• Le bien commun

    Noam Chomsky

    Doit-on revendiquer l'égalité des revenus pour tous les citoyens? La mondialisation est-elle inéluctable? Les termes «gauche» et «droite» ont-ils encore un sens? Les médias peuvent-ils être progressistes? Devons-nous avoir une idée claire de nos objectifs à long terme pour élaborer une stratégie politique? Telles sont quelques-unes des questions auxquelles tente de répondre «Le bien commun».

    Construit à partir d'entretiens avec le journaliste indépendant David Barsamian, cet ouvrage constitue un véritable condensé de la pensée politique de Noam Chomsky. De la philosophie d'Aristote à la montée en puissance des multinationales, en passant par la rectitude politique de la gauche américaine ou la logique des relations internationales, il couvre un large spectre de sujets ayant fait la renommée de cet intellectuel engagé.

    Fidèle à sa posture rationaliste, Chomsky ne voit pas dans les phénomènes qu'il analyse les résultats d'un complot, mais plutôt ceux «d'un capitalisme d'État ordinaire» contre lequel il appelle à résister. «Le bien commun», publié en anglais pour la première fois au tournant du millénaire, développe un propos encore criant d'actualité.

  • De plus en plus puissant, l'État-entreprise n'a même plus à répondre à ses détracteurs progressistes. Les médias, les syndicats, les universités, les artistes et le Parti démocrate se sont tous inclinés devant la grande entreprise et, bardés de leur prétendue neutralité, défendent désormais les intérêts de celle-ci dans une consternante pantomime de démocratie. L'élite progressiste américaine, détachée du monde, dépourvue de toute crédibilité, a déserté la tribune politique, cédant la place au populisme d'extrême droite. À la fois récit du naufrage volontaire du contre-pouvoir, depuis la Première Guerre mondiale jusqu'à l'invasion de l'Irak, et constat d'un alarmant vide idéologique, ce livre salue aussi les révoltés, libres parias, qui persistent à épuiser le champ du possible.

  • Les temps sont durs, les idées sont molles. La guerre des looks remplace l'affrontement des projets de société. Droite et gauche se divisent sur les moyens de réaliser les mérites valeurs. Alors fin des révoltes, des utopies et des systèmes ? Fin des idéologies ? Ou, au contraire, triomphe de la soft-idéologie ? La soft-idéologie, c'est le business et les droits de l'homme, le reaganisme et la génération morale, le socialisme libéral et le libéralisme social, la Bourse et la tolérance, l'individualisme et la charité-rock, Tapie et Coluche, le minitel et le contrat social... Bricolée avec les restes intellectuels des décennies précédentes, la soft-idéologie mêle gestion conservatrice et rêves soixante-huitards, idées confuses et moralisme vague, odes à la modernité et retour aux idéaux du XVIIIe siècle. Elle assure un consensus apathique sur l'essentiel. Elle prône la résignation à la force des choses et exalte les petits bonheurs. C'est la pensée sénile d'une époque fatiguée du vacarme de l'histoire. C'est l'entracte... Pour combien de temps ?

  • Depuis le 10 mai 1981, essais et pamphlets se succèdent : la droite a pris la plume, et ne la lâche plus. La gauche, elle, est confrontée aux réalités du pouvoir, aux échéances quotidiennes. Elle n'a pas le temps, sinon le goût, de répondre, et de réfléchir sur sa propre expérience. Elle la vit, ce qui n'est pas si simple. Ce n'est pas le moindre paradoxe de la situation depuis vingt mois : dans le tumulte des idées et des polémiques, les socialistes, sur l'essentiel, sur le fond, sont les plus silencieux. Et pourtant il faut, pour avancer, pour ne pas se laisser détourner de la voie tracée dès avant le 10 mai, avoir les idées claires, comprendre le sens de ce qui se passe, depuis que les socialistes gouvernent le pays, apprécier les causes de nos difficultés, de nos succès, et la portée réelle de ce que l'on appelle le « changement ». Cet immense chantier, comment s'y retrouver si l'on ne dispose pas d'un plan, si l'on n'a pas en tête le projet qui l'organise et lui donne sa cohérence ? Savoir où l'on va, comment et pourquoi, lorsque le socialisme, assuré de la durée, pour la première fois dans notre histoire, a rencontré la France, lorsque ce qui est en cause, ce n'est pas seulement la construction d'une société plus juste et plus libre, mais l'indépendance de la patrie et notre destin collectif : rien de plus urgent. À ces questions, que se posent tous ceux pour qui le socialisme représente toujours la grande espérance de notre temps, ce livre voudrait offrir un début de réponses. On verra qu'elles sont simples et aboutissent à donner un sens plus fort et plus profond à de vieux mots usés, pourtant très jeunes, et comme neufs : la République, et la nation. Le socialisme, et la France.

