Institut National D'histoire De L'art

  • On connaît l'histoire tragique de Lucrèce, mais de son portrait, peint en 1666 par Rembrandt, on ne savait presque rien jusqu'au jour où un restaurateur découvre sur la toile une trace qui avait jusque-là été masquée. C'est à partir de cet indice que l'auteur nous conduit vers une quête de sens donnant au tableau toute sa profondeur et sa sincérité.

  • La fable de La Fontaine, « Le Loup et le Renard », met en oeuvre une approche anthropologique de l'image mangée. À partir de l'analyse de ce récit, envisagée sur l'angle d'une fiction théorique d'origine, sont mises en écho plusieurs oeuvres permettant de décliner les principaux enjeux des pratiques iconophagiques. Plus spécifiquement encore, l'étude s'appuie sur les figurations d'un aliment, le lait, dont il est fait l'hypothèse qu'il constitue l'une des substances élémentaires de l'iconophagie en art.

  • L'auteur de ces pages découvre dans le coin droit du col du joueur au centre des Tricheurs du Caravage un détail que l'on ne voit que si on se rapproche très près du tableau. Cependant, une fois ce détail aperçu, non seulement il fait intégralement et irrémédiablement basculer le centre de gravité, l'équilibre du tableau et en change le sens, mais, de surcroît, on ne voit plus que lui. Ce détail, fut-il voulu par l'artiste ou fut-il un fait du hasard? Historien et théoricien de l'art, spécialiste de la Renaissance, Jérémie Koering interroge les traditions poétiques et picturales de l'Italie du XVIe siècle pour vérifier si, à tout le moins, l'existence de ce détail peut être plausible historiquement, ou s'il faut la mettre sur le compte d'un acte manqué ou d'un glissement involontaire du pinceau du peintre ou encore d'une aberration... Dans cette enquête, Jérémie Koering entraîne le spectateur dans un questionnement vertigineux, non sur le vrai et le faux, mais sur le visible et l'invisible ou plus exactement sur les effets de l'invisible sur le visible, autrement dit sur le regard et la vision.

  • L'ouvrage est une étude du Rêve, pris comme support d'une réflexion plus générale sur le statut de l'invention en art, n'est pas tant une représentation de l'état de rêve, perpétuant la tradition romantique de « l'imagination créatrice », qu'une anticipation onirique de l'abstraction, telle que peut l'entendre, au passage du siècle, un artiste baigné de spéculations anarcho-théosophiques.Le tableau anticipe ainsi une double transformation mise en mouvement autour d'un subtil jeu de (dé)matérialisation: l'évolution de l'espèce accompagne celle de la peinture ou, plus encore, la nouvelle peinture, dégagée du plan matériel de l'objet, prépare l'évolution spirituelle de l'espèce. L'espèce humaine sera bientôt faite de créatures éthérées jouissant intégralement de l'ivresse cognitive des vibrations chromo-lumineuses. C'est là un premier niveau d'interprétation « ésotérique» du Rêve où la puissance visionnaire de l'artiste propulse le corps physique du rêveur dans un devenir télépathique de l'espèce.

  • C'est un moment rare lorsque s'ouvre une nouvelle bibliothèque d'histoire de l'art. Elle nous offre un nouvel espace, plus: un nouvel outil. Un nouveau rapport au temps, au savoir, à la pensée. Fût-ce avec l'héritage combiné de fonds d'ouvrages déjà constitués avant et ailleurs, elle inaugure, par sa configuration inédite et son fonctionnement, de toutes nouvelles possibilités pour la recherche, pour la connaissance et la pensée sur les images, sur leur histoire. Une nouvelle bibliothèque d'histoire de l'art serait donc, à strictement parler, un ouvroir d'histoires de l'art potentielles (il faut évidemment écrire histoires de l'art au pluriel, puisque qui dit potentialité dit aussi multiplicité des possibles).Georges Didi-Huberman

