Pu De Rennes

  • Les psychologues cliniciens qui exercent en institution voient leurs pratiques et leurs références théoriques mises en question par les exigences de l'époque soit la gestion, l'évaluation et la marchandisation des prestations, qu'elles soient sociales, sanitaires, éducatives, thérapeutiques ou psychologiques. Cette confrontation n'est pas sans effets sur le quotidien d'une pratique clinique, particulièrement lorsqu'elle s'oriente à partir de la psychanalyse. Celle-ci, depuis Freud, nous invite, non sans raisons probantes, à renoncer à vouloir soigner à tout prix et à tracer la voie d'une éthique nouvelle qui permet d'envisager le symptôme non plus comme un trouble à éradiquer mais comme une source d'enseignements salutaires voire salvateurs pour le sujet souffrant, quel que soit son âge.

    Aussi cette confrontation au discours contemporain vient-elle interroger, sur le plan déontologique, l'aptitude du clinicien à ne pas s'y soumettre totalement; sur le plan éthique, elle renvoie à une certaine conception du Sujet, de ses rapports à l'autre et à l'objet, des conditions de possibilité de sa formation et, si nécessaire, de sa restauration ; et d'un point de vue épistémologique cette confrontation questionne la place et la validité de la psychanalyse en tant que théorie de référence dans les pratiques cliniques actuelles des psychologues en institution et dans leur formation.

  • La crise sanitaire mondiale qui bouleverse en profondeur les mondes du travail nous incite à considérer avec d'autant plus d'intérêt la nouvelle question posée aux concours (CAPES et agrégation), qui interroge les mutations économiques, sociales, politiques, culturelles et environnementales entraînées par l'industrialisation de l'Europe occidentale des années 1830 aux années 1930. La désindustrialisation qui s'accélère depuis les années 1970 ne se réduit pas à un recul de la production industrielle. Elle signifie aussi l'effritement d'une civilisation industrielle ainsi que la disparition de la centralité du travail qui érigeait la question ouvrière en enjeu politique et social majeur. Ce dossier réunit des spécialistes qui présentent et commentent des sources de natures variées - correspondances, photographies, textes législatifs, pétitions, caricatures, etc. - produites tant en France qu'en Grande-Bretagne, Belgique, Allemagne, Italie et Espagne. Il permet d'éclairer les mutations de l'organisation du travail, leurs impacts sur les conditions de vie et de travail des mains-d'oeuvre artisanales et industrielles, et la place de la question sociale dans la constitution du mouvement ouvrier et des États sociaux.

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  • Emmanuel Mounier d'hier à aujourd'hui : l'actualité d'une pensée Nouv.

    Lorsqu'il meurt le 22 mars 1950, Emmanuel Mounier n'a que 45 ans. C'est un coup de tonnerre bien traduit par Jean Daniel, futur patron du Nouvel Obs : « Je n'ai jamais eu l'occasion de dire ce que pouvait représenter Mounier pour moi et pour tout un groupe d'Alger. Je suis désarmé par l'accablante nouvelle de sa mort subite ». Même écho, chez tant d'autres comme René Cassin, le cardinal Gerlier, Louis Althusser, Bazaine, Chagall... Il laisse une oeuvre déjà considérable et la forte empreinte de son personnalisme communautaire sur la pensée et l'action de son époque. En des temps de flottement intellectuel et spirituel, ce « personnalisme » demeure aujourd'hui encore une ressource de première grandeur à la fois pour alimenter les existences individuelle et collective, et pour fonder philosophiquement une alternative à notre crise de civilisation sans doute plus radicale encore que celle des années 1930. Après avoir retracé à grands pas le parcours du fondateur de la revue Esprit de la fin des années 1920 à 1950, ce livre d'entretiens s'attache à mettre en valeur l'étonnante actualité pensée de l'évènement. Que ce soit sur le versant économique ou sociétal, culturel, politique ou éthique, sa réflexion livre un puissant socle d'intuitions, de convictions et de valeurs pour une alternative d'ampleur civilisationnelle.