  • Sous le choc de la lourde défaite qu'il a subie aux élections législatives de mars 1993, le parti socialiste s'est trouvé placé au carrefour de tous les défis en ce qui concerne son identité et, par là, son existence même. Mais, bien avant ce revers électoral, l'identité du PS était en question. Ne serait-ce qu'à cause de la confrontation antérieure de ce parti à une double incapacité. Il y a eu, d'abord, l'incapacité dans laquelle il s'est trouvé, après la conquête du pouvoir en 1981, de réaliser le projet qu'il s'était assigné : engager un processus de rupture avec le capitalisme ou, tout au moins, changer la vie des Français. Ensuite, s'est affirmée son incapacité à objectiver le renoncement à un tel projet, et à en élaborer un autre, plus adapté à l'environnement économique, social, culturel et géopolitique... Par-delà, force est de se demander si, s'agissant du PS, les difficultés ayant trait à son identité, ne s'enracinent pas dans un phénomène de fractures encore plus anciennes, car congénital en quelque sorte, non seulement à sa propre existence depuis 1971, mais encore à la tradition socialiste dont il est issu. À savoir, dans une logique de discordance entre le dire et le faire, entre la ligne du projet proclamé, et la ligne des exigences relatives à la conquête du pouvoir... Tels sont les angles sous lesquels ce livre propose une plongée dans l'histoire du parti socialiste.

  • Si l'échec de la gauche, en mars 1978, a semé le doute et découragé chez certains l'espoir qui s'était un moment manifesté à l'égard de la gauche, Jean-Pierre. Chevènement n'est pas de ceux qui renoncent. Engagé, dès son retour d'Algérie, dans l'entreprise de transformation du parti socialiste (1964), à la tête du C.E.R.E.S. (Centre d'Études, de Recherches et d'Éducation socialistes) dont il est l'un des fondateurs, Jean-Pierre Chevènement a été l'un des artisans du Congrès d'Epinay (1971) le rédacteur du programme socialiste (Changer la vie) et l'un des négociateurs du Programme commun (1972). Si le projet de créer en France les bases d'une société socialiste implique une volonté persévérante, Jean-Pierre Chevènement montre, à travers son expérience concrète à Belfort dont il est l'élu depuis 1973, comment les transformations d'ensemble, qu'il s'agit de réaliser, se préparent dès maintenant dans les luttes et dans l'explication politique de tous les jours, ce qui est pour lui la définition de l'autogestion. Il nous fait part de son expérience d'élu local et régional, autant que de sa réflexion de responsable national. Il nous donne ainsi un aperçu de ce que signifie un travail politique de fond, liant constamment une pratique quotidienne de la démocratie et un cap politique fermement tenu. La conviction de Jean-Pierre Chevènement est que la crise dans laquelle notre pays s'enfonce est non pas derrière nous, mais pour l'essentiel devant nous. Répondre à ce défi et reconstituer le tissu démocratique aujourd'hui pour offrir demain aux travailleurs et à notre peuple la perspective d'une autre société, telle est la tâche du militant socialiste, qui doit savoir que lier la théorie et la pratique n'est pas un exercice d'ascèse personnelle, mais la seule garantie pour demain d'un socialisme démocratique qui ne soit ni récupéré par le capitalisme, ni dévoyé dans la bureaucratie.

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