Liber

  • Les séries télévisées constituent depuis des années la forme privilégiée dans laquelle notre culture se projette, mais Black Mirror représente bien plus que cela : c'est un fait socioculturel emblématique du monde contemporain qui esquisse la société du futur en décrivant de manière paroxystique ce que nous vivons déjà. Voici un spectacle, un musée, une prison et un jeu vidéo où la technique, les algorithmes et les réseaux sociaux prévalent sur les individus en annihilant la rationalité sur laquelle nos sociétés se sont fondées. ?uvre totale ayant anticipé notre condition suite aux mesures adoptées pour contrer la pandémie de Covid-19, la création de Charlie Brooker explore la médiatisation de l'existence dont nous faisons l'expérience entre trolls, haters, sexting, surveillance, stories, cancel culture et analyse prédictive. S'y arrêter permet de voir notre époque comme une catastrophe et comprendre ce qui est en train de surgir des cendres de l'humanisme : l'aurore numérique.

  • L´heure, semble-t-il, n´est plus aux tergiversations. La planète serait à l´agonie. Les signes en seraient partout visibles, dans le moindre comportement de chacun, dans la plus infime émission de dioxyde de carbone. Le capitalisme, dans sa version néolibérale, serait forcément l´incarnation même du mal qui ronge la planète. Pour comprendre comment nous en sommes arrivés à agiter une telle menace existentielle, et pour bien saisir l´efficacité mobilisatrice du discours qui la suscite, il faut revenir sur des moments clés du mouvement environnementaliste et de l´écologisme. Les discours ne surgissent pas ex nihilo, et ils ont non seulement une histoire, mais aussi et surtout une façon propre de procéder. Cet ouvrage propose de voir comment le discours écologiste a pu se constituer en fait social total afin de réguler les comportements dans le sens d´une vaste entreprise hygiéniste et sanitaire à la grandeur de la planète.

  • La maladie, quelle qu'elle soit, touche à la condition humaine et aux images que l'on se fait de soi, des autres et de la vie. Elle suscite des questions qui trouvent peu de réponses et qui, par conséquent, n'ont pas de fin. Contrairement à ce que l'on pense, les personnes malades sont souvent très ouvertes aux interrogations existentielles. Ce sont souvent les soignants qui n'osent pas s'aventurer sur ce terrain par manque de confiance, se reposant sur les comités d'éthique. Pourtant ce sont les patients et leurs proches qui réfléchissent, délibèrent et décident. L'être humain décide, dans de tels contextes de soins, de vie et de mort, selon ce qui a un sens pour lui. Dans ce cadre, le rôle du soignant n'est pas celui de l'expert en questions existentielles, mais celui d'un accompagnateur de ceux qui doivent penser par eux-mêmes selon leurs propres expériences, leurs intuitions, leurs doutes. Il retrouve ainsi avec eux un dialogue que l'humanité ne cesse d'avoir avec elle-même.

  • Les dénonciations d'inconduites sexuelles, qui se multiplient dans les universités américaines, ont à juste titre de quoi nous inquiéter, qu'il s'agisse d'allégations de viol, d'agressions sexuelles ou de faveurs obtenues par la contrainte. Mais sont aussi condamnées les fréquentations entre professeurs et étudiants adultes, de même que les « avances non désirées », et tout geste ambigu que l'on s'empresse de signaler comme contribuant à un « climat hostile ». Or ces dénonciations sont pour plusieurs administrées à même les universités plutôt que par un système de justice reconnu. Elles mènent souvent à des accusations, à des procès irréguliers et à des ententes chèrement payées dans lesquelles s'engagent, pour acheter la paix et ne pas compromettre leur réputation, les universités elles-mêmes. Celles et ceux qui se risquent à sortir du silence pour critiquer les excès bureaucratiques, comme cela a été le cas de Laura Kipnis, font à leur tour l'objet de mises en garde, de plaintes, de poursuites, voire de congédiements. Études interrompues, carrières brisées, méfiance généralisée, luttes sans quartier : tel est le régime du sexe polémique auquel les établissements américains du haut savoir sont actuellement soumis. Comment en est-on arrivé là ? Comment en sortir ? Dans ce portrait au vitriol du monde universitaire, Laura Kipnis médite ces questions. Faute d'avoir compris les avancées du féminisme, qui devait favoriser l'autonomie et la liberté, les étudiants, professeurs et administrations s'empêtrent dans le maquis défraîchi de la féminité victimaire et du pouvoir prétendument inébranlable des hommes de tout acabit. Et l'on voit ainsi la paranoïa s'emparer de l'université.