  • Une histoire du peuple de Bretagne, de la Préhistoire à nos jours.

    Les histoires de Bretagne ne manquent pas... Mais celle-ci adopte un point de vue inédit : celui des paysans, des ouvriers, des marins, celui des hommes et des femmes sans histoire, sans papiers. Elle porte attention aux plus humbles, pas seulement aux puissants; s'intéresse à la vie concrète et aux rêves qui s'y enracinent, pas seulement aux couronnements et aux batailles ; risque d'autres chronologies; ruine quelques évidences...

    La crise économique de l'âge du fer, l'arrivée des Bretons en Armorique, la condition paysanne pendant la féodalité, la révolte des Bonnets rouges, la traite négrière, la Révolution et la Chouannerie, le développement du chemin de fer, l'émigration bretonne, la Grande Guerre, la Résistance, la crise du modèle agricole breton, Notre-Dame-des-Landes... Autant de moments de notre histoire examinés d'un oeil neuf.

    Émergent ainsi de nouvelles figures, émouvantes ou pittoresques, jusque-là noyées dans l'anonymat des siècles. Et de nouveaux sujets : manger à sa faim, lutter pour sa dignité, découvrir de nouveaux horizons, accéder au savoir, devenir citoyen...

    Pas de jargon, un rythme de lecture facile : cette histoire a été rédigée avec le souci de s'adresser au plus grand nombre tout en obéissant à la rigueur du métier d'historien.

    Ce livre a été rédigé par trois historiens et un journaliste : Alain Croix, Thierry Guidet, Gwenaël Guillaume et Didier Guyvarc'h.

    Ils sont les auteurs de nombreux autres ouvrages dont, chez le même éditeur, l'Histoire populaire de Nantes.

  • Pourquoi des femmes s'engagent-elles dans les armées sous la Révolution et l'Empire ? Quelles sont les spécificités de leur expérience féminine du monde militaire? Quels discours produisent-elles sur leur parcours lors de leur retour à la vie civile ?

    Entre 1791 et 1815, plusieurs dizaines de femmes intègrent les troupes révolutionnaires, contre-révolutionnaires et impériales, pour défendre leur pays. Leurs parcours hors du commun illustrent l'implication des femmes dans les événements révolutionnaires et le caractère protéiforme de leur engagement. L'étude de leur passage à l'armée témoigne de la reconnaissance dont elles ont pu bénéficier de la part de l'institution militaire, malgré le caractère transgressif de leur démarche. En commentant leur passé militaire dans leurs récits autobiographiques, elles transmettent leurs propres représentations du monde militaire et prennent en charge le récit de leur histoire.

    Confrontant les sources militaires, l'iconographie révolutionnaire, les écrits personnels, les articles parus dans la presse, Maria Goupil-Travert examine une cinquantaine d'itinéraires biographiques de femmes aux armées. Elle questionne la nature de leur engagement, leur rapport au monde militaire et à la violence, ainsi que leur capacité d'action individuelle pour contourner les contraintes liées au genre.

  • "Je fis, d'abord, alliance avec André Pironneau... II... publia quarante articles" (Charles de Gaulle).

    Ce livre n'aurait pas été conçu sans la découverte que les articles de L'Echo de Paris cités par le mémorialiste étaient principalement de sa plume - à lui, de Gaulle ; et que leur objet, politique et géopolitique, dépassait de loin la seule chose militaire. Un chapitre justifie, après la précision du contexte qui éclaire les preuves, l'attribution de ce qu'on appelle en conséquence "la source Pironneau-de Gaulle".

    Ces articles n'ont jamais été lus par les historiens de Charles de Gaulle. Ils constituent donc une source inédite au sens où elle n'a jamais été attribuée à son auteur principal. Ils courent de 1933 à 1937 ; mais leur croisement avec archives, documents diplomatiques français et britanniques, presse et témoignages permet de suivre l'histoire de huit ans, de 1932 à 1940. C'est dire qu'on a la source la plus considérable sur de Gaulle dans les années trente ; et sur d'autres personnages, qui peuvent être considérés comme de premiers gaullistes. Elle confirme combien le regard de Charles de Gaulle annonçait en lui l'homme d'État, embrassant l'horizon international le plus large.

