Littérature générale

  • Dans La violence et le Sacré, René Girard a entrepris de remonter aux origines de l'édifice culturel et social qui est au coeur de notre civilisation. S'appuyant à la fois sur une relecture très personnelle des tragiques grecs et sur une discussion serrée des principaux systèmes d'explication, en particulier la psychanalyse, cette enquête originale met l'accent sur le rôle fondamental de la violence fondatrice et de la victime émissaire. Le religieux, secrètement fondé sur l'unanimité violente et le sacrifice, trouve ainsi dans cet essai majeur une définition inédite.

  • Pour la première fois, la vie d'Albert Camus est envisagée sous l'angle de son pays natal et d'Alger, sa ville tant aimée. A aucun moment de son existence ses pensées ne se sont éloignées des rivages de cette terre ardente sans laquelle, disait-il, il ne pourrait vivre...
    Pour Camus, l'Algérie est l'espace d'un imaginaire et d'une intimité. Au fil du temps, elle devient une sorte d'Eden perdu, contribuant à éclairer cette part de lui-même qu'il appelait "obscure", et dont il regrettait, un an avant sa mort, qu'elle ne soit pas davantage perçue par ses lecteurs et ses commentateurs.
    Il fallait peut-être un autre fils d'Alger pour écrire ce livre. Comme Camus, Alain Vircondelet est né à Alger, a vécu dans un quartier populaire, fréquenté les mêmes écoles, les mêmes plages, les mêmes lieux. Grâce à son ample connaissance de l'oeuvre, à des documents rarement utilisés, notamment les nombreuses correspondances de Camus, Alain Vircondelet, par ailleurs déjà auteur d'un Albert Camus, vérité et legendes (Chêne, 1998) révèle ici la part algérienne de l'écrivain, sa douleur de l'exil et sa nostalgie d'un pays devenu lieu mythique de refuge et de consolation.

  • beckett n'est pas l'écrivain du désespoir, de l'absurde, de l'angoisse, comme une lecture convenue et trop inspirée par les thématiques existentialistes des années 1950 l'a accrédité.
    il n'est pas non plus farce, dérision, baroque moderne. dans ce bref essai, alain badiou présente un autre beckett, dont le langage cherche à dire la densité et les failles de l'être humain. en quelques pages, il nous brosse un beckett tendre et rugueux, soucieux de la beauté des mots, des impasses de la communication, et du surgissement de l'événement.
    une brève anthologie complète cet essai.

  • On les nommait courtisanes, filles de joie, de nuit, d'allégresse, de beuglant, d'amour, filles en circulation, filles à parties, à barrière, pierreuses, soupeuses, marcheuses, cocottes, hétaïres, horizontales, trotteuses, visiteuses d'artistes, lorettes, frisettes, biches, pieuvres, aquatiques, demi-castors, célibataires joyeuses, vénus crapuleuses...
    Même si elle est exemplaire d'une certaine réalité, la tragique histoire de Nana, d'Emile Zola ne résume pas la prostitution au xixe siècle. Dans ce livre, Laure Adler restitue au quotidien la vie des prostituées, avec toutes les différences qui séparent la mondaine entretenue de la prostituée de rue. Au-delà de l'histoire des moeurs, ce livre cherche à rendre aux prostituées leur dignité.

  • Voilà bientôt un siècle que la dispute autour du voile féminin déchire le monde musulman. aujourd'hui encore, plus que jamais, la querelle oppose l'élite moderniste au courant conservateur. la première considère, en effet, son abolition comme une condition sine qua non à la renaissance de l'oumma, la "nation" de mahomet. le second, en revanche, voit dans le maintien en honneur de son port, fût-ce par la contrainte, une question de survie ou de mort de l'islam. sans jargon savant ni esprit pamphlétaire, mais non sans érudition ni humour, cet essai ouvre le dossier du statut de la femme en islam. l'importance de l'érotisme dans la doctrine, l'intérêt tatillon du droit religieux pour la sexualité, l'attention exigeante portée au costume du croyant comme de la croyante, le souci lancinant de séparer l'homme de la femme, partout, sauf sous le toit familial ou conjugal, tout cela est ici décortiqué avec un regard familier où la rigueur le dispute à la truculence.

