Santiago Amigorena

  • Le ghetto intérieur Nouv.

    « Vicente n'avait pas voulu savoir. Il n'avait pas voulu imaginer. Mais, en 1945, peu à peu, malgré lui, comme tout le monde, il a commencé à savoir - et il n'a pas pu s'empêcher d'imaginer. » Vicente Rosenberg est arrivé en Argentine en 1928. Il a rencontré Rosita, ils se sont aimés et ont eu trois enfants. Mais depuis quelque temps, les nouvelles d'Europe s'assombrissent. À mesure que lui parviennent les lettres de sa mère, restée à Varsovie, Vicente comprend qu'elle va mourir. De honte et de culpabilité, il se mure alors dans le silence.
    Ce roman raconte l'histoire de ce silence - qui est devenu celui de son petit-fils, Santiago H. Amigorena.

    1 autre édition :

  • Le premier amour

    Santiago Amigorena

    J'avais dix-huit ans et j'étais amoureux, Ma vie n'avait qu'un seul but : la traduire. Mais comment trouver les mots justes pour la forme de la forme de ses seins ? pour le secret du secret de son sourire ? pour la profondeur ineffable de son regard sombre ? Je voulais la traduire comme on traduirait un poème d'une langue qu'on aime - mais qu'on ne comprend pas. Je voulais écrire sur elle - et sur elle. Je voulais décrire ses lèvres - et ses lèvres. Je voulais, pour toujours, la tenir tout entière sur le bout de ma langue. Malheureusement, les premiers amours, aussi éloquents soient-ils, ne sont jamais que les préludes des premières défaites.

  • Soyez rassurés. De lui, vous saurez presque tout. Il avouera noir sur blanc de quelle étrange manière le têtard taciturne qu'il fut, ce têtard éternellement habité par le désir de devenir bavard comme une grenouille un jour de pluie, se transforma en un gros crapaud graphomane.
    Soyez rassurés. En attendant le premier exil, vous pourrez goûter l'amer délice de la première lettre, l'onctueux oubli du premier cauchemar.
    Soyez rassurés. Comme promis, il ne dissimulera pas le moindre doute, la plus infime maladresse, la plus grossière erreur.
    Voici enfin, pour en finir avec les autobiographies, de la première à la dernière syllabe, la vie intégrale du seul écrivain qui ne voulut jamais écrire.

  • Les Premières fois, donc. Elles se déroulent à Paris, en Italie, en Grèce, en Hollande, en Tchécoslovaquie, en Autriche, mais principalement à Paris, alors que le narrateur connaît toutes ces premières fois, amoureuses, de degré en degré, qui signent la fin de l'adolescence. C'est aussi le moment où l'exaltation littéraire commence à prendre une tournure très concrète, où les pages s'accumulent, désordonnées encore, certes, mais l'idée d'écrire et l'écriture deviennent l'autre centre de la vie, aux côtés de l'amour.
    C'est le passage, la mue du têtard graphophile en auguste crapaud graphomane comme aime à se définir Santiago H. Amigorena.
    C'est aussi tout au long de ces pages une écriture bouillonnante, effervescente, efflorescente, profuse, qui accompagne décrit et sublime les émois proliférants du narrateur, cet amour de la littérature qui s'étend, s'envole, gouverne la vie et lui donne son sens.
    Si rien ici ne peut être écrit qui n'ait été vécu ou doit être prêt à l'être, tout semble n'être vécu que pour être écrit.

    Les Premières fois est le second chapitre de la troisième partie d'un projet littéraire commencé il y a vingt-cinq ans. Ce projet, l'auteur l'appelle Le Dernier Livre. Il comporte six parties qui couvrent chacune six années de la vie du narrateur, l'auguste crapaud graphomane Santiago H. Amigorena tel qu'il aime à se nommer. La première partie, parue en 1998, s'intitule Une enfance laconique et se compose de deux chapitres : Le Premier Cauchemar, qui raconte ce que fut la vie du narrateur jusqu'à ce que l'obscurité commence de l'effrayer, et La Première Lettre, qui s'achève lorsque le narrateur apprend enfin à écrire. De la deuxième partie, Une jeunesse aphone, n'a été publié, pour l'instant, que le second chapitre, intitulé Les Premiers Arrangements. Il révèle la manière dont le narrateur découvre la politique et l'amitié. L'écriture du premier chapitre de cette deuxième partie, Le Premier Exil, n'est pas encore achevée. Une adolescence taciturne, troisième partie du projet, comporte également deux chapitres : Le Second Exil, paru en 2002, où le narrateur endure l'une des douleurs aiguës autres que dentaires les plus déchirantes de sa vie, et celui qui nous occupe à présent, Les Premières fois. La quatrième partie, une maturité coite, couvre les six années suivantes et se compose aussi de deux chapitres : Le Premier Amour et La Première Défaite, publiés, à huit années d'écart, en deux volumes distincts. Le Premier Silence et L'Autre Silence seront respectivement le premier et le second chapitre d'Une vieillesse discrète, cinquième partie du projet. Enfin, la sixième partie, pour des raisons qu'il me semble prématuré d'expliquer ici, aura pour titre La Septième Partie. Un certain nombre d'annexes, qui abordent d'autres aspects de la vie du narrateur, ont déjà été publiées (1978, 2003 parue sous le titre Des jours que je n'ai pas oubliés, 2086 parue sous le titre Mes derniers mots), d'autres (1983, 2008, 1780, 2005, 2011, 2013) ne sauraient tarder.