  • Cet ouvrage s'inscrit dans le sillage des historiens et sociologues qui, après Philippe Joutard et son maître-livre sur L'Invention du mont Blanc (1986), ont exploré la profession, l'origine sociale, l'âge et le genre des alpinistes, leurs traditions d'écriture, et les enjeux politiques et diplomatiques attachés au contrôle des espaces sommitaux et frontaliers. Il élargit aussi le propos vers le goût de l'aventure et de l'exploration, les progrès des sciences et des techniques ou l'expansion des loisirs. Mais, il veut surtout contribuer à explorer de nouvelles voies du côté des pratiques, des émotions et des imaginaires.

    Une attention particulière est ainsi accordée au renouvellement des sources : manuscrits des clubs alpins, objets, peinture, photographie, poésie. Les sciences du corps et de la montagne sont également mobilisées pour dialoguer avec l'histoire : physiologie et thanatologie, géochimie et paléoclimatologie, géographie. De nouveaux éclairages sont proposés sur les conquérants des sommets longtemps invisibilisés que sont les femmes, les ouvriers, les guides. Cet ouvrage résonne, enfin, comme un appel à dépasser l'histoire de l'alpinisme en envisageant une histoire mondiale des ascensionnismes qui soit davantage interconnectée et transnationale.

  • Ce volume étudie, dans les textes littéraires du Moyen Age au XXIe siècle, le brouillage des normes et des stéréotypes de genre : le concept de genre, qui a profondément transformé l'approche des sciences sociales et humaines, restait encore peu exploité dans les études littéraires. Subversions, brouillages, défaussements explicites ou clandestins, appropriation des attributs assignés à l'Autre, redistribution des catégories, physiques, mentales, sociales...
    Quels sont les moyens spécifiquement littéraires mis en oeuvre pour mettre en question un système binaire figé ? Comment ces stratégies littéraires et leurs enjeux varient-ils à la fois en diachronie et selon les genres littéraires ? Qu'ils soient de l'ordre du jeu ou qu'ils relèvent d'une résistance politique et de perturbations esthétiques, les phénomènes d'hybridation et de réversibilité des codes viennent défier les performances traditionnelles du genre.
    Si le travestissement reste pendant des siècles l'outil principal du brouillage, la modernité sonde les voies d'un au-delà multiple du genre, allant d'une érotique subversive à des interpénétrations existentielles et identitaires de fond, particulièrement sensibles dans les littératures contemporaines d'expression française de par le monde.

  • "L'illimité !", "No limit!", nous clament les voix publicitaires d'aujourd'hui, comme autant de promesses d'une grande libération où l'être parlant parachèverait ce rêve d'être enfin comblé. Toutefois, les publicités ne sont pas seulement promesses mais aussi "réclames" poussant chacune et chacun à exiger "Toujours plus !" Paradoxe pour qui devait être comblé. Cet ouvrage propose, à partir de la psychanalyse, une relecture de ces paradoxes de la limite dans notre monde contemporain, notamment dans cet espace sans bornes que serait ledit monde numérique. Ces paradoxes seront situés en logique à partir de la clinique de la sexuation, avant que d'être questionnés dans leurs effets de symptômes sur un plan subjectif, autant que dans le lien social. Car c'est bien à vouloir transgresser le réel d'une certaine limite, démontre Jacques Lacan, que s'en suivront en retour des effets d'angoisse, autant que de ségrégations, multiples. 11 faudra dire laquelle.