  • Le philosophe américain Allan Bloom disait des gens de notre époque qu´ils étaient des « romantiques désenchantés ». Certes, nous serions encore attachés aux idéaux du romantisme (amour inconditionnel qui triomphe de tous les obstacles, passion qui se mue en union durable, don de soi jusqu´au sacrifice.), mais nous aurions aussi de plus en plus de mal à croire à ces idéaux. Le rapport ambivalent entre nos sentiments et l´imaginaire amoureux dont nous avons hérité invite à la réflexion. Qu´est-ce que l´amour ? Quelles sont ses sources et ses composantes essentielles ? Que pouvons-nous en espérer ? Ces questions, l´auteur a voulu y réfléchir, avec pour principaux moyens les outils du philosophe et le soutien de la littérature (Stendhal et Austen, entre autres). Il démontre, chemin faisant, que le romantisme nous offre encore, malgré tout, certains des secrets du ravissement amoureux, que nous pouvons y puiser ce qui nous convient aujourd´hui pour, peut-être, ré-enchanter nos amours.

  • Pour demeurer bien vivants Nouv.

    Demeurer bien vivants n'implique aucun état d'agitation, d'excès ou d'extase. Cela s'éprouve au contraire dans une atmosphère de paix intérieure, qui est sans doute ce que nous pouvons connaitre de plus précieux. Cette paix ne nous est pas donnée par les conditions extérieures, changeantes et souvent provocantes, mais par notre attitude à leur endroit. Elle doit être éprouvée même dans des conditions défavorables. C'est au milieu de nos obligations que nous devons éprouver un certain détachement, au coeur des sollicitations et des provocations que nous pouvons goûter une qualité de calme. Les difficultés que nous rencontrons et les épreuves que nous subissons peuvent contribuer à nous libérer. Seul le noyau le plus intime se sent bien vivant. En cinquante-cinq courts textes et autant de thèmes, le philosophe Pierre Bertrand poursuit sa réflexion minutieuse et patiente où il approfondit les questions de l'existence.

  • La psychanalyse, particulièrement chez Sigmund Freud, s'est inspirée dans sa théorisation de récits de la mythologie grecque. Les grandes figures de Narcisse, Oedipe, Icare, Aphrodite, miroirs grossissants de la complexité de la psyché humaine, ont été empruntées pour approfondir et illustrer des symptômes psychiques contemporains. L'originalité des trois tomes des Grands récits occidentaux est d'élargir cette réflexion sur d'autres époques, d'autres lieux, d'autres figures marquantes qui constituent notre mémoire collective occidentale.
    Dans ce troisième tome, les auteurs ne racontent pas les récits mythologiques ou historiques. Ils sont suffisamment connus. Ce qui les intéresse c'est plutôt leurs structures, leurs significations et leurs portées. Il sera question ici des grands mythes qui ont forgé l'histoire européenne. Ces récits, que notre mémoire collective a conservés et qu'ils nourrissent encore, que nous disent-ils du monde qu'ils ont contribué à mettre en place ?