  • Qui est cette femme représentée sur le fameux Portrait d'une femme noire réalisé en 1800 par Marie-Guilhemine Benoist (1768-1826)? Qui se cache derrière cette présence en gloire presque qui s'impose par sa beauté souveraine sur ce tableau pourtant réalisé par une peintre dont l'engagement politique en fait bien une partisane des royalistes esclavagistes plus que d'un Girodet républicain, son prédécesseur qui, avant elle, avait réalisé le portrait de Jean-Baptiste Belley, premier député noir de France? C'est en opérant un déplacement radical du point de vue et de la méthode qu'Anne Lafont, en historienne de l'art spécialisée dans la représentation des Noir.e.s,, propose une nouvelle « lecture » de ce tableau. Se détournant des intentions de son auteur, sondant à la fois la généalogie des portraits de personnes de couleurs et l'histoire des femmes noires affranchies, Anne Lafont fait l'hypothèse que l'histoire de cette femme pourrait s'apparenter à celles des signares et ou des Créoles placées, esclaves qui ont conquis leur affranchissement par des jeux d'alliance; elle imagine, par ailleurs, au-delà de toutes les influences de l'histoire de l'art, une influence exercée par la modèle elle-même sur sa portraitiste.

  • Le Bibliothécaire, peint par Giuseppe Arcimboldo probablement vers 1566, est un tableau maintes fois analysé et commenté. Lui-même bibliothécaire, Yann Sordet propose dans ce texte un nouveau regard sur l'oeuvre. Historien du livre et des bibliothèques, l'auteur se livre à une lecture archéologique, examinant et caractérisant les types de livres représentés. Qu'y voit-on vraiment?Une énigme se fait jour, intrigue du regard en même temps que mystère de l'image qui se délite, se décompose, se dérobe au regard, s'éloigne à mesure que l'on s'en rapproche, qu'on la détaille (au sens de découper). Dans un texte nerveux et tendu comme une enquête, policière ou « archéologique », Yann Sordet, mobilisant une extraordinaire érudition, fait émerger du tableau d'autres images, d'autres récits, d'autres histoires. Ici, une lecture se raconte où chaque élément, présent et même absent du tableau, infléchit le récit. Dans ce travail d'analyse et de déconstruction, qui rappelle tous les enjeux de la lecture d'un tableau, que reste-t-il du bibliothécaire? Et si le bibliothécaire n'était pas un bibliothécaire? En plus d'une passionnante étude sur le Bibliothécaire d'Arcimboldo, Yann Sordet signe ici un véritable petit traité de la méthode. Dans cet instable échafaudage, l'image du bibliothécaire surgit puis se dissout. Par cette apparition-disparition, c'est la place et le rôle du bibliothécaire, au XVIe siècle comme de nos jours, que l'auteur interroge. Ce texte est issu d'une conférence prononcée à l'occasion des Sixièmes Rencontres de la galerie Colbert.

  • Les gravures de Piranèse agrandissent ou réduisent à plaisir les monuments, elles jouent de l'infiniment grand et de l'infiniment petit, elles tordent les perspectives et modulent les premiers plans comme si le graveur, conscient de ses effets, ployait les monuments à son propre plaisir pour les faire parler à sa place.

  • Les oeuvres du Land art se déploient dans le silence des déserts, nues, massives, monumentales et cependant d'une fragilité extrême. Pures présences, elles sont toujours sur le point de devenir invisibles, toujours au bord de la disparition. Penser leur restauration excède largement le domaine de spécialisation dans lequel on a souvent tendance à enfermer l'acte même de restaurer.

  • Tout se passe durant la longue construction du palais Farnèse de Caprarola (1559-1630) et la réalisation de son programme décoratif. Entre un dessin préparatoire de Taddeo Zuccaro représentant la Maison du Sommeil (1562) et la peinture à fresque du médaillon qui en découle dans la chambre d'été du cardinal Alexandre Farnèse, quelque chose a disparu... S'est perdu? C'est sur les traces de cet évanouissement que s'engage ici Jean-Claude Lebensztejn, historien de l'art dont l'oeuvre se définit plus par une méthode que par une période ou un type d'objets spécifiques. Ce qu'on peut souhaiter à l'histoire de l'art, disait-il, « ce n'est pas seulement qu'elle tienne compte de tous les paramètres de la recherche, documentaire, formel, théorique, fantasmatique, mais qu'elle les intègre davantage; que la production qui se constitue là soit un va-et-vient organique, innervant de part en part le matériau d'étude ».Ce qui se rejoue ici entre un dessin préparatoire, la peinture à fresque d'une chambre d'hiver puis d'une chambre d'été et enfin d'une chapelle d'un même palais, c'est un drame qui affecte le statut des rêves ou des songes ainsi que l'histoire de leur représentation et de leur interprétation. Drame épistémologique qui, du point de vue thématique, met en jeu le passage de motifs mythologiques à d'autres bibliques. Drame moral aussi, parce que dans ce passage le sommeil a pu aussi devenir coupable. Cette collusion des langages et des époques nous fait effectivement transiter de la maison du Sommeil au rêve proprement dit, qui n'est sans doute pas encore le rêve tel que nous le connaissons et l'interprétons aujourd'hui, mais qui n'en est pas moins déjà rêve. En un court précipité, Jean-Claude Lebensztejn convoque, dans ce cheminement sinueux entre les différents espaces du palais Farnèse de Caprarola, des siècles de spéculation sur les rêves.

