Philippe Le Guillou

  • Philippe Le Guillou est encore enfant lorsqu'il découvre le célèbre portrait du cardinal de Richelieu peint par Philippe de Champaigne. C'est un éblouissement.
    Qui ne serait impressionné par ce prélat de campagne, évêque de Luçon devenu député aux États Généraux, cardinal au service de l'État, aumônier et surintendant de la maison de Marie de Médicis, principal ministre de Louis XIII pour qui il oeuvra aussi comme chef des opérations militaires ?
    D'un tableau à l'autre, de livres d'histoire en promenades en Touraine, l'auteur cerne cet homme intransigeant. D'une plume qui se fait pinceau, il rappelle son intelligence redoutable, son ambition insatiable, son obsession de l'unité de l'État. Un homme d'ombre et de lumière, de complots et de coups d'éclat, que son corps malade ne laissa jamais en paix.
    Irrésistiblement, une fascination nous gagne. La même que celle qui foudroya l'auteur enfant devant la cappa magna du tableau de Champaigne, la main décharnée, osseuse, et la barrette, rouge comme une fleur de sang.

  • Sur les bords de la Tamise où il est venu installer ses dernières sculptures, de grandes figures de bronze disposées près du fleuve, un homme écoute La vallée d'Obermann de Liszt et se souvient. Il vient de perdre sa soeur aînée, la pianiste Anna Horberer, et il revoit sa vie, dans la presqu'île de Crozon, sur la côte normande, au Havre et à Paris, dans l'ombre de cette femme brillante, très tôt éprise de piano, folle de Liszt et habitée avant tout par sa vocation d'artiste. Il revoit les lieux d'enfance et retrace l'itinéraire de sa soeur, crainte et admirée, une soeur qui savait capter les regards, les affections et qui lui a tout pris, jusqu'à son meilleur ami Stéphane. Une époque renaît, celle des années 80-90, une vie aussi, avec ses passions, ses tensions, ses désirs cachés, ses voyages, une existence placée sous le signe de la musique et de l'art.
    Avec émotion, le frère inconsolable brosse le portrait de cette soeur lointaine et si proche, de ceux qui l'accompagnent, Stéphane, son fils Simon, et d'autres, toujours présents.

  • Le roi dort

    Philippe Le Guillou

    Octobre 2043 : dans le silence d'une abbaye normande, un homme parle. Il dicte à un magnétophone le récit de la folle aventure qui, en trois ans, l'a mené de Conques à Reims, de l'anonymat le plus complet aux feux de la vie publique. Un rendez-vous mystérieux l'attend à la fin du jour sur une grève au-dessous des falaises de Varengeville... Il raconte et sa parole n'a de limite que dans ce rendez-vous crépusculaire.
    Il se souvient. De sa jeunesse, de ses années de formation, de ses désirs, et surtout de l'instant où pour lui tout a basculé. Il a répondu favorablement à l'injonction du président d'une république usée qui, au soir de sa vie et du régime dont il avait la charge, lui demandait de prendre la route, il a marché jusqu'à Reims pour y recevoir un dimanche de Pentecôte l'ordination royale. Entre le printemps 2040 et l'automne 2043, il a été le roi Jean III. C'est son témoignage que nous livre ce roman, sa quête, ses espérances, ses blessures et ses désillusions.
    C'est sa voix que l'on entend, la confession ardente, entière, d'un pur qui aura passionnément, aveuglément cru en sa mission.

  • Novembre

    Philippe Le Guillou

    Assis dans le fauteuil de son père, à sa table de travail, utilisant même son stylo, Philippe Le Guillou pose sur le papier sentiments et souvenirs éveillés par la disparition de celui qui était son héros, pudique, brave et vertueux. La mort du père survient seulement quelques jours après les attentats qui ont fait trembler la capitale en novembre 2015. Philippe Le Guillou, marqué par ce sombre mois, écrit la perte douloureuse de ses certitudes dans un style sobre, empli de respect.