  • De même que les individus ont une généalogie, les sociétés s'appuient sur plusieurs piliers culturels, qui eux-mêmes sont le produit de rencontres plus anciennes. C'est ainsi que la rencontre du monde attique (la Cité-État d'Athènes) et de la culture perse serait à l'origine de la révolution philosophique de la Grèce antique, dont l'influence se prolonge jusqu'à nos jours, constituant ce que nous appellerons le pilier gréco-romain. De l'autre côté de la Méditerranée, en Asie mineure et en Afrique du Nord, on peut repérer une influence des cultures mésopotamiennes ou égyptiennes sur le judaïsme, et de la culture grecque sur le christianisme naissant. À partir de la conversion de l'empereur Constantin au christianisme, se mettra en place, dans le monde gallo-romain, un fort pilier judéo-chrétien, qui continue lui aussi à influencer la marche du monde occidental. Si ces deux premiers piliers ont généré un grand nombre de figures paternelles, à commencer par Dieu le Père, le troisième, que nous qualifierons de pilier occidental, a donné et continue à donner plus de places aux figures maternelles, expliquant par exemple l'importance qu'a prise le culte de Marie à partir de la christianisation de la Gaule. En ces temps post-féministes, il paraît important de faire vivre des mythes qui, souvent, donnent sa pleine place à la puissance du féminin.

  • De même que les individus ont une généalogie, les sociétés s'appuient sur plusieurs piliers culturels, qui eux-mêmes sont le produit de rencontres plus anciennes. Après avoir abordé le pilier gréco-romain (vol. 1), ce deuxième volume d'un ouvrage collectif consacré aux grands récits occidentaux s'intéresse cette fois à la culture judéo-chrétienne. À partir de la conversion au christianisme de l'empereur Constantin, se met en place, dans le monde gallo-romain, un fort pilier judéo-chrétien qui continue à influer sur la marche du monde occidental, malgré le déclin de la religiosité. Que nous disent ces récits que notre mémoire collective a conservés ? Que nous révèlent-ils du monde qu'ils ont contribué à ériger ? En quoi nos « récits de vie » individuels trouvent-ils bien souvent leur ancrage dans ces « grands récits » expliquant le collectif ? C'est à faire voir certaines des ramifications essentielles de ce riche héritage que s'appliquent les essais rassemblés ici.

  • L´approche phénoménologique constitue une manière d´exercer le métier de la relation d´aide sans quecela devienne une affaire surtout technique. En psychopathologie la tradition phéno-ménologique est peu connue. Elle n´en est pas moins bien vivante. Aussi, dans une intention didactique et introductive, cet ouvrage en propose des clés de lecture au travers la contribution de ses plus importants représentants : Ludwig Binswanger, Wolfgang Blankenburg, Medard Boss, Karl Jaspers, Henri Maldiney, Rollo May, Eugène Minkowski, Jacques Schotte, Hubertus Tellenbach et Jan Hendrik van den Berg.

  • Ce livre s'inspire de l'article de Donald Winnicott : "La haine dans le contre-transfert". Cet article est issu d'un texte que Winnicott avait présenté à la Société britannique de psychanalyse, le 5 février 1947 sous le titre de "Quelques observations sur la haine". Il y aborde des thèmes devenus depuis centraux pour la psychanalyse : la haine que les psychanalystes peuvent éprouver à l'égard de leurs analysants mais aussi celle que les psychiatres manifestent par la violence même de leurs méthodes et, enfin, la haine des mères envers leurs enfants. Winnicott adoptait une démarche qui était et qui demeure provocatrice, à tel point que nombreux sont ceux parmi les analystes à préférer ne pas en tenir compte. Le sujet dont il s'agit dans ce fameux article est Masud Khan que Winnicott ne mentionne jamais directement. Khan est un jeune psychanalyste d'origine pakistanaise qui devint membre de la Société britannique de psychanalyse après avoir été analysé par Winnicott. De plus, Khan a été pendant plus d'une vingtaine d'années le collaborateur de ce dernier et a participé à l'édition de nombreux de ses écrits qui ont fait sa renommée. Les deux psychanalystes ont été tour à tour analyste et analysant, collaborateurs et adversaires. Autant l'un est affable et complaisant, autant l'autre est exubérant et agressif ; mais ils partagent aussi une égale créativité intellectuelle. Entre eux, il y a admiration et concurrence, amour et haine. C'est l'aventure commune de ces deux hommes que raconte ce livre.