  • Cet ouvrage relie deux générations. Il s'intéresse à des auteurs dont l'ambition théorique s'adosse à une écriture littérairement assumée. La question qui l'anime est d'ordre généalogique : il cherche à comprendre ce que la "littérarisation" des formes du discours savant (philosophie, anthropologie, psychanalyse, etc.) peut nous dire, en retour, de l'idée que la littérature se fait d'elle-même. Il montre ainsi combien la revendication d'un savoir de la littérature tient à la fois de la fierté et de la résistance : de plus en plus contestée dans sa capacité à formuler des vérités, la littérature entend faire de sa relégation symbolique le lieu même d'une réaffirmalion statutaire. À chacun des chapitres correspond alors un faisceau de problématiques que l'on retrouve au carrefour des ?uvres de Roland Barthes et de Pascal Quignard, entre le dernier quart du XXe siècle et le début du XXIe siècle : la concurrence des sciences et des lettres, la résurgence de la rhétorique dans la pensée littéraire, la mise en scène de la figure du "lettré", la spectacularisation du rapport affecté au langage, la marginalisation héroïque de l'écrivain. De la revue Tel Quel aux Cahiers de L'Éphémère, de Bataille à Derrida, en passant par Rousseau et Lévi-Strauss, ce livre s'inscrit dans le jeu brouillé des généalogies pour retisser des solidarités inédites.

  • Les relations entre France et Amérique à l'ère des révolutions relèvent bien souvent d'une suite de lieux communs autour de l'aide française aux Etats-Unis naissants ou de la perte sanglante de Saint-Domingue. L'historiographie a fort heureusement fait de belles avancées en la matière et ce volume voudrait à la fois en témoigner et aller plus loin encore en suivant trois grandes directions. D'abord en insistant sur le travail des sources, en montrant que les historiens ont encore du pain sur la planche, des gisements connus à explorer à nouveaux frais et d'autres plus inattendus à explorer, en ouvrant les horizons et variant les méthodes.
    Ensuite parce ce le projet collectif dont est ici cet ouvrage veut voir large dans l'epace et dans le temps : il ne s'agit ni de se limiter à une première courte séquence révolutionnaire ni à l'Atlantique Nord, mais bien de couvrir un siècle de tensions créatrices autour des concepts de révolution et de nation, deux moteurs de l'évolution des sociétés de ces temps-là, tout en construisant la réflexion à l'échelle du continent américain dans son entier.
    Le lecteur arpentera donc un vaste monde, de la France au Pérou et à New York. Enfin, les auteurs réunis ici ne se contentent pas de réécrire une histoire diplomatique, même rénovée, mais pratiquent une histoire relationnelle complexe, abordant les circulations atlantiques sous de multiples angles et au travers de multiples groupes sociaux : exilés, migrants, combattants, intellectuels, etc...

  • Dans le legs naturaliste des Lumières, François-Emmanuel Fodéré (1764-1835) incarne la figure du "précurseur" de la médecine légale moderne. Ce livre est le premier à lui être dédié. Il cadre le "moment Fodéré" où la médecine légale se certifie comme science des maux de la société. Faire parler les corps évoque Fodéré en sa formation, ses saillies épistémologiques et sa réception notamment italienne. Parmi une vaste production livresque, son projet ressort de sa somme médico-légale : Les Lois éclairées par les sciences physiques, ou Traité de médecine légale et d'hygiène publique (Paris, an VII); Traité de médecine légale et d'hygiène publique ou de police de santé : adapté aux codes de l'Empirefrançais et aux connaissances actuelles (Paris, 1813). Le savant prône l'alliance du droit et de la médecine, la salubrité sociale et la régulation étatique. Il dénigre les savoirs disséminés sous l'Ancien Régime pour un savoir médico-légal comme science positive. Elle greffera la modernité institutionnelle au positivisme pénal, au progrès scientifique, à la laïcisation des sociétés. Pour "toutes les classes sans exception de privilèges", elle escorte la gouvernance de l'Etat libéral. Suicide, crime, infanticide, folie, épidémie, hygiène publique : ces objets mènent Fodéré à la science investigatrice de l'anomie sociale pour en prévenir la causalité. Surveiller et guérir : tel est son credo positiviste !