  • Gertrud Bing collabore à partir de 1921-1922 avec Aby Warburg à Hambourg. En 1933, elle organise le déménagement de l'Institut Warburg à Londres. En 1955, elle prend la direction du Warburg Institute. Lorsqu'en 1958, elle décide de réaliser une biographie d'Aby Warburg. L'ouvrage présente toutes les archives inédites de ce projet de bio interrompu.

  • Au milieu du XXe siècle, Robert Klein s'est attelé à une tâche immense: repenser l'art et son histoire à partir de la notion aristotélicienne de technè. Loin d'être réductible à la représentation ou à la production du beau idéal, l'art est manière de faire, habitus ou disposition à produire selon une « droite raison » (recta ratio). Dans L'Esthétique de la technè, cette thèse placée sous la direction d'André Chastel et restée jusqu'à ce jour inédite, Klein montre de quelle façon cette conception artificialiste de l'art irrigue l'essentiel de la pensée et de la production artistique du XVIe siècle. L'oeuvre maniériste, qu'il s'agisse d'une sculpture « terrible » de Michel-Ange, d'un tableau « capricieux » d'Arcimboldo ou d'un bronze « virtuose » de Cellini, a pour finalité de susciter la stupeur et l'émerveillement, conduisant le spectateur à s'interroger sur les procès techniques (alliance d'intelligence et d'habilité manuelle) qui l'ont fait advenir sous cette forme. En mettant ainsi l'accent sur le comment, Klein conteste le privilège de l'idée sur les moyens et offre une vision « aristotélicienne » de la Renaissance bien différente de celle, essentiellement néoplatonicienne et idéaliste, à laquelle on la réduit encore trop souvent.

  • Appréhender les arts visuels comme un certain rapport à la danse et, réciproquement, la performance dansée en tant qu'image en mouvement, tel est l'objet de ce numéro. De l'Antiquité à nos jours, le sommaire décline une diversité de thèmes et d'approches méthodologiques, incluant des études traitant des danses comme autant de pratiques sociales genrées, situées au confluent de l'artistique, du politique et du transcendant. La question de la médiation de la danse, qu'elle relève de la représentation graphique - incluant les différents systèmes de notation chorégraphique - ou de l'image (fixe ou mobile), y tient une place significative, puisqu'elle modèle non seulement notre manière de l'imaginer et de la décrire, mais également notre façon d'en faire l'expérience. Thématique privilégiée pour penser la porosité disciplinaire de laquelle procède l'histoire de l'art, la danse, à travers les notions d'empathie, de kinesthésie, comme de vie des images, vient déstabiliser notre rapport au temps et à l'espace, créant une continuité entre des réalités hétérogènes. À travers son prisme, sont notamment repensées les questions afférentes à l'espace muséal et à ses collections, aux catégories artistiques de la performance ou de la théâtralité, ainsi qu'à certaines notions anthropologiques, tels le rituel, le divertissement, ou celle, plus générique, de geste.

  • En livrant des échos des dialogues, échanges, disputes savantes entre Louis Grodecki et ses correspondants, le millier de lettres colligées dans ce recueil - et ce n'est qu'une petite part d'un ensemble monumental - ouvre de plain-pied sur la fabrique de l'histoire de l'art médiéval et les débats qui l'animent en Europe et en Amérique, entre 1933 et 1980.Les lettres rassemblées ici viennent de ou sont adressées à Henri Focillon, André Chastel, Hélène ou Jurgis Baltrusaitis, Erwin Panofsky, Willibald Sauerländer, Louis Massignon jusqu'à Roland Recht ou Xavier Baral y Altet. Elles donnent à lire les discussions qui se sont tramées entre plusieurs générations de chercheurs en quête de vérités et de méthodes. Toujours denses, rigoureusement structurées, elles sont une part majeure de la production littéraire de Louis Grodecki et livrent un aperçu du temps et du sérieux mis dans cet exercice par les derniers épistoliers du xxe siècle.