  • La formule « plénitude ontologique du vide » signifie que le vide n'est pas un néant, un rien ou une absence définitive mais, au contraire, l'affirmation en son autosuffisance de la présence à l'état pur. Le vide est plein de la présence pure, mieux il s'identifie à elle. De l'atomisme antique à la révolution scientifique en passant par la Renaissance, de Démocrite à Newton, d'Aristote à Descartes en tant que ses plus éminents adversaires, le vide n'a cessé de hanter tant le champ de la métaphysique que celui de la science, celui de l'expérience comme celui de l'imaginaire. Après avoir tenté de l'expulser de la physique au moyen de la notion d'éther, la cosmologie contemporaine redécouvre le rôle essentiel du vide dans le devenir et peut-être l'origine de l'univers. Aujourd'hui, c'est au tour de la métaphysique de soupeser à nouveaux frais le poids du vide dans le cadre de la problématique qui lui est propre. Après un siècle de dépassement, de déconstruction et autre célébration de la fin de la métaphysique, l'intention est de démontrer ici que, loin d'être oublieuse de la question de l'être, elle a pensé celle-ci avec une portée et une acuité sans égales.

  • Selfies coquins, vitrines électroniques, lingerie érotique, gifs pornos, love dolls : dissolu et fastueux, cru et surexposé, le porno triomphe et prolifère partout, des mailles du réseau aux contextes urbains, des écrans médiatiques aux interstices du quotidien ; il envahit les trames de la vie publique, surchauffe les connexions électroniques et imprègne d'humeurs la socialité contemporaine. Il se fait ambiance. Quelles sont les origines et la généalogie de cette scène convulsée ? Quels sont ses effets ? Ce livre a pour but d'appréhender la signification, plutôt que de la pornographie, de ce que les auteurs suggèrent de définir comme la pornoculture contemporaine, au sens où l'on n'a plus affaire à un secteur de niche de l'offre médiatique, mais à un axe symbolique, un paradigme esthétique, une sensibilité diffuse de notre temps et du contexte occidental. En observant jusqu'à ses conséquences les plus extrêmes le lien intime entre l'érotisme et la mort ici à l'oeuvre, cet essai entrevoit dans l'irruption de la pornoculture, par delà le bien et le mal, le déclin du sujet moderne et les premiers sursauts d'une nouvelle chair dont il est désormais urgent de comprendre la forme, le sens et l'éthique. « Dans une perspective transdisciplinaire embrassant sociologie de l'imaginaire, philosophie, culture visuelle, film, pornet genderstudies, sciences de la communication et esthétique, nous entendons ici prendre acte, avec la complicité du lecteur, de l'actuelle rupture épistémologique qui émane du tissu sociétal, captée par les médias et incarnée dans les styles de vie contemporains, dont la pornoculture semble être la cause et l'effet - un changement de paradigme dense de conséquences pour les temps à venir. »

  • Comment, depuis ses processus et ses fantasmes originaires, le sujet humain s'inscrit-il dans ses filiations ? Comment accède-t-il dans sa culture à son propre espace et à son propre temps ? C'est en croisant les traditions de pensée arabo-musulmane et occidentale qu'il s'agit ici, en partant du corps sur lequel s'étayent les organisateurs culturels, de mettre en lumière les différents registres sociaux et métapsychologiques qui contribuent au devenir du sujet dans le monde. En se plaçant résolument dans une perspective transculturelle et en évitant les dogmatismes cliniques, Essedik Jeddi dégage les divers champs de signification qu'un événement subjectif peut ouvrir pour l'individu et le collectif, jusque dans l'expérience psychotique et ce qu'elle représente pour les soignants. Il constate alors que l'aliénation corporelle, psychique et culturelle dont témoignent les malades psychiatriques exprime un refoulé originaire, tant psychologique que social. En puisant à plusieurs disciplines : psychiatrie, psychanalyse, psychophysiologie, anthropologie, sociologie, il fait ainsi apparaître les mécanismes et les paradoxes psychiques et socioculturels qui conduisent de nombreux individus contemporains à se vivre étrangers dans leur propre culture.