  • On entend aujourd'hui par caricature une "image tendant, par déformation ou accentuation des traits d'un modèle, des caractères d'une scène, à les rendre grotesques ou risibles" (La Grande Encyclopédie Larousse). Qu'en est-il pour les sociétés de l'Antiquité ? La plupart des spécialistes modernes de la caricature ont considéré qu'il s'agissait d'une invention de la fin du XVIe siècle, inadaptée aux cultures et aux sociétés du monde antique. Confrontant pour la première fois sur ce sujet les points de vue de spécialistes des textes et des images, cet ouvrage a pour ambition de partir à la recherche d'une possible caricature antique, en discutant ses conditions d'existence, en essayant d'identifier des auteurs d'oeuvres caricaturales, des domaines et des genres artistiques et littéraires plus particulièrement propres à la production de caricatures, en mettant en relief aussi des problèmes de sources ou de catégorisations.

  • Lamennais : 1782-1854 Nouv.

    Le parcours de Félicité Lamennais a fasciné ses contemporains, et n'a cessé de fasciner depuis sa mort, comme le prouve la production ininterrompue de travaux à son sujet. Successivement, théoricien d'un catholicisme contre-révolutionnaire, inventeur du catholicisme libéral et promoteur d'une République sociale chrétienne, il semble être passé par toutes les couleurs de l'arc-en-ciel idéologique et croyant de son temps. Le présent ouvrage s'efforce de dégager cette figure des interprétations polémiques et des passions, et entend restituer la continuité de sa pensée en dépit de la spectaculaire versatilité qui a nourri sa légende. Cette biographie de Lamennais est aussi une radiographie de son époque, et requiert de tenir compte de la réception de ses oeuvres dans toutes les nuances de l'opinion, en France et en Europe. Si Lamennais n'a pas fait école, c'est parce que son indépendance d'esprit radicale a empêché de s'en revendiquer sans nuances. Et pourtant, son nom a toujours resurgi lors des tensions ou des reconfigurations politico-religieuses, quand il s'agissait de repenser l'articulation du fait croyant avec les libertés modernes et l'exercice de la démocratie.

  • Le projet de création de l'aéroport du Grand Ouest, initié dans les années 1970, relancé au début du XXIe siècle, est définitivement abandonné en 2018. Il aura divisé la population locale, suscité une opposition inédite (la ZAD), nécessité l'intervention des forces de l'ordre, généré un abondant contentieux, justifié la mise en place d'un référendum ad hoc...

    Cet ouvrage propose une étude rétrospective des causes de l'abandon, et prospective sur les leçons à en tirer pour de futurs projets. Les contributions universitaires montrent la nécessité de concevoir un aménagement du territoire respectueux des exigences sociétales actuelles, écologiques et démocratiques. À défaut, le prix à payer par les autorités publiques est élevé, au plan économique comme symbolique. L'ouvrage restitue également les interventions d'acteurs locaux qui se sont exprimés sur la définition de l'intérêt général attaché à un tel projet et le réaménagement de l'aéroport de Nantes-Atlantique.

    Le fiasco de Notre-Dame-des-Landes constitue un cas d'école, susceptible d'inspirer les décideurs pour améliorer les outils existants dans différentes disciplines et pacifier les rapports sociaux autour des grands projets.

  • Adolescentes et adolescents des villes et des champs : la dimension spatiale des inégalités éducatives Nouv.