  • Tout romancier, à un moment ou à un autre de son parcours, s'interroge sur les raisons, les sources, les influences qui l'ont poussé vers la fiction. Il se souvient de ses premières lectures, de ses premières explorations du domaine romanesque. L'auteur du Dieu noir, des Sept noms du peintre et de La route de la mer traverse ici, de Chrétien de Troyes aux romanciers les plus contemporains, l'histoire du roman dans sa diversité et sa richesse. On y retrouve les plus grands - Madame de La Fayette, Laclos, Balzac, Stendhal, Hugo, Proust, Gide, Tournier - et de nombreux autres, plus confidentiels ou parfois totalement oubliés.Le roman inépuisable propose une sorte d'histoire et de cartographie subjective du roman : on découvre le regard d'un lecteur qui nous ouvre sa bibliothèque ; on entend la voix d'un conteur fou de personnages, de paysages et d'intrigues.Tour à tour panorama littéraire et autoportrait d'un critique et d'un romancier, Le roman inépuisable célèbre avec ferveur un genre foisonnant, protéiforme et en perpétuel devenir.

  • 'Aimez-vous de Gaulle ?
    « Je l'ai aimé, répond Philippe Le Guillou, comme je n'ai aimé aucun de ses successeurs. C'était le monarque de mon enfance, un personnage d'une stature écrasante et mythique. Je l'aime autant que je chéris les mots aventure et destin.» Alliant le geste aux élans de son coeur, l'écrivain part chaque année, depuis trente ans, à Colombey-les-Deux-Églises. En pèlerin du Général, selon un rituel quasi religieux, il visite l'église, le cimetière, La Boisserie.
    Puis, il gravit la colline sur laquelle se dresse l'immense croix de Lorraine.
    C'est ce pèlerinage, ponctué de souvenirs et de témoignages étonnants, que l'auteur raconte dans ces pages admiratives et ferventes. Et chemin faisant, il invite son lecteur à le suivre sur cette « colline inspirée ». À venir lui-même y retrouver le grand vent de l'Histoire.

  • On peut se raconter en prenant appui sur les grandes étapes d'une vie, l'enfance, l'adolescence, les années de formation, la maturité, l'âge qui vient. Le parti pris par Philippe Le Guillou dans Géographies de la mémoire est différent : on retrouve certes ces phases capitales d'une existence dont le cheminement affectif et intellectuel se place sous le signe des mots et des livres, mais c'est un parcours à travers les territoires et les lieux d'une vie qui sous-tend ce récit autobiographique. Plutôt que de centrer le regard sur lui, l'auteur l'ouvre aux espaces aimés et inspirateurs : la Bretagne, les bords de Loire, l'Irlande, Rome, Paris.
    Géographies de la mémoire modifie la perspective autobiographique : il s'agit de se dire à travers les paysages et les villes, dans la pudeur et les intermittences de la mémoire, il s'agit aussi de faire revivre quelques présences essentielles, figures familiales, anonymes capitaux, écrivains admirés, témoins des sutures décisives d'une existence. Passent ainsi les veilleurs ancestraux des confins du Finistère, quelques intercesseurs lus puis rencontrés - Mohrt, Gracq, Déon, Fernandez, Grainville - , des religieux et des artistes ; défilent surtout les paysages qui, depuis L'inventaire du vitrail, ne cessent d'inspirer l'écrivain : la rivière du Faou, les grèves de l'Aulne, quelques sanctuaires élus, les berges de la Loire, les quais de la Seine et du Tibre, les tourbières d'Irlande et les proues basaltiques, Paris et son royaume intérieur. Géographies de la mémoire est un livre de souvenirs et de confessions, mais dans lequel la première place revient aux lieux et à ceux qui les habitent.

