Gallimard

  • Chahuts et canulars juvéniles ouvrent ce livre qui invite en morale comme en une terre inconnue, sur la pointe des pieds. Rire, oui, mais, assassin, il peut tuer alors que le rire aimable caresse. Petite Poucette chahute ici Grand-Papa Ronchon, mais avec une narquoise douceur.
    Et quelle culture commença autrement que par une désobéissance espiègle, comme celle de notre mère à tous, qui, au Paradis, croqua, dit-on, une pomme du pommier ?
    Un éloge de l'humilité et de l'espièglerie qui fait du bien en ces temps bousculés !

  • « Tout apprentissage consiste en un métissage.
    Étrange et original, déjà mélangé des gènes de son père et de sa mère, en tiers entre eux, tout enfant n'évolue que par nouveaux croisements, toute pédagogie reprend l'engendrement et la naissance d'un enfant : né gaucher, il apprend à se servir de la main droite, demeure gaucher, renaît droitier, au confluent des deux sens ; né gascon, il le reste et devient français, en fait métissé ; français, il se fait espagnol, italien, anglais ou allemand, s'il épouse et apprend leur culture et leur langue, en gardant les siennes propres, le voici quarteron, âme et corps mêlés. Son esprit ressemble au manteau d'Arlequin.
    Cela vaut pour instruire autant que pour élever les corps. Le métis, ici, s'appelle Tiers-Instruit. Scientifique, plutôt, par nature, il entre dans la culture parce que la science épouse aujourd'hui les questions, par elle seule imprévisibles, de la douleur et du mal. Il suffit d'apprendre deux choses : la raison exacte et les maux injustes ; la liberté d'invention, donc de pensée, s'ensuit.
    Cela vaut enfin pour la conduite et la sagesse, pour l'éducation. Elle consiste et demande à épouser l'altérité la plus étrangère, à renaître donc métis.
    Aime l'autre qui engendre en toi une troisième personne, l'esprit. » Michel Serres.

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