    Cet ouvrage collectif, issu des résultats d'une recherche interdisciplinaire, contribue à l'identification des inégalités éducatives liées aux contextes et espaces de vie des adolescents âgés de 11 à 15 ans en France. Ces inégalités sont ici analysées selon plusieurs registres. Au plan politique, ces jeunes sont les bénéficiaires d'une politique publique universelle (statut de collégiens), qui se déploie aussi dans des contextes spatiaux différenciés, et de politiques ciblées (Programme de Réussite Éducative) ou d'actions publiques contingentes. Au plan de leurs pratiques dans leurs espaces de vie, ils se différencient par leurs loisirs, dont les activités numériques, et leurs mobilités touristiques, activités de temps libres plus ou moins bien articulées à leur scolarité. Des méthodologies de recherche plurielles appliquées à ces différentes sphères d'activités révèlent le jeu d'interactions multifactorielles qui transforment ou permettent d'interpréter ces différences en termes d'inégalités. Le lieu de résidence (du centre-ville au rural assez isolé) et sa distance métrique au collège comme aux autres équipements, le milieu social des parents et leurs stratégies éducatives, le genre des adolescents, les effets des politiques publiques sont autant de facteurs d'inégalités. Ces dimensions physiques, sociales et géographiques des espaces de vie des adolescents posent la question des conceptions des dimensions spatiales d'une justice sociale spécifique à la classe d'âge concernée.

  • Préface de Marie-Jean Sauret En 1858, un avoué périgourdin du nom d'Antoine de Tounens, âgé de 33 ans, s'embarque à Southampton sur un paquebot anglais en partance pour le Chili. Plusieurs mois s'écoulent, certainement en recherche de soutiens et en préparatifs secrets. À l'automne 1860, le voici qui franchit le Bio-Bio, pénètre en territoire mapuche et, après une tournée de quelques semaines des tribus locales parvient à se faire élire roi. Capturé par les Chiliens lors de ses pérégrinations, il sera emprisonné, expertisé puis expulsé. De retour en France, De Tounens, loin de se résigner face à un destin contraire, va revendiquer haut et fort ses droits de suzerain et ne renoncera jamais à régner sur les terres indiennes les plus extrêmes de l'Amérique du Sud. Il y reviendra à trois reprises dans des expéditions de plus en plus rocambolesques. S'appuyant sur une masse de documents d'époque, sur les écrits du personnage comme des historiens et des écrivains qui se sont penchés sur son extraordinaire destin, Jean-Luc Gaspard reconstitue minutieusement la logique et l'essai de rigueur que constitue la saga d'Antoine de Tounens. Fauteur retrace sa biographie à la lumière de la psychanalyse et décrit le laborieux développement de ce que l'on pourrait considérer comme une "psychose en actes". Nourrie des idéaux de son temps, la passion nobiliaire de notre personnage aura eu pour mérite de défendre la cause de peuples indiens voués à la lente dépossession de leurs terres. Cet ouvrage historique et clinique permet de poser le problème délicat du rapport entre revendication, déraison et lien social.

  • Soixante-dix ans après la mort d'Emmanuel Mounier, il est temps de renouveler notre regard sur ce penseur majeur du XXe siècle. On sait combien les quatre volumes des Oeuvres (éd. P. Mounier, Seuil, 1961-1963) ont marqué plusieurs générations d'intellectuels, de femmes et d'hommes d'action de par le monde. Le besoin se fait sentir à présent d'avoir accès à l'ensemble du corpus de Mounier, avec ses nombreux articles, conférences, notes, recensions... Le premier des sept volumes que comptent les ?uvres complètes devrait agir comme un révélateur. Gageons qu'il en ira ainsi pour ceux qui, à la faveur de cette parution, s'initieraient à l'oeuvre de Mounier et pour ceux qui connaissent déjà tout ou partie de ses écrits. La plupart découvriront un jeune homme à plusieurs facettes : non seulement son ancrage philosophique, mais, tout aussi fort quoique mal documenté jusqu'à présent, son ancrage religieux, à nette tendance mystique, accompagné d'un intérêt aigu pour les champs social et littéraire. Ecrits entre sa dix-septième et sa vingt-septième année, les textes ici recueillis, quelquefois rares ou inédits, vont de ses dissertations de terminale au Lycée de Grenoble à sa longue intervention au congrès de Font-Romeu, qui posa les bases du mouvement et de la revue Esprit. Si cette période est dominée par son important mémoire sur Descartes (1927) et son ouvrage pionnier sur Charles Péguy (1931), imprégnés de la philosophie d'Henri Bergson et des dialogues avec Jacques Chevalier et Jacques Maritain, ses articles et conférences n'entendent pas moins fonder les principes de la personne comme présence et action. Tout agir ayant besoin d'une direction, il s'agit de se donner des règles de conduite pour y tendre en vérité. A défaut, l'être humain se replie dans l'individualisme, avec pour corollaire une certaine médiocrité morale, un conformisme plus ou moins conscient. Mounier se propose ici d'étudier à frais nouveaux ce qui sépare l'animal de l'homme et l'homme de Dieu à travers ces champs d'expérience que sont la psychologie, le langage, le droit, le politique et le sentiment religieux. Cette édition est présentée et établie par Yves Roullière, avec la collaboration de François Denoël, Nadia Yala Kisukidi, Jacques Le Goff et Jean-François Petit.

