Mercure De France

  • «Au bord de l'abîme, lestés des merveilles du passé, dans une continuité vivante qui unit Virgile et le romancier ou le poète encore inconnu qui s'apprête à passer le seuil de la NRF, nous restons ces sentinelles, ces passeurs résolus que rien jamais ne décourage.» Montherlant, Mohrt, Chaillou, Gracq, Déon, Flaubert, Tournier, de Gaulle, Malraux, Savitzkaya et bien d'autres : auteurs fétiches ou figures d'un Panthéon personnel auxquels Philippe Le Guillou consacre de véritables exercices d'admiration, ils sont tous là ceux qui l'ont nourri, accompagné, inspiré, et à qui il rend un hommage vibrant. Philippe Le Guillou insiste aussi sur la suprématie à accorder à la lecture vivante d'un texte. Et quand, au détour d'un chapitre, il évoque les attentats de Charlie Hebdo de janvier 2015, c'est pour nous rappeler ce que peut et doit la littérature face à la barbarie.

  • De 1992 à 2007, j'ai rendu régulièrement visite à julien gracq en anjou, à saint-florent-le-vieil, dans la maison des bords de loire où il s'était retiré.
    Toutes ces années, dans la quiétude de son ermitage, nous avons évoqué ses livres mais aussi les oeuvres de ceux qu'il admirait, ses fidélités et ses fascinations, les grandes rencontres et tout particulièrement celle de breton, le monde littéraire, les paysages de la france, l'histoire, au gré de conversations qui n'ont jamais été enregistrées et n'ont de trace que dans le souvenir. de ces échanges, j'ai tiré la matière d'un premier récit, le déjeuner des bords de loire, publié en 2002.
    C'est la même intention - et le même esprit - qui a présidé au rassemblement de ces textes racontant les dernières visites, dont l'ultime en octobre 2007, à un moment où l'horizon de la vie se rétrécit dans l'ermitage des bords de loire, mais où la curiosité et la vivacité intellectuelle sont restées intactes. le dernier veilleur de bretagne est comme la suite du déjeuner des bords de loire, un hommage respectueux et ardent à l'auteur de liberté grande et de carnets du grand chemin, une marque d'admiration et d'affection pour un homme que j'ai connu, dont j'ai goûté la réserve et l'intelligence, et qui demeure pour moi le dernier des très grands.

  • Il existe un moment dans la vie où tout vacille, où l'angoisse, comme une faute capitale, entache le destin de l'homme et le condamne à toujours douter de sa condition.
    Dans les onze récits que nous propose philippe le guillou, les protagonistes, pour beaucoup d'entre eux, peintres, écrivains, artistes ou chercheurs en littérature, sont désireux de découvrir une vérité à travers l'illusion et le mythe, de percer le mystère des origines - de découvrir la vérité de soi. mais la recherche ne se fait pas sans heurts, sans souffrances, sans obsessions. obsession, dans " les proximités éternelles ", de devenir l'autre, de fondre son regard dans celui du voyeur érotomane, de transformer sa passion des mots en frénésie d'images obscènes, à travers un écran de chairs vives et de corps abrupts.
    Obsession encore, dans " a la grâce des morts ", de la part de l'abbé qui s'efforce de raviver la foi chrétienne dans les âmes d'un petit village de bretagne, obnubilées par les - rites païens des légendes arthuriennes. obsession, encore, du poète en deuil, les yeux rivés vers l'azur, vers la clarté aveugle de la page blanche et l'ombre croissante du tombeau. a chacun de ces récits correspondent un lieu, une folie, absence dans tous les cas une quête effrénée -, et un personnage se débat contre ses propres démons.
    Chaque histoire est peuplée de légendes, au fond desquelles sont tapis les secrets des origines.

  • " julien gracq est sans conteste au nombre des écrivains que j'admire le plus.
    Je l'ai découvert au lycée en 1976. je l'ai lu ensuite et l'admiration s'est installée, inentamable. je lui ai écrit plus tard et j'ai écrit sur son travail. ma première visite à saint-florent-le-vieil, sur les bords de la loire, remonte à février 1992. d'autres l'ont suivie, régulières, ferventes. un jour - c'était en février 1998 - j'ai éprouvé le besoin de raconter le cours d'une de ces journées désamarrées du flux ordinaire des jours.
    Comme cela, sans désir d'effraction, loin du prosaïsme du reportage, simplement pour rendre témoignage. c'est le sens de ce récit qui narre quelques heures entre deux trains, au bord du fleuve, un jour d'hiver glacial et lumineux, en compagnie du dernier des très grands, quelques heures magnifiques et aimantées qui restent pour moi comme une leçon de littérature et de vie. " ph. l. g.

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