  • Pourquoi l'Antarctique, vide, froid, hors de proportion, fascine-t-il tant ? Peut-être parce qu'aucun des explorateurs partis à l'assaut de cette terre n'est venu à bout de son infinité, de sa beauté, de son mystère. Tardivement exploré, très tôt démilitarisé (1959) et protégé dès 1991, l'Antarctique, premier parc naturel mondial, est aujourd'hui dédié à la recherche scientifique. En matière de protection de l'environnement, il constitue un poste d'observation unique.
    Jean-Christophe Victor nous donne une version intégralement revue, mise à jour, de Planète Antarctique, livre écrit à quatre mains en 1992 et nous offre un portrait amoureux de l'Antarctique. Le regard de l'aventurier et du scientifique croise celui du géopolitologue. L'utopiste et le réaliste se trouvent réconciliés autour d'une même passion : celle de la découverte. Ce texte est enrichi du premier mini-atlas du continent austral jamais publié.

  • Ce livre expose les conclusions doeune longue enquête conduite par une équipe de sociologues dirigée par Michel Wieviorka dans plusieurs lieux (Roubaix, Sarcelles, Marseille, en Alsace, à loeUniversité et en prison) pour évaluer la réalité de loeantisémitisme dans la France contemporaine. Opposant aux assertions catastrophistes comme aux dénégations outragées la réalité des faits, ce livre noeévite aucune question gênante :
    Loeantisémitisme en France est-il lié à loeexistence doeune importante population musulmane comme loeassure une idée répandue ? Doit-il beaucoup à la rencontre de loeislamisme et doeune extrême-gauche résolument antisioniste ? Le phénomène est-il favorisé par la tendance au communautarisme des juifs de France ? Trouve-t-il un débouché dans une extrême-droite puissante comme semble en témoigner loeAlsace ? Rencontre-t-il dans loeinstitution scolaire un espace favorable susceptible de le rendre vivace ?
    Il fournit à ces questions des réponses nuancées et concrètes, loin de tout excès et de toute généralisation intempestive, qui font de ce livre un ouvrage rigoureux et objectif qui dépasse toute polémique.

  • Fiançailles, mariage, maternité : cette trilogie fixe la destinée de la femme, quand se stabilisent le couple et la famille bourgeoise. Mais derrière l'image du bonheur conjugal, les alcôves recèlent d'autres secrets. Que se passe-t-il dans le lit des époux ? La nuit de noces peut être une épreuve redoutable : « Ne commencez jamais votre mariage par un viol », disait Balzac en 1830. Soucieux des dégâts accomplis sur le corps de la femme, les médecins se penchent alors sur le couple et tentent d'instaurer un ordre moins brutal, en codifiant le coït matrimonial. Par ailleurs, l'adultère du mari fait l'objet d'une grande tolérance tandis que la femme qui le commet, elle, est une criminelle. Et le divorce, voté en 1792, supprimé en 1816, n'est rétabli qu'en 1884. Ce sont les femmes qui, par milliers, le demandent. Nourri de témoignages, de récits, de réflexions et propositions médicales ou juridiques, et surtout de la littérature romanesque ou théâtrale, ce livre retrace l'histoire de la conjugalité, de ses accomplissements et de ses échecs, quand celle-ci exigeait des rôles sociaux qui ne coïncidaient que rarement avec l'amour.

  • Alain Gresh retrace la longue histoire de l'affrontement israélo-palestinien : de la naissance du sionisme à la guerre de 1948 et à la création d'Israël, de la résistance des Palestiniens à leur transformation en réfugiés et à la création de l'OLP, de la guerre de 1967 à la paix d'Oslo, du déclenchement de la seconde Intifada à l'enlisement actuel des négociations. Mais Alain Gresh ne se contente pas de ces rappels et les replace dans un cadre d'analyse qui leur donne un sens par rapport aux grandes évolutions mondiales. Il souligne l'importance des espoirs de paix au Proche-Orient nés d'une poignée de main historique entre Yasser Arafat et Itzhak Rabin.
    Dans le contexte créé par le 11 septembre et le nouveau cours de la politique américaine, le déchaînement de la violence rend encore plus claires les conditions d'une paix durable : l'établissement de deux Etats aux frontières internationalement garanties.

  • La situation contemporaine de l'art semble signifier la fin de tout critère esthétique et l'ère du « n'importe quoi ». À rebours de ce constat désenchanté ou cynique, Yves Michaud revient sur la définition de critères esthétiques pour montrer qu'on peut penser leur diversité et leur pluralité sans tomber dans un pur relativisme. En effet, nous apprécions les oeuvres d'art en fonction de critères distincts, les uns techniques, les autres en rapport avec la thématique représentée, d'autres encore en fonction de références internes à l'histoire de l'art. Mais cette variété peut être explicitée et discutée.
    Nourrissant sa réflexion d'une fréquentation assidue du scepticisme de Hume, l'auteur retrouve l'esthétique du XVIIIe siècle pour donner un sens nouveau à la question du goût.

