Editions Dialogues

  • « Je suis entré dans la Vallicella, l'église de saint Philippe à Rome, avec Jérôme Prigent - il s'apprêtait alors à devenir prêtre de l'Oratoire. Je revois les marbres, le luxe des blasons cardinalices incrustés dans les pavages, la petite chapelle de mon saint patron, son tombeau, la fi guration d'une extase au-dessus de l'autel qui renferme la sépulture. Je revois surtout le beau cloître dans lequel nous nous étions glissés, après que Jérôme eut osé pousser une porte que le public des visiteurs n'a pas, lui, le droit d'ouvrir. Je revois ce beau jardin planté de citronniers chargés de fruits, son opulence paradisiaque, jaune et verte, dans la poussière rouge des archives et des reliques romaines. Saint Philippe a vécu là, dans les galeries supérieures, au creux d'une cellule nue qui surplombe le petit paradis claustral. Qu elque chose de sa folie, de son extravagance, de sa liberté native continue à y vivre, parmi les frères oratoriens, auprès des marbres somptueux, des arbres aux fruits d'or et c'est à ce jardin proche du tombeau, à ces citrons superbes, à cett e enclave secrète de l'Urbs que je songe au moment de commencer ce livre - au seuil de cett e méditation philippine. »

  • À l'automne de 2009, j'ai entrepris d'écrire un ensemble de vies de saints. Je pensais alors qu'il constituerait le roman qui viendrait après Le bateau Brume. J'ai naturellement commencé par Guénolé.

    Je rêvais d'une Légende dorée moderne, naïve et enluminée, portée par les forces de la foi et du terroir. D'autres saints et saintes viendraient après, liées à mon histoire intime : Philippe Néri, Thérèse Martin, dite de Lisieux, Bernadette Soubirous, un anonyme de Port Royal. Quelques semaines plus tard, je trouvais chez un bouquiniste de Rennes un vieil exemplaire du Dieu noir et naissait aussitôt l'idée du Pont des anges. Je n'ai pas, pour autant, abandonné le projet des vies de saints. On va lire ici la première, liée à l'Aulne, à ce paysage essentiel pour moi. Saint Philippe Néri suivra. Ces saints ne seront pas rassemblés dans un même livre. On les verra jaillir dans les années qui viennent, de manière un peu capricieuse, entre mes romans, comme des jalons aimantés et mystiques.

  • "Deux po^les quasi magne´tiques condensent toute l'e´nergie de ce cadastre inte´rieur : Broce´liande et l'Arre´e, la fore^t aux assises de schiste rouge et les montagnes jaunies que prolongent d'infernales tourbie`res, le coeur intact de la vieille Armorique et ses terminaisons bru^le´es par l'haleine de l'oce´an, le foyer de la que^te et celui de l'errance."

  • Dans un récit en prose poétique associé à des peintures modernes et réalistes de Philippe Kerarvran, Philippe Le Guillou raconte des événements de sa vie mêlés à des lieux de la ville de Brest.
    Il raconte ses souvenirs : son enfance au Faou, ses débuts au lycée de Kerichen en tant qu'enseignant, ses émois, ses inspirations littéraires (Julien Gracq, Robbe-Grillet, etc.), la rencontre de ses parents... Tous ces évènements sont liés à des lieux emblématiques de la ville de Brest : l'Abri Sadi Carnot, le restaurant Le Crabe-Marteau ou bien la librairie dialogues.

  • «? Il suffit de passer le pont, chantait Brassens à la suite de Paul Fort. L'attaque de cette chanson a enchanté ma jeunesse. Oui, il suffit de passer le pont et la traversée de l'Aulne, sur le magnifique pont curviligne et aérien qui a remplacé l'antique monument au béton malade, enchante mon âge mûr comme il électrisait les après-midi d'été, dans l'enfance, quand il venait à mon père l'envie de prendre depuis Le Faou où nous résidions chez les grands-parents la route de la mer, en l'espèce celle qui, longeant la rivière du Faou, permettait d'apercevoir la masse ocre et intimidante de l'abbaye de Landévennec avant d'enjamber l'Aulne si semblable à un lough irlandais ou à un fjord du Grand Nord et d'aborder à l'autre côté, dans un territoire différent, presque un autre monde, celui de la presqu'île de Crozon, de la vaste et belle plage de Telgruc que nous adorions, la plage vierge, ouverte, livrée aux vagues vertes et claires qui, dans mon imagination déjà exaltée, ne pouvaient surgir que des ruines englouties de la ville d'Ys.? »

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