  • « L'humanité a vécu. Et puisque moi qui suis le dernier je ne le peux, personne ne pourra jamais affirmer avec certitude si sa fin fut le fait du Grand Tremblement, de la seconde Crise Alimentaire, de la Fonte des Glaces, des Grandes Inondations qui les ont suivies, de la Crise Ontologique des années cinquante, de l'Agression Médiatique qui l'avait précédée, de l'échec de la Pollinisation Universelle Obligatoire, de ces premières migrations de masse venues d'Asie qui ont eu lieu bien avant, de la délétion de la spermatogenèse, du Virus qui s'est propagé après (ou peut-être pendant) cette guerre déclenchée à la suite de cet attentat ou de ces attentats qui ont suivi cette autre guerre qui elle-même n'était que la suite des nombreuses guerres et des nombreux attentats qui, à partir d'un incertain moment de l'histoire de l'humanité, n'ont jamais précisément commencé, ne se sont jamais précisément arrêtés. » Curieux roman que cette histoire inventée par Santiago Amigorena : celle de la mort de l'humanité .. . Le narrateur est, le temps du livre, le dernier survivant d'une hécatombe dont les circonstances ne sont pas plus que UIII 1 1 9 782818 035665 2086 cela décrites ou commentées, en dehors du paragraphe cité plus haut et de quelques épisodes vite - et bien - décrits. Un autre personnage, baptisé affectueusement « William Shakespeare» et dont on devine qu'il est un double de l'auteur, sera l'avant-dernier homme à mourir non sans avoir délivré quelques sentences et propos sages et poétiquement philosophiques, non dénués d'humour non plus. En fait, tout ce bref livre est comme un renoncement calme et posé à la vie, un chant quelque peu mélancolique mais apaisé. Cela fut, cela n'est plus ...

  • 2086. Les derniers êtres humains contemplent les ruines de l'humanité. Les guerres ont cessé. La soif et la faim ont disparu. Les monstres que l'homme avait créés ont peu à peu déserté la surface du globe.
    Fallait-il une si grande destruction pour que l'on puisse de nouveau s'émouvoir devant la simple beauté d'une rose?
    Faudra-t-il que l'homme meure pour qu'il mesure la grandeur de ce qu'il a été?

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  • Il y a un seul amour.

    Ou plutôt, n'y a-t-il qu'un seul amour ? Parle-t-on du même amour pour une oeuvre ou pour l'être aimé ? Qu'en est-il de notre amour ? semble adresser Amigorena à celle qu'il aime et qui ne sera pas auprès de lui cette nuit. N'a-t-il pas déjà écrit tout au long de sa vie sur des musées, des expositions, des peintures ? Oui, cette promenade nocturne au musée Picasso sera donc une tentative de s'extraire de l'amour, de prendre la distance nécessaire pour tenter d'y mettre des mots.

    Justement les mots, il les dépose, les juxtapose et joue avec. Au coeur du musée endormi, les interrogations deviennent des affirmations, les affirmations des interrogations. Tenant résolument le fil de l'amour, Amigorena attend, dans le sommeil et les rêves, que les oeuvres le guident et lui apportent quelques réponses. Dans cette nuit de solitude forcée, où s'invitent Picasso, Giacometti ou encore Vermeer et Bataille, il explore avec pudeur et profondeur le sentiment amoureux, l'écriture, les oeuvres, et ce qui inextricablement les lie.