  • Dans un dialogue fictif entre l'artiste Kerros et le président Georges Pompidou, Philippe Le Guillou revient sur les années pompidoliennes, redonnant vie à l'ancien président. Et, derrière l'homme de pouvoir, se dessine en filigrane une figure éminemment romanesque.
    En décrivant les bouleversements urbanistiques survenus dans le Paris des années 1970, la maladie secrète du président ou encore les questions sociétales qui marquèrent son septennat, c'est la fin d'un âge d'or qui nous est contée.
    Un ouvrage à la portée historique et philosophique, empreint d'une douce mélancolie.

  • Une promenade intérieure et littéraire dans le jardin secret d'un écrivain qui évoque sa foi à travers ses souvenirs d'enfance, la pierre et le vent qui habitent sa Bretagne, les déambulations dans Rome et les rencontres parisiennes.

    Dans ce livre profondément enraciné dans sa Bretagne natale, celle des églises de granit et du souffle des embruns, illuminé par la beauté luxuriante des architectures romaines, ancré dans le coeur de Paris à l'ombre de la majestueuse église Saint-Eustache, se déploie le récit d'un écrivain qui évoque sa foi profondément incarnée au rythme de ses souvenirs, dans une chronique intérieure servie par une langue altière et charnelle d'une rare tenue.

  • Rome, dans la seconde moitié du XXIe siècle : le pontificat du premier pape africain, Miltiade, s'achève dans le sang et les attentats. Les sanctuaires flambent, l'Église universelle est déchirée et secouée de toutes parts. Julius, un dramaturge immobilisé par la maladie, reçoit, après avoir publié une lettre virulente à la suite de la mort du pape, la visite d'un cardinal bénédictin venu d'Irlande qui, quelques jours plus tard, accède, contre toute attente, à la succession de Miltiade sous le nom de Clément XV. Un peintre, Simon Viarmes, amateur des quais du Tibre et des sujets religieux, rôde aussi par là. Un compagnonnage singulier va se nouer très vite entre les trois hommes et, sur fond de coulisses et de splendeurs vaticanes, le pape irlandais, le dramaturge couché et le peintre, lointain héritier du Caravage, seront les véritables piliers du Pont des anges.
    Rien ne nous est caché des manoeuvres du conclave, des mystères du gouvernement de l'Église, des rituels du Vatican, du huis clos romain en résonance constante avec le monde. Clément XV se distingue en apparence de Miltiade, le dieu noir, qui avait renoué avec une certaine tradition et les fastes de la liturgie, et l'image s'impose peu à peu d'un homme attachant, complexe, incarné et mystique, hanté par son origine et l'exigence de sa mission, étonnamment moderne et novateur, que l'on suit, de l'élection aux grands voyages, au gré de ses rencontres, de ses méditations, de ses déplacements dans Rome, ses églises et ses cryptes, et sur les routes de la terre.

  • Erich Sebastian Berg naît à Munich en 1940. Après des études au collège bavarois d'Ettal, il entreprend son initiation de peintre chez un vieux maître d'Anvers. Il arrive à Paris et connaît un succès immédiat. Mais Erich Sebastian Berg est l'homme des passions, des emballements, des ruptures, des départs. Il disparaît, erre du côté de la Bretagne et de l'Irlande, continue de peindre, sous d'autres noms. Il aime, désire, peint des corps, des triptyques. Caché sous ses hétéronymes, il ne cesse de voyager et de produire, malgré les deuils, la solitude, la folie.
    Ce livre rassemble les cheminements de ce peintre imaginaire, ses rencontres, ses fascinations, ses oeuvres, sa double vie, affective et créatrice. C'est l'histoire d'un homme immergé dans l'histoire et la création - des années 50 au début du nouveau millénaire, on voit, en effet, passer de Paris à Rome événements et figures qui auront marqué leur temps -, l'aventure d'un homme en quête du secret de son identité et de son art.