  • L'accompagnement compte mille et un visages et se présente sous une multitude d'aspects sous diverses appellations - mentorat, coaching, tutorat, jumelage, parrainage. Il se pratique dans de multiples champs d'activité, dans divers cadres et selon des modalités elles aussi distinctes : apprentissage, formation, enseignement, compassion (assistance aux malades et démunis) et bien d'autres. De nos jours, il peut passer par le web ou les applications numériques et utilise même des robots. Cet ouvrage brosse le portrait de ses formes, de ses outils et de ses missions. Il s'adresse à toutes les personnes qui le pratiquent déjà, à celles qui désirent s'engager dans une démarche d'accompagnement et à celles qui veulent simplement en approfondir la compréhension : ses origines, ses différentes formes, les différents types de relation de soutien, les outils technologiques, etc.

  • Je tiens que c'est toujours par hasard que le point de jonction de la langue et du monde se trouve. Certains, pour s'y aider, louent un divan. Comme tout le monde, ils se demandent : « Que vais-je faire de ma vie ? » Longtemps ils ne savent pas. Et soudain, c'est l'illumination : « Psychanalyste ! Je ne vois que psychanalyste pour m'en sortir ! » Alors ils revêtent l'armure, ils prennent la pose, ils s'inventent psychanalystes et finissent presque par croire que c'est vrai. Presque. Quelques garants, quelques grands référents les y aideront. Alors ils passent à l'acte et adressent leur prière à la cantonade : « Je vous en prie, venez, parlez-moi, et payez-moi ! ». Le dialogue qui est au coeur de ce livre est fait des réminiscences qui sont celles de l'auteur, tout à la fois de questions qu'il s'était lui-même posées, qu'il avait adressées à ses aînés, et de celles qui lui furent plus tard adressées lorsque à son tour il eut choisi de gagner sa vie à l'exercice de cette déconcertante discipline qu'est la psychanalyse. Affaire de transmission, donc, qui est affaire d'éthique.

  • La polémique n'est pas toujours bonne conseillère. Mais son piment n'est pas inutile pour donner quelque saveur à ces plats fort peu ragoûtants que l'on confectionne trop souvent dans les insipides arrière-cuisines universitaires. Elle est même parfois fort utile quand elle s'emploie à redynamiser un débat intellectuel languissant ou par trop conformiste. Débat et non critique ad hominem, ainsi que le réclamait Karl Marx lorsqu'il voulait invalider un de ses ennemis. Et il est fréquent dans la décadence contemporaine que certains continuent d'une manière adolescente à se poser en s'opposant. D'où les médisances, les calomnies, les à-peu-près, en bref l'agressivité de plus en plus répandue dans ces garderies d'enfants que sont devenues nos pauvres universités. Un essai corrosif et stimulant de Michel Maffesoli contre la bien-pensance intellectuelle et les lieux-communs de notre époque qui nous plombent dans un fatras idéologique, mélange indigeste d'individualisme, de rationalisme et d'inévitable utilitarisme. «J'ai souvent indiqué que la postmodernité, en son moment naissant, s'exprimait pour le meilleur et pour le pire. Le pire, ce sont les parodies et autres billevesées que l'on trouve, à loisir, chez les plagiaires, les scientistes mimant l'authentique science et les militants confondant le "savant" et le "politique". Chacun d'eux rationalisant en d'ennuyeuses parénèses ou de pédantes exhortations ce ludique qu'est, on ne peut plus, le monde de la postmodernité ». « Le meilleur, c'est qu'au-delà ou en deçà de ces amusements d'"enfants attardés", on voit resurgir ce que j'appellerais la "force invisible de l'imaginaire". Elle est en train de nettoyer le cloaque des lieux communs et autres conformismes qu'ils soient scientistes ou politistes. »

