pas à pas, cette aventure intérieure, aussi rare qu'exemplaire. Pour cela, elle se met à écrire (tardivement, comme l'auteur !). Parfois ce sont de petits faits, qui surprennent ou bien sèment l'angoisse. Ailleurs, un voile se déchire d'un coup. Le plus souvent, le glissement est insensible et pourtant définitif :
    " Je croyais bien que je rentrais chez moi, après un épisode clos, prête à retrouver ma vie.
    Je me trompais. Presque à mon insu, tout, alors, sembla changer et se déplacer comme lorsqu'un bateau dérive doucement au gré de l'eau et qu'en levant enfin les yeux on découvre qu'il vous a emporté loin du rivage. " Et bientôt la barque flotte " très loin de tout, au coeur d'un mystérieux inconnu. "

  • Le " bel Alcibiade " avait du charme et l'art de séduire. Issu d'une riche famille noble, il reçut une
    brillante éducation et se distingua par sa supériorité intellectuelle. Son tuteur, Périclès, était l'ami
    des grands sophistes et des hommes les plus illustres d'Athènes. Alcibiade a donc été très tôt
    imprégné de discussions politiques et de rhétorique. Ce nouveau Périclès en puissance reçut aussi
    l'influence de Socrate qui lui montra un grand attachement et essaya de modérer, sans succès, son
    insolence et son ambition.
    Jacqueline de Romilly retrace la jeunesse d'Alcibiade, marquée par une inquiétante désinvolture,
    des indélicatesses et des scandales. La carrière tumultueuse d'Alcibiade est ensuite
    minutieusement décrite par l'historienne, documents à l'appui, en particulier ceux de Thucydide.
    Alcibiade avait l'ambition et les capacités de prendre en charge le destin d'Athènes. Nommé
    stratège, il choisit la guerre contre Sparte pour s'imposer davantage, avec le grand dessein de
    conquérir la Sicile. Mais l'expédition à Syracuse tourne court, car, rattrapé par deux scandales, il
    est condamné à l'exil et à la mort par la démocratie athénienne. Alcibiade passe alors à l'ennemi et
    devient le grand homme de Sparte, il n'hésite pas à faire l'apologie de la trahison. Athènes est
    écrasée...
    La suite est une invraisemblable série de manipulations, d'intrigues et de retournements : Alcibiade
    devient l'ami du roi de Perse, puis est rappelé à Athènes où il veut imposer l'oligarchie, pour
    finalement accepter la démocratie. Mais son rôle de " sauveur de la patrie " ne dura que quelques
    mois et, vaincu par le spartiate Lysandre, il est définitivement exilé d'Athènes. Alcibiade, vaincu, se
    retira loin des siens en Phrygie où il fut assassiné par des hommes d'un satrape perse qu'il avait
    trahi. Mais il demeura longtemps dans la mémoire d'Athènes qui avait pour lui la passion d'un coeur
    partagé entre l'amour et la haine.
    Jacqueline de Romilly, dans un style élégant et limpide, et avec un souci constant d'objectivité,
    relate les péripéties de son héros ambitieux, séduisant et opportuniste et dénoue les intrigues et
    contre-intrigues stupéfiantes qui ont émaillé son bref parcours politique qui a causé la ruine
    d'Athènes. Elle met l'accent également à maintes reprises sur la fragilité de la démocratie : en
    Grèce comme de nos jours, les rivalités politiques, les scandales et les intrigues sont toujours
    menaçants; et il suffit d'un politicien ambitieux, démagogue et dénué de scrupule pour faire
    basculer le destin d'une nation dans le chaos.

  • Comment naquit l'histoire politique en Crèce au Ve siècle avant notre ère ? En racontant la guerre du Péloponnèse, Thucydide n'a pas seulement écrit l'histoire de la plus importante des guerres grecques : soucieux de " voir clair " dans les événements, il a scruté avec une lucidité exceptionnelle le comportement de ses principaux acteurs et mis en lumière les ressorts politiques, intellectuels et psychologiques animant les cités et les hommes de son temps.
    Unique par sa visée (l'histoire d'un seul événement) et par ses exigences méthodologiques, l'oeuvre de Thucydide n'en est pas moins fortement inscrite dans son époque : nombreux sont les points de contact avec les sophistes, les médecins (Hippocrate), les tragiques (Euripide), les philosophes (Platon), avec lesquels l'historien partage un même désir de connaissance. Les textes de Jacqueline de Romilly réunis dans ce livre présentent, avec rigueur et vivacité, quelques jalons essentiels de la réflexion qu'elle a menée durant plus de quarante ans sur Thucydide.
    Ils devraient intéresser non seulement les passionnés de la Grèce antique, mais aussi tous ceux qui - littéraires, philosophes, historiens ou sociologues - s'interrogent sur le " politique " et sur l'homme.

empty