  • « Julien Gracq est sans conteste au nombre des écrivains que j'admire le plus. Je l'ai découvert au lycée en 1976. Je l'ai lu ensuite et l'admiration s'est installée, inentamable. Je lui ai écrit plus tard et j'ai écrit sur son travail.
    Ma première visite à Saint-Florent-le-Vieil, sur les bords de la Loire, remonte à février 1992. D'autres l'ont suivie, régulières, ferventes. Un jour - c'était en février 1998 -, j'ai éprouvé le besoin de raconter le cours d'une de ces journées désamarrées du flux ordinaire des jours. Comme cela, sans désir d'effraction, loin du prosaïsme du reportage, simplement pour rendre témoignage. C'est le sens de ce récit qui narre quelques heures entre deux trains, au bord du fleuve, un jour glacial et lumineux, en compagnie du dernier des très grands, quelques heures magnifiques et aimantées qui restent pour moi comme une leçon de littérature et de vie. »
    Philippe Le Guillou.

  • Deux destins entrelacés. Deux frères, Gilles et Guillaume Vègh. L'un est attiré par l'histoire et l'action politique, l'autre dessine et peint. Des bords de l'Elorn, la rivière finistérienne auprès de laquelle ils grandissent, à Paris, du Périgord à Rome, de Dublin à Bologne et du Marais breton à Shanghai, on suit, dans la seconde moitié du XXe siècle et au début du suivant, leurs itinéraires, leurs passions, leurs éclipses et leurs passages douloureux, parce que si les chemins bifurquent, si les vies en apparence se séparent, la force d'un lien et d'un amour hors du commun fait que jamais ils ne se perdront. Plus que le mystère de la gémellité, Le bateau Brume explore la singularité sensible de ces deux vies en miroir.

  • «Au bord de l'abîme, lestés des merveilles du passé, dans une continuité vivante qui unit Virgile et le romancier ou le poète encore inconnu qui s'apprête à passer le seuil de la NRF, nous restons ces sentinelles, ces passeurs résolus que rien jamais ne décourage.» Montherlant, Mohrt, Chaillou, Gracq, Déon, Flaubert, Tournier, de Gaulle, Malraux, Savitzkaya et bien d'autres : auteurs fétiches ou figures d'un Panthéon personnel auxquels Philippe Le Guillou consacre de véritables exercices d'admiration, ils sont tous là ceux qui l'ont nourri, accompagné, inspiré, et à qui il rend un hommage vibrant. Philippe Le Guillou insiste aussi sur la suprématie à accorder à la lecture vivante d'un texte. Et quand, au détour d'un chapitre, il évoque les attentats de Charlie Hebdo de janvier 2015, c'est pour nous rappeler ce que peut et doit la littérature face à la barbarie.

  • Nocturne qui voudrait capter dans la ténèbre de son chagrin l'éclat de la lumière des débuts et des seuils. L'histoire est passée, éblouissante, implacable, tragique et elle me laisse seul sur la rive. A moi à qui la littérature a tant donné il ne reste que le secours des mots.
    Me revient-il de donner à Hélène le tombeau qu'elle n'a pas souhaité avoir ? Elle ne repose pas auprès de son grand-père, qu'elle admirait tant, dans le petit cimetière de Logonna-Daoulas. Elle a voulu cette incinération, ce néant de flammes qui m'effraie plus que tout. Tombeau : c'est une forme, c'est un chant dont j'aimerais qu'il n'eût pas la froideur mallarméenne. Je rêverais plutôt pour elle d'un lit de lumière, d'une nef enchantée qui l'emmène loin, dans la tradition ophélienne des dérives celtiques".