  • Buenos-Aires, 1940. Des amis juifs, exilés, se retrouvent au café. Une question : que se passe-t-il dans cette Europe qu'ils ont fuie quelques années plus tôt en bateau ? Difficile d'interpréter les rares nouvelles. Vicente Rosenberg est l'un d'entre eux, il a épousé Rosita en Argentine. Ils auront deux enfants. Mais Vicente pense surtout à sa mère qui est restée en Pologne, à Varsovie. Que devient- elle ? Elle lui écrit une petite dizaine de lettres auxquelles il ne répond pas toujours. Dans l'une d'elle, il peut lire : « Tu as peut-être entendu parler du grand mur que les Allemands ont construit.
    Heureusement la rue Sienna est restée à l'intérieur, ce qui est une chance, car sinon on aurait été obligés de déménager. » Ce sera le ghetto de Varsovie. Elle mourra déportée dans le camp de Tre- blinka II - « ce camp où en un an, les nazis avaient réussi à éliminer près d'un million de personnes. » C'était l'arrière-grand-mère de l'auteur.

    Santiago Amigorena écrit le roman du silence, celui de sa famille partie en Argentine pour fuir le nazisme. Il raconte surtout le « ghetto intérieur » de l'exil. La vie mélancolique d'un homme qui crée une famille, s'invente une vie à l'étranger, tout en devinant puis comprenant la destruction de sa famille en cours, et de millions de personnes. Vicente et Rosita étaient les grands-parents de l'auteur qui écrit aujourd'hui : « Il y a vingt-cinq ans, j'ai commencé un livre pour combattre le silence qui m'étouffe depuis que je suis né ». Ce roman est l'histoire de l'origine de ce silence.

  • Peut-on aimer deux personnes à la fois ? La question est si simple et la réponse inévitablement si compliquée. Surtout lorsqu'elle n'est pas formulée par celui qui a doublement aimé mais par l'un de ceux qui devaient se contenter de la moitié d'un amour. Les quelques jours de ce voyage en Italie racontent ce qu'a vécu un homme qui n'était plus aimé qu'à moitié.

  • Le premier amour, paraît-il, n'est jamais que le prélude de la première défaite. On aime, puis on souffre. On essaie de se souvenir pour ne pas vivre, puis on essaie d'oublier - pour ne pas mourir. Mais il n'y a rien de tel qu'essayer d'oublier pour se souvenir, et rien de mieux qu'essayer de se souvenir pour réellement oublier.
    Ces quelques pages racontent l'histoire d'un jeune homme qui comprend, lentement, qu'après avoir aimé une première fois, après avoir une première fois souffert de n'être plus aimé, pour être heureux, il doit réussir à savourer la douleur et le bonheur en même temps, à chaque pas.
    Son chemin est long, plein de détours. Comment en serait-il autrement ? si l'on sait de quoi les premiers amours sont le prélude, on ignore toujours de quoi les premières défaites, à leur tour, peuvent être le commencement.

  • Voici enfin éclaircies les obscures raisons pour lesquelles chacun d'entre nous naît à l'amour et à la politique en même temps.
    Voici enfin avoué comment, ravis et dégoûtés, nous avons tous accepté enfants que notre langue se mêlât à une autre. Voici enfin reconnue la part maudite qui dans les souvenirs épars trahit la contingence du passé.

  • Après le second exil, lorsque j'embrassais une fille, j'avais souvent l'impression que ma bouche abritait trois langues.
    Etait-ce seulement parce que, égaré dans ce pays inhospitalier dont les habitants partout dans le monde sont célèbres pour leur hippophagie et leur mauvaise odeur, le français était pour moi un nouveau langage ? Abasourdi par mille et un changements, je ne savais que faire de cet excès de paroles possibles qui ne franchissaient jamais l'enclos de mes dents. J'allais donc ainsi, enlaçant les mots, rendant purs les sons, et propageant mon silence.
    Car l'exil a ceci de remarquable qu'en nous rendant bilingues, il crée la possibilité de se taire dans une nouvelle langue.

  • 1978

    Santiago H. Amigorena


    comme il n'y avait pas beaucoup d'étrangers, c'était sans doute normal de le regarder comme un animal bizarre.
    en plus, de tous les étrangers du lycée, c'était lui qui affichait le plus son étrangeté. il mangeait des trucs bizarres, buvait des trucs bizarres, fumait des trucs bizarres. et pendant tout l'hiver, il est venu en cours couvert d'un poncho.

  • Peut-on aimer deux personnes à la fois ? La question est si simple et la réponse inévitablement si compliquée. Surtout lorsqu'elle n'est pas formulée par celui qui a doublement aimé mais par l'un de ceux qui devaient se contenter de la moitié d'un amour. Les quelques jours de ce voyage en Italie racontent ce qu'a vécu un homme qui n'était plus aimé qu'à moitié.

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