L'herne

  • Michel Serres est l'un des parrains officiels de « Wikipédia », sans doute le seul universitaire français à avoir soutenu cette entreprise encyclopédique interactive et multimédia. Alors que les institutions dédiées à la culture et à l'éducation élevaient moult objections contre un « lieu de savoir » aussi atypique, quasi libertaire, échappant à toute caution savante, Michel Serres faisait valoir au contraire l'avancée majeure que représente une telle initiative.
    Si les avancées techniques et technologiques nous font « perdre » des choses, elles nous en font gagner bien davantage. L'invention de l'écriture, de l'imprimerie et de l'informatique, d'un certain point de vue, nous ont fait perdre la mémoire, mais cette faculté, d'abord « subjective », s'est ensuite objectivée, passant sur le parchemin, le livre imprimé ou le disque dur de l'ordinateur. Cette externalisation d'une fonction « corporelle » est bénéfique, car elle libère l'esprit de ce qui sans cela l'encombrerait. Il est des oublis vertueux.
    D'autre part, les technologies de l'information et leurs applications dans le domaine de l'éducation modifient en profondeur les relations du global et du local.
    La globalisation peut être asservissante, lorsqu'elle soumet les peuples aux diktats des puissants ou à la société de spectacle.
    Cependant, avec la «Toile », avec le « Web », avec la connectique naît un individu nouveau capable de s'opposer au collectif, de tisser à l'échelle du globe des liens originaux et féconds, de se réapproprier les savoirs, d'affirmer à nouveau frais son irréductibilité.
    Les conséquences en matière d'éducation sont considérables.

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