  • Consacré au Japon, ce numéro de Perspective entend rendre compte de la richesse des études et des travaux que suscitent son patrimoine et sa création artistique. Loin de toute approche endogène ou essentialiste, il s'agira de considérer la thématique au-delà des frontières géographiques de l'archipel et de l'envisager à l'aune des dynamiques d'interactions économiques, culturelles et artistiques entretenues avec le reste du monde, les récits et les imaginaires qu'elle a nourris.
    La revue fera ainsi état de l'actualité de la discipline de l'histoire de l'art au Japon en proposant des grands débats portant sur les Jomons, la question de la restauration des monuments historiques, ou encore sur les îles musées et les triennales d'art contemporain. Fidèle à sa ligne éditoriale, la revue ouvrira ses pages à des contributions couvrant l'ensemble du spectre chronologique, traitant tant des cosmologies et de la représentation des genres à la période médiévale, que de la construction de l'historiographie des avant-gardes, en passant par la peinture populaire, le marché de l'art ou encore le jardin comme objet de déconstruction des stéréotypes de la culture japonaise.

  • Ce numéro de Perspective est consacré à la discipline aux États-Unis, avec un ancrage majeurdans les études sur l'art américain sous ses différentes facettes (photographies urbaines,quilts, performances, objets décoratifs...). Les auteurs interrogent aussi la question dutournant mondial de l'histoire de l'art tel qu'il est envisagé depuis le territoire de la linguafranca; ils livrent des études fondamentales sur les enjeux de la recherche pour ce quia trait à l'art afro-américain, sur les formes les plus innovantes de la digital art history etsur les différents contextes d'exposition de l'oeuvre des Amérindiens au XXe siècle. Surle plan géographique, l'expérience de la côte pacifique est investie du point de vue dela production de l'art et de l'histoire de l'art tandis que la dimension institutionnelle,économique et politique du financement de la recherche, tant privé que public, fait l'objetd'articles majeurs.

  • Ce numéro de Perspective, conçu en partenariat avec le Mobilier national et les Manufactures des Gobelins, de Beauvais et de la Savonnerie, est consacré aux textiles à différentes époques et en différents lieux de production et d'usage, comme à la notion de textilité: les avatars conceptuels, métaphoriques et matériels de l'ornement, du tissage ou encore de l'étoffe.Les articles offrent un éclairage sur les recherches récentes en archéologie, sur les textiles islamiques médiévaux, et en ce qui concerne l'architecture des XIXe et XXe siècles et le renouveau de la tapisserie à la même époque. Une Tribune, un Entretien et des Débats sur la place du musée dans l'histoire du textile, la circulation des motifs et des savoir-faire à l'époque moderne ou encore la dimension textile de l'art conceptuel dans les années 1970, complètent ce numéro en phase avec le dynamisme et l'éclectisme de la recherche dans ce domaine si stimulant. Des notes plus brèves font état de recherches singulières sur les voiles ou les drapés... et, plus généralement, sur les textiles du Moyen Âge, les vêtements en Chine et au Pérou, ou encore les estampes habillées des XVIIe et XVIIIe siècles européens.

  • Ce numéro de Perspective est consacré à l'art et aux bibliothèques: il a été conçu en écho à laréouverture de la bibliothèque de l'Institut national d'histoire de l'art et comporte un ensembled'articles qui traitent de sujets aussi variés que la bibliothèque et l'art contemporain, lesbibliothèques d'artistes, les modes de classification des livres d'art depuis la période moderneou encore l'architecture des bibliothèques à l'ère numérique. Jean-Christophe Bailly ouvre le numéro avec Envoi (ricochets). Le bibliothécaire et historien de l'art Michel Melot nous accorde un grand entretien tandis que l'historien de l'architecture et bibliophile Werner Oechslin nous offre une contribution théorique remarquable sur la mobilité du savoir.Des articles plus brefs et fort originaux sur des collections documentaires consacrées à l'art urbain ou au cinéma, ou encore composées d'ephemera, complètent ce numéro, qui se révèle une extrapolation stimulante de cet événement institutionnel qui voit, à la fois, l'inauguration de la salle Labrouste rénovée et l'accès démultiplié aux collections documentaires et artistiques de l'INHA.

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