  • « Il n'y a qu'un problème philosophique vraiment sérieux, c'est le suicide », disait Albert Camus. Oui, mais il existe mille façons de parler du suicide et autant de se suicider. La mort volontaire n'est pas ce qu'on pense généralement. Elle ne se réduit pas à un acte choisi, à un événement précis. À preuve : Charles Bukowski. Son existence s'apparente à un suicide lent qui s'accomplit chaque jour. Ce qu'on voit chez lui d'une manière évidente, c'est une échappatoire à l'existence : jeu, alcool, sexe, fainéantise, indifférence même à toute chose. Si l'existence n'est pas toujours facile, souvent absurde, Bukowski plus que Camus l'a montré. Mais on persiste à donner raison à celui-ci et non au premier. On continue de prétendre qu'il faut non pas abandonner, mais se révolter: là serait notre seule condition. La philosophie est-elle bien cette révolte dont parle le philosophe français ? Menée dans une perspective radicale cette réflexion sur notre rapport à la mort, à la haine et à l'existence répond à cette question. L'auteur développe ici deux versants d'une même interrogation sur le sens de la vie et de la liberté (politique et individuelle) à travers la révolte camusienne et l'indignité bukowskienne. Camus contre Bukowski ? La philosophie contre la littérature ? Cela n'est pas aussi manichéen mais les deux auteurs, ici mis face à face, montrent deux voies divergentes, deux manières de se positionner radicalement face à l'existence et face à la politique.

  • "Dialectique et société expose les fondements du travail que j'ai effectué depuis plus de trente ans dans l'enseignement de la sociologie, puis dans des écrits à caractère théorique. Cet ouvrage développe les bases de toute ma démarche [.]. Le livre est entièrement consacré à un examen critique du statut épistémologique des sciences sociales, où je mets particulièrement en lumière l'inadéquation du modèle de scientificité emprunté aux sciences de la nature par les sciences sociales positives. Cette rétrospective critique sur les conditions en même temps ontologiques, épistémologiques et politiques du développement historique des sciences sociales et particulièrement de la sociologie constitue une sorte de prolégomènes à l'ensemble du projet que devra couvrir Dialectique et société." (M. F.)

  • "Ce livre est consacré à la dimension symbolique qui caractérise l'ensemble de l'expérience humaine et que l'on peut subsumer, sociologiquement, sous le concept de pratique significative. Le symbolique englobe tout le domaine ontologique de la représentation par idées ou concepts. Il ne se limite cependant pas à une simple faculté psychique de l'être humain, mais existe aussi concrètement sous la forme de l'institution comme cadre structuré et structurant effectif de la vie proprement humaine. Ce cadre symbolique objectivé dans le langage et dans la culture, ainsi que dans toutes les institutions sociales entendues au sens le plus large, assume à l'égard de chaque pratique significative la fonction d'un a priori transcendantal. Je défendrai tout au long de cet ouvrage la thèse selon laquelle la dimension transcendantale fait partie intégrante de la réalité humaine, mais qu'elle n'en représente pas le socle solide; elle y est, au contraire, la marque de sa fragilité ontologique irréductible. Cette précarité ontologique tient aussi au fait que l'humanité est responsable d'elle-même dans la mesure où son existence ne dépend, en dernière instance, ni de la nécessité ni du hasard. La prise de conscience qui pèse désormais sur l'avenir même de l'homme, et qui coïncide avec sa valeur ontologique supérieure dans l'ensemble de l'univers matériel, représente peut-être la novation intellectuelle ou idéologique la plus importante de notre époque, celle qui nous interpelle le plus directement et profondément." (M. F.)