  • Les émotions dans la recherche en sciences humaines et sociales : épreuves du terrain Nouv.

    La neutralité, en science comme ailleurs, est un voeu pieux, voire un leurre, à mieux comprendre, si ce n'est évaluer ou contrôler. Surtout, l'engagement sur un terrain d'études conduit à des surprises, voire à des déconvenues qui font le sel des ouvrages de N. Barley comme par exemple L'anthropologue en déroute (2001).

    Dans le cadre des approches sensibles en sciences humaines et sociales, les émotions ressenties par le corps, recueillies et partagées, avec plaisir ou déplaisir, ne sont plus considérées comme des perturbateurs de l'analyse mais comme des sésames d'accès à la compréhension humaine. Elles s'imposent à la chercheuse ou au chercheur, la/le surprennent; elles deviennent des guides utiles, des opératrices d'inclinaisons, voire de bifurcations, dans la recherche scientifique. Longtemps délaissées, les émotions ne constituent plus un obstacle à la rationalité mais un échafaudage à l'avènement d'une orientation théorique spécifique plutôt qu'une autre, à une modification d'attitude sur le terrain, etc. Émotion et cognition sont, pour le pire et le meilleur, définitivement intriquées.

  • Photographies de familles contemporaines : perspectives croisées entre sociologie et psychanalyse Nouv.

    Les photographies familiales sont porteuses d'histoire, de mémoire, elles viennent faire trace en images de l'expérience partagée. Que donnent-elles à voir des liens familiaux, que rendent-elles visibles ou pas des attaches qui nous unissent ? Quel est le portrait photographique des familles d'aujourd'hui ?

    La révolution numérique a changé notre rapport aux images, les photos sont désormais le plus souvent stockées sur des cartes mémoires, sur des disques durs, conservées dans nos téléphones portables, affichées sur des écrans d'ordinateurs et sont de moins en moins tirés sur papier. Avec les selfies, les pratiques sur les réseaux sociaux, Snapchat, la photographie familiale, autant dans l'acte qu'elle engage que dans le contenu produit révolutionne les usages et les représentations. L'ouvrage présente les visages contemporains de la photographie de famille pour en faire une lecture sociologique, psychanalytique et clinique.

    Il tente de l'approcher sous tous les angles, d'en révéler les enjeux scopiques et les perspectives thérapeutiques. En bref, comment les images fabriquent-elles la famille et comment la famille fabrique-t-elle des images ?

  • Le culte rendu aux saints, ces "morts très spéciaux", représente l'une des pratiques sociales et religieuses les plus singulières du Moyen Age. Au c?ur des récits hagiographiques qui leur sont consacrés figurent bien sûr les Vies de saints, dont le sens et les enjeux sont bien plus larges que la simple finalité liturgique ou cultuelle quelles mettent généralement en avant. D'autant plus que, jusqu'au XIIe siècle au moins, la biographie du saint et sa personnalité importent relativement peu tant le poids des modèles structure les récits. On ne saurait donc s'étonner de ce que la figure "historique" de Julien du Mans, dont la sainteté et le culte, de l'époque carolingienne à l'âge gothique, sont l'objet de cet ouvrage, demeure évanescente, pour ne pas dire insaisissable. Pourtant Julien finit par être considéré comme le premier évêque du Mans et un disciple des Apôtres, et par devenir le principal titulaire de l'église cathédrale et le patron du diocèse du Mans. L'intérêt de l'étude réside donc ici : dans l'ensemble des pratiques et des représentations que la fabrique légendaire met en jeu, à l'articulation de l'histoire de l'institution ecclésiale, de l'histoire culturelle et de l'histoire des pouvoirs. Pour mieux fonder la démonstration l'ouvrage propose également une édition scientifique des principaux textes hagiographiques et liturgiques concernant saint Julien.

