Philippe Le Guillou

  • C'est une vieille histoire, une fascination originelle, ancrée - indestructible.
    Philippe Le Guillou est encore enfant lorsqu'il découvre le célèbre portrait du cardinal de Richelieu peint par Philippe de Champaigne. C'est un éblouissement.Qui ne serait impressionné par ce prélat de campagne, évêque de Luçon devenu député aux États Généraux, cardinal au service de l'État, aumônier et surintendant de la maison de Marie de Médicis, principal ministre de Louis XIII pour qui il oeuvra aussi comme chef des opérations militaires ?D'un tableau à l'autre, de livres d'histoire en promenades en Touraine, l'auteur cerne cet homme intransigeant. D'une plume qui se fait pinceau, il rappelle son intelligence redoutable, son ambition insatiable, son obsession de l'unité de l'État. Un homme d'ombre et de lumière, de complots et de coups d'éclat, que son corps malade ne laissa jamais en paix.Irrésistiblement, une fascination nous gagne. La même que celle qui foudroya l'auteur enfant devant la cappa magna du tableau de Champaigne, la main décharnée, osseuse, et la barrette, rouge comme une fleur de sang.

  • « J'ai été baptisé dans ce qui reste avant tout pour
    moi une église des marées, une église soumise à la
    pression des vagues et aux rafales, à cette proximité
    d'un air corrosif et iodé. C'est là que je suis né à la foi
    et à l'espérance. C'est là que j'ai mesuré la nécessité
    d'une force qui me dépassait, inconnue, élémentaire,
    fondamentalement mystérieuse. C'est là que j'ai mis
    mes pas dans ceux de ces croyants qui m'y avaient
    précédé. C'est là que j'ai intuitivement perçu que le
    christianisme était avant tout affaire de tradition et d'histoire,
    de legs et de promesse, de redite et de transmission.
    Tout croyant, au début de son aventure spirituelle, garde
    sans doute la marque indélébile d'un paysage religieux
    qui l'a marqué. Ce peut-être un cloître, une abbatiale,
    une cathédrale. Pour moi, c'est cette église des marées,
    celle de mon village natal, celle dont la porte noire s'ouvrira
    sans doute un jour au passage de ma dépouille,
    tout près de la vasque encore marquée de polychromies,
    où tout a commencé. »

  • Le nom de Brocéliande brûle comme un aimant dans la nuit du songe. Il faut le laisser venir à soi, avec sa rumeur de futaies cisaillées de cavalcades, le feu d'orage de ses claires-voies, le feutre épais de ses mousses, de ses fougères tombées ; il faut le laisser hanter la rêverie, nom-palimpseste, dans lequel résonne le beau et vieux nom de Bréchéliant ; nom-cartographie aussi, qui dessine à lui seul un de ces royaumes aux lisières duquel on aborde toujours, dans un mélange de désir et de jubilation qui tient de l'effroi sacré.

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