  • « Ai-je déjà existé aux yeux de mon père ? Je n'en ai aucun souvenir, mais combien il a manqué à ma vue, ce père qui ne pouvait me voir tant il était habité par quelque chose de terrible, une chose qui, toujours de manière inattendue, venait le foudroyer. (...) À l'adolescence, cette culpabilité s'était cristallisée dans mon corps, comme s'infiltre sinueusement un mal, petit à petit, de telle sorte que le corps lui-même était devenu une chose repoussante, dégoûtante. La chose qui habitait mon père m'avait-elle infectée ? Chose certaine, les rares fois où mon père jetait un regard sur moi, je me sentais transparente et transpercée de la tête aux pieds. Les paranoïaques voient ce que les autres ne voient pas, ils voient l'invisible. Moi qui avais tant quêté son regard, désormais je le fuyais. » Ainsi Francine Godin commence-t-elle son récit pour expliquer ce qu'elle a longtemps été : une survivante traumatisée par le fait d'avoir échappé au destin tragique de sa famille, marquée par la folie d'un père, d'une soeur et d'un frère. Vie personnelle déstructurée, vie professionnelle marquée par la violence et la mort. Travaillant pour plusieurs programmes de développement international en Afrique (Sao Tomé, Ethiopie, Rwanda, Bénin), Francine Godin côtoie l'horreur d'un continent en plein chaos. Observatrice avertie, mais aussi complice d'un système, elle rend compte, sans fard, des dysfonctionnements d'organisations lourdes et lentes. Inclassable, ce livre plonge le lecteur dans ce que l'auteur appelle « toute la folie du monde ». La folie d'un père qui la marquera toute sa vie; la folie d'un continent déchiré par les guerres, les famines et les profiteurs. « Ce véritable voyage de ma vie, s'il fut douloureux, était le prix à payer pour ne plus courir après des chimères ».

  • Cette vie en nous

    Pierre Bertrand

    • Liber
    • 21 Janvier 2013

    "Nous sommes des êtres fragiles et la réalité sociale dans laquelle nous nous trouvons en tient fort peu compte, nous proposant au contraire un idéal de performance ou d'excellence. Une part de ce qu'il y a en nous d'humain est oubliée, comme si nous avions honte de notre humanité et des imperfections qui lui sont inhérentes, et que nous nous rêvions surhumains, dieu ou machine. Il en a d'ailleurs toujours été ainsi sur le plan collectif.
    L'idéal de sainteté puis celui de sagesse ont précédé l'idéal d'excellence, l'idéal d'aujourd'hui. Toujours l'humanité de l'humain est déniée, telle une tare. Ces idéaux détruisent l'être humain, loin de l'aider à se développer et à réaliser la puissance de son être vivant. En fait, il s'agit d'abord et avant tout de voir la réalité telle qu'elle est. C'est grâce à la vision qu'une solution allant dans le sens de la puissance de vivre peut concrètement se trouver ou s'inventer au sein de la réalité telle qu'elle est.
    L'important est que la vision, même au sein de la répression, que celle-ci soit brutale ou douce, absurde ou argumentée, demeure intacte, que, mieux encore, elle soit rendue plus vive, plus aiguisée par le défi ou l'épreuve. La vision de la réalité est plus puissante que toute injonction émanant de l'idéal." Pierre Bertrand.

  • Petit traité de l'erreur

    Jean Robillard

    • Liber
    • 23 Juillet 2012

    L'objectif de ce livre est de préciser les différents sens que revêt le concept d'erreur, selon cinq grands types, sans doute les plus fondamentaux : l'erreur de raisonnement, l'erreur de jugement, l'erreur judiciaire, l'erreur scientifique et l'erreur morale. Mais les cinq études proposées visent aussi à introduire le lecteur à la philosophie qui se fait actuellement dans un dialogue fécond avec les sciences de la cognition.

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