  • L'empoisonnement est une infraction qui est apparue tardivement, bien que le poison soit depuis longtemps utilisé comme une arme criminelle redoutable. En 1682, il fait l'objet d'une réglementation spécifique qui le distingue du simple homicide et qui encadre de manière rigoureuse le commerce des substances vénéneuses. Depuis cette date, l'empoisonnement a toujours été incriminé de façon autonome dans le droit français, étant considéré comme particulièrement grave du fait de la préméditation qui l'accompagne.

    Cette nouveauté juridique soulève de nombreuses questions, d'une part, sur la constitution de l'infraction et, de l'autre, sur sa répression par les tribunaux. L'empoisonnement étant un crime secret, la question de la preuve se pose à chaque instant. Un intérêt particulier doit être accordé aux moyens mis en oeuvre pour affirmer ou infirmer la présence d'un empoisonnement criminel. Il faut se demander comment les magistrats parviennent à caractériser l'existence de cette infraction à une époque où la science n'en est qu'à ses balbutiements. L'étude des archives judiciaires permet de mettre en évidence les spécificités d'un tel crime, de comprendre la nécessité et l'apport d'une nouvelle réglementation, mais également d'analyser la procédure criminelle qui en découle et de savoir quelles sont les sanctions retenues à l'encontre des empoisonneurs.

  • Qu'est-ce qu'être parent aujourd'hui ? À partir d'une importante enquête qualitative auprès de familles, diverses du point de vue de leur configuration et de leur origine sociale et géographique, et de divers professionnels de la petite enfance, notre ouvrage montre que les familles sont loin de rester passives face à l'imposition de règles de conduite d'une "bonne parentalité". Elles interprètent différemment les normes, se les approprient, les rejettent ou s'y adaptent sur la base de compromis négociés avec les institutions et les professionnels de la petite enfance. Il est remarquable que le travail permanent exercé sur les normes familiales ne soit pas linéaire et aboutisse à la coexistence d'une pluralité de conceptions de la "bonne parentalité", plus ou moins innovantes, contestataires ou traditionnelles. Ce qui frappe aujourd'hui est cet enchevêtrement de normes traditionnelles résistantes, de normes contestées et négociées et de nouvelles normes inventées qui transforment les référentiels de la famille moderne. Plus qu'au déclin de l'institution familiale, souvent déploré dans le discours public et relayé par les spécialistes de l'enfance ou les observateurs de la vie sociale, notre enquête nous a confrontées à un processus permanent d'institutionnalisation de la famille tant par sa contestation des normes en place que par sa volonté d'inventer de nouvelles façons de "faire famille".

  • Ce livre présente la théorie radicalement nouvelle de la subjectivité trouvée dans l'oeuvre de Jacques Lacan. En guidant le lecteur avec lucidité et précision à travers le labyrinthe de la théorie lacanienne - et en présentant des notions centrales telles que l'Autre, l'objet a, l'inconscient structuré comme un langage, l'aliénation et la séparation, la métaphore paternelle, la jouissance et la différence des sexes - Bruce Fink fait preuve d'une connaissance profonde du travail théorique et clinique de Lacan. Tout en présentant la théorie lacanienne dans le contexte clinique, Fink présente une vue des plus équilibrées, sophistiquées et pénétrantes de Lacan à ce jour - une source sans prix pour les initiés et les néophytes.

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