    Un ouvrage concis qui propose, avec une clarté rare, des clés pour la compréhension de la modernité et de la postmodernité.

  • Livres et bébés ne feraient pas bon ménage !
    « Ils sont trop petits, ils ne comprennent rien », entend-on souvent. Pourtant, les bébés, avant même de savoir parler, sont friands d'albums illustrés. Regardez-les : ils les feuillettent, les explorent en tous sens et écoutent avec passion leurs premiers récits.
    En plus de soins maternels, le bébé a besoin de jeux avec l'imaginaire, sans quoi il ne saurait accéder au langage ni à la vie de l'esprit.
    A contre-courant de l'apprentissage précoce, forcé, Marie Bonnafé, psychiatre et psychanalyste, fait l'éloge de la « lecture pour rien », de la gratuité, du plaisir qui sont les meilleures conditions pour accéder à la langue écrite. Lire des histoires aux tout-petits est ainsi un enjeu culturel et social parmi les plus importants de notre civilisation.

  • Le parasite

    Michel Serres

    Qui mange à table d'hôte, invité gourmand, parfois beau causeur est dit parasite.
    La bête petite qui vit de son hôte, qui change son état courant et le met en risque de mort, est dite, encore parasite. le bruit qui interrompt sans cesse nos dialogues ou intercepte nos messages, voici toujours le parasite. pourquoi nomme d'un même mot un homme, une bête et une onde ?
    Voici un livre d'images d'abord comme réponse à la question, une galerie de portraits. il faudra un peu deviner qui se dissimule sous les plumes et sous les poils, et sous l'accoutrement du fabuleux.
    Des animaux, grands et petits, mangent ensemble, leur festin est interrompu. comment ? par qui ? pourquoi ?
    Sortent les animaux, les repas continuent. nous mangerons avec jean-jacques, avec tartuffe, avec socrate, avec les frères de joseph.
    Le parasite prend et ne donne rien : des mots, des bruits, du vent. l'hôte donne et ne reçoit rien. voici la fléche simple, irréversible, sans retour, elle vole entre nous, c'est l'atome de la relation et c'est l'angle du changement.
    Abus avant l'usage et vol avant l'échange. on peut construire, à partir d'elle, ou repenser au moins, techniques et travaux, économie et société.

  • Rabelais

    Madeleine Lazard

    Ce livre est une synthèse des études rabelaisiennes majeures. Nourri autant des hypothèses interprétatives de Mikhaïl Bakhtine ou Lucien Febvre que des analyses stylistiques de Léo Spitzer ou Jean Paris, il nous permet de découvrir un Rabelais érudit, qui illustre à la perfection l'humanisme de la Renaissance. En effet, homme de culture, Rabelais est aussi homme de science, féru de diplomatie et de politique. L'auteur nous propose en outre une magnifique introduction à l'écriture de Rabelais, qui mêle érudition et fantaisie, humanisme militant et gauloiserie, réalisme truculent et invention verbale.

  • L'alimentation médiévale est un monde disparu de saveurs et d'odeurs. Pour le retrouver, l'auteur scrute les recettes laissées par les maîtres du roi qui nous dévoilent la richesse des ingrédients utilisés dans les cuisines royales : plats épicés et plats colorés dominent les tables et les repas. Il se réfère également aux fouilles archéologiques restituant la cuisine-salle à manger des paysans. Et reconstitue ainsi pour nous l'imaginaire culinaire de nos ancêtres et les diverses pratiques liées à la préparation des repas. Bruno Laurioux goûte les charmes de l'alimentation et nous entraîne dans une découverte du monde médiéval : la cuisine est tributaire des contraintes naturelles et économiques aussi bien que religieuses et culturelles. En la matière, le Moyen Âge est synonyme de diversité : par la quantité et la qualité de ce qu'il mange, et par la manière dont il le mange, le noble se distingue du pauvre, le clerc du laïc, l'Anglais du Français et le Gascon du Flamand. Aux XIVe et XVe siècles, manger n'est pas seulement une nécessité : c'est aussi, déjà, un plaisir.

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