Lectures d'automne 2016

  • Deux éditeurs suisses, Anuschka Roshani et Peter Haag, partis dans l'idée de retrouver des chapitres inédits du dernier roman inachevé de Truman, découvrent un tout autre trésor à la New York Public Library : plusieurs nouvelles écrites par celui qui s'appelle encore Truman Streckfus Persons, quand il a entre 11 et 19 ans. Ces quatorze nouvelles offrent un aperçu de l'écriture de Capote avant qu'il ne signe ses grands classiques, Les domaines hantés, Petit-déjeuner chez Tiffany et De sang-froid, et témoignent d'un style et d'une sensibilité uniques que Truman Capote développera pour devenir un des auteurs les plus originaux du XXème siècle.

    Truman Capote a toujours été attiré par les minorités : les femmes, les enfants, les Africains-Américains, les pauvres. Il déploie ici son incroyable empathie dans la création de personnages luttant aux marges de leur monde. Un garçon fait l'expérience de la violence alors qu'il poursuit un fugitif dans les bois. La jalousie d'une jeune fille va faire basculer la vie d'une de ses camarades de l'Académie pour jeunes filles de Mademoiselle Burke. Une femme se bat pour sauver la vie d'une enfant qui a les mêmes yeux que son amant.

    Dans ces nouvelles, on reconnaît les premiers signes du génie de Capote pour donner vie à des personnages que leur complexité et leurs aspirations rendront inoubliables. Abordant des thèmes aussi divers que le crime et la violence, le racisme et l'injustice, la pauvreté et le désespoir mais aussi la générosité, la sensibilité et la compassion, elles font entendre la voix, en train de se former, d'un écrivain du Sud qui se nourrit de cette tradition et la dépasse pour construire une oeuvre singulière.

  • "Mr. Pierce, qu'avez-vous fait aux heures les plus sombres de la Nouvelle-Orléans ?", m'interrogeait ce gamin du futur. Je lui répondrai que le désastre Katrina m'a révélé les choses et les gens que j'aime. Il m'a révélé quel garçon j'avais été, quel homme j'étais, et celui que je voulais devenir. Il m'a fait revenir chez moi, à la Nouvelle-Orléans, pour honorer mes ancêtres et les habitants de ma ville natale, les morts et les vivants, en donnant tout ce que je pouvais pour relever et reconstruire notre chère communauté.
    29 août 2005. La tempête Katrina frappe La Nouvelle-Orléans et dévaste tout sur son passage, privant des milliers d'Américains de leurs foyers. Plus de 1500 personnes perdent la vie. Quelques temps après s'élève une voix des décombres : celle de Samuel Beckett au travers de Wendell Pierce interprétant un Vladimir prophétique. Vladimir : J'ai cru que c'était lui. Estragon : Qui ? Vladimir : Godot. Estragon : Pah ! Le vent dans les roseaux.
    Car alors que tout s'est effondré, Wendell Pierce joue cette pièce au milieu d'un paysage apocalyptique, parmi des spectateurs effondrés à qui il veut offrir une catharsis, un répit. S'il est connu pour ses rôles d'inspecteur Bunk dans The Wire et du tromboniste Antoine Batiste dans Treme, on sait moins qu'il est également un artiste et un homme engagé, qui a grandi à Ponchartrain Park, première banlieue afro-américaine construite après la seconde guerre mondiale.
    Dans Du vent dans les roseaux, Wendell Pierce livre un récit poignant et passionnant sur sa Nouvelle-Orléans, en nous plongeant dans son histoire familiale. Des champs de cannes à sucre aux lois ségrégationnistes de Jim Crow, il dépeint l'élévation sociale qui a été la sienne et dessine en creux le portrait de la lutte des noirs américains contre la discrimination, passée et présente. S'autorisant des digressions truculentes où il revient sur son expérience d'acteur, il nous offre du même coup une véritable ode à l'art qui "nous apprend qui nous sommes et nous dit qui nous devons devenir".

  • « Le vent de ses yeux m'emporte vers lui, et même si mon corps immobile résiste, ma main se retourne pour rencontrer sa paume. Dans le cercle de lumière la vie de ma main se perd dans la sienne et je ferme les yeux. Il me soulève de terre, et dans des gestes connus l'enchantement de mes sens ressuscite, réveillant à la joie mes nerfs et mes veines. Je ne m'étais pas trompée, la Mort me surveille à distance, mais juste pour me mettre à l'épreuve. Il faut que j'accepte le danger, si seul ce danger a le pouvoir de rendre vie à mes sens, mais avec calme, sans tremblements d'enfance. » L'Art de la joie est principalement le roman d'une vie, celle de Modesta, personnage magnifique né le 1er janvier