Actes Sud

  • Le plus grand de nos romanciers fut aussi dramaturge. Et, dans ce domaine, Le Faiseur est à coup sûr sa meilleure réussite. Cette comédie de moeurs, datée de la fin de sa carrière, met en scène un spéculateur génial qui, plumant les gogos sous prétexte de les enrichir, fait preuve d'une créativité intarissable dans les combinaisons financières les plus douteuses. « Saltimbanque de la Bourse », Mercadet pratique avant l'heure et avec un art consommé ce que Wall Street nomme aujourd'hui les junk bonds, ou « emprunts pourris »... Analyse au vitriol des dérives entraînées par le régime affairiste de la monarchie de Juillet, Le Faiseur est surtout le portrait d'un filou à l'énergie fabulatrice sans limites. À travers l'histoire de ce grand constructeur de châteaux en Espagne, Balzac, luimême « faiseur » en son genre, nous rappelle une vérité essentielle : l'homme ne vit pas seulement de pain, mais aussi de mots et de vent.
    Toute ressemblance avec des personnes ou des événements ayant récemment défrayé la chronique serait le contraire d'une coïncidence.

    Illustration : Virginie Berthemet © Flammarion

  • Balzac n'est allé ni à Java, ni en Chine, mais ce vrai récit d'un faux voyage tient une place importante dans l'histoire des représentations de l'Asie-Orient, car il manipule avec talent des lieux communs tout en les tempérant par l'humour et la distance.
    A la fin de l'année 1831, lors d'un séjour chez de amis, Balzac rencontre un nommé Grand-Besançon, commissaire aux poudres, qui lui raconte son séjour en Asie. Ils se revoient à Paris durant l'année 1832 et, en novembre 1832, Balzac fait paraître son Voyage de Paris à Java en racontant à la première personne un récit de seconde main.
    S'il est peut-être légitime de débattre de l'importance éventuelle de ce texte dans l'oeuvre de Balzac, sa place dans l'histoire des représentations de l'Asie-Orient ne saurait être niée : en pleine période orientaliste, ce vaste espace géographique apparaît aux Européens comme un tout uniforme aux caractéristiques générales identiques, et aucun voyageur - réel ou imaginaire - ne se risque à reconnaître de spécificité particulière à Java ou Canton.
    De fait, Balzac manipule avec talent les lieux communs du récit de voyage en Asie-Orient, respecte sans faute les règles du genre, mais s'autorise - à l'attention des lecteurs avertis qui auront reconnu là un faux voyage, un voyage littéraire - une connivence par l'humour et la distance, un second degré. Le Voyage de Paris à Java clôt ainsi symboliquement l'ère du voyage précolonial, du récit qui se donne comme exploration du monde, quelle qu'en soit la dimension commerciale. L'Orient, semble nous dire Balzac dans son texte apocryphe, c'est d'abord ce qu'en savent ceux qui ne le connaissent pas, mais se le représentent quand même.
    En 1842, Balzac récidive avec La Chine et les Chinois, paru en quatre articles dans le quotidien La Législature comme une sorte de commentaire au volume La Chine et les Chinois, dessins exécutés d'après nature par Auguste Borget et lithographies à deux teintes par Eugène Ciceri (le peintre Auguste Borget, qui avait fait un long périple en Orient de 1836 à 1840, était un ami proche de Balzac).
    Il nous a semblé que la similitude d'utilisation des représentations de "l'Asie-Orient" justifiait une édition réunissant pour la première fois ces deux textes méconnus. Maître de conférences, historien de la littérature, traducteur et directeur de la collection "Lettres coréennes" chez Actes Sud, Patrick Maurus signe l'appareil critique de l'ouvrage.

  • Les effets, souvent curieux, des abus d'excitants. Cet étonnant texte de Balzac illustré de reproductions d'eaux-fortes et de linogravures de Pierre Alechinsky est réédité à l'occasion de l'exposition "Balzac-Alechinsky, Le traité des excitants modernes" présentée au musée Balzac de Saché (Indre-et-Loire) du 1er juin au 30 septembre 2013.

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