  • Au Faou, petit village situé tout au fond de la rade de Brest, au rythme d'une scansion mystérieuse, les marées envahissent ou désertent le port. Elles remplissent le lit de la rivière qui arrive de la forêt toute proche. C'est là, entre l'océan et les bois, qu'est né le narrateur de ce récit. La maturité venue, il revisite les lieux de son enfance - les maisons familiales, l'église, les grèves, la forêt - et se souvient. Autour des grands-parents, essentiels dans son initiation légendaire et bretonne, tout un monde se met à vivre, les voisins, les gens du village, Marie-Chann, la mangeuse de grives, l'étrange Élisabeth, Annonciat dont le corps a été emporté par la mer un soir d'hiver. La guerre n'est pas loin. C'est l'époque du général de Gaulle et de Georges Pompidou. C'est aussi le temps des premiers pas de l'homme sur la lune.
    Une Bretagne immémoriale et perdue ressurgit soudain, avec ses légendes, ses rites, les fastes de ses pardons, la beauté singulière du christianisme celtique. Entre l'église et le port où roulent les marées venues des abîmes de la ville d'Ys, le narrateur a grandi et c'est là que son imaginaire s'est forgé. Dans la veine du Passage de l'Aulne, Les marées du Faou explore le territoire et les figures d'une enfance finistérienne, sans nostalgie, dans la ferveur des commencements.»

  • Le quartier du Sentier, les environs de la Bourse, l'ancien domaine de la presse et du textile, ses rues étroites, la frontière des Grands Boulevards, l'éminence du Montorgueil, la rue Poissonnière par laquelle les marées du Nord descendaient vers les Halles : ce vieux Paris, central et secret, se dévoile au coeur d'une exploration qui est bien plus qu'une cartographie nostalgique du IIe arrondissement.

    Paris intérieur est le carnet d'un marcheur attaché à cet espace stratégique, contigu à l'ancien "ventre de Paris". Il se déploie au rythme de promenades, de déambulations poétiques, attentives au présent, aux nouveautés, au passé aussi, toujours vivant et comme en filigrane. En une vingtaine d'années, le visage du quartier a changé, mais les fantômes, les souvenirs, les grandes figures surgissent au hasard des boutiques, des cafés, des rues, de leurs noms, de la part d'histoire qui leur est associée. Paris intérieur est le livre d'un piéton, à la suite de tant d'autres, qui chemine dans un territoire connu, habité ; c'est un certain regard aussi, personnel, porté par une émotion, un attachement à la capitale, à sa mémoire et à son imaginaire.

  • Qui est Thomas Daigre, célèbre écrivain reclus dans un château en Irlande ? Que cache-t-il de sa vie passée, de ses amitiés avec des intellectuels soupçonnés de collaboration ? Pour comprendre et reconstruire une certaine vérité, le narrateur va voir chez lui, dans un donjon qui domine la mer et la lande, le vieil homme dont il admire l'oeuvre. Il rencontrera aussi le majordome de Lonveigh et Florence Daigre, étrange peintre qui fait poser son père nu en saint Sébastien percé de flèches. Mais on n'entre pas dans tant de secrets sans être atteint soi-même au plus profond...
    Les falaises de l'Irlande, les tourbières, les prairies qui surplombent le champ des vagues et le chaos des rochers servent de toile de fond à cette histoire passionnée où l'on retrouve, comme dans Le dieu noir et La rumeur du soleil, l'envoûtement des paysages et le vertige de la mémoire.

  • Une grande sainte visitée par un romancier.

  • Au début du vingt et unième siècle, afin de calmer le tiers monde qui les menace, russes et américains s'entendent pour installer sur le trône de saint pierre léopold hédor dagotta, primat du zaïre.
    Le premier pape noir de la chrétienté prend le nom d'un lointain prédécesseur des catacombes, miltiade. dans un monde déchiré par les guerres, oú certains cardinaux de pays pauvres veulent créer leur propre eglise, miltiade ii se voudra, en dépit des attentats, des manipulations politiques et des heurts des deux cultures qu'il revendique, l'artisan d'une foi impossible.
    Chronique d'un pontificat imaginaire, le dieu noir veut décrire " la barbarie de demain ".

  • De 1992 à 2007, j'ai rendu régulièrement visite à julien gracq en anjou, à saint-florent-le-vieil, dans la maison des bords de loire où il s'était retiré.
    Toutes ces années, dans la quiétude de son ermitage, nous avons évoqué ses livres mais aussi les oeuvres de ceux qu'il admirait, ses fidélités et ses fascinations, les grandes rencontres et tout particulièrement celle de breton, le monde littéraire, les paysages de la france, l'histoire, au gré de conversations qui n'ont jamais été enregistrées et n'ont de trace que dans le souvenir. de ces échanges, j'ai tiré la matière d'un premier récit, le déjeuner des bords de loire, publié en 2002.
    C'est la même intention - et le même esprit - qui a présidé au rassemblement de ces textes racontant les dernières visites, dont l'ultime en octobre 2007, à un moment où l'horizon de la vie se rétrécit dans l'ermitage des bords de loire, mais où la curiosité et la vivacité intellectuelle sont restées intactes. le dernier veilleur de bretagne est comme la suite du déjeuner des bords de loire, un hommage respectueux et ardent à l'auteur de liberté grande et de carnets du grand chemin, une marque d'admiration et d'affection pour un homme que j'ai connu, dont j'ai goûté la réserve et l'intelligence, et qui demeure pour moi le dernier des très grands.

  • « C'était il y a peu, moins de cinquante ans, et on croirait que tout cela remonte à mille ans.
    Il suffit que je revienne au Faou, pourtant, et le génie des lieux ravive aussitôt les sortilèges d'un monde qui continue de vivre, fidèle aux mythes, aux rites, loin des atteintes d'une modernité ravageuse. Les lilas blancs et bleus du jardin paradisiaque de Kerrod, les buis, les palmiers, le vert des prairies, les eaux vives sous le pont de bois et au début des paluds, les boiseries dorées de Rumengol, la perspective des sources au-delà de l'épaisseur forestière ressuscitent, massive et sûre, la plénitude de l'enfance, d'un monde sans ombre, sans faille, protégé de présences aimantes, immémorial, transparent, éternellement présent ».
    Le Faou est une rivière bretonne qui se jette dans les eaux de la rade de Brest. Moins connue que l'Elorn ou l'Aulne qui vivent déjà dans de nombreux livres de Philippe Le Guillou, elle emplit entièrement ce texte très poétique. Cette évocation lyrique et buissonnière d'un humble cours d'eau, promenade charmante dans une campagne immémoriale et pourtant bien ancrée dans le temps de l'enfance, enchantera tous les amoureux de la Bretagne.

  • Le passage de l'Aulne, fleuve de Bretagne qui rejoint la rade de Brest, est un lieu réel et mythique auquel la mémoire du narrateur s'attache obstinément. «Orphelin de l'enfance», celui-ci s'abîme dans l'absence, la mort du grand-père Gaël, l'abandon intérieur, la détresse de Julia.
    Ce roman se noue par entrecroisements de souvenirs, ces «boîtes gigognes de la mémoire», riches de sensations, de couleurs et de mots. Le temps de l'écriture se fait à mesure plus présent et l'identité se reconquiert...

  • « Je suis entré dans la Vallicella, l'église de saint Philippe à Rome, avec Jérôme Prigent - il s'apprêtait alors à devenir prêtre de l'Oratoire. Je revois les marbres, le luxe des blasons cardinalices incrustés dans les pavages, la petite chapelle de mon saint patron, son tombeau, la fi guration d'une extase au-dessus de l'autel qui renferme la sépulture. Je revois surtout le beau cloître dans lequel nous nous étions glissés, après que Jérôme eut osé pousser une porte que le public des visiteurs n'a pas, lui, le droit d'ouvrir. Je revois ce beau jardin planté de citronniers chargés de fruits, son opulence paradisiaque, jaune et verte, dans la poussière rouge des archives et des reliques romaines. Saint Philippe a vécu là, dans les galeries supérieures, au creux d'une cellule nue qui surplombe le petit paradis claustral. Qu elque chose de sa folie, de son extravagance, de sa liberté native continue à y vivre, parmi les frères oratoriens, auprès des marbres somptueux, des arbres aux fruits d'or et c'est à ce jardin proche du tombeau, à ces citrons superbes, à cett e enclave secrète de l'Urbs que je songe au moment de commencer ce livre - au seuil de cett e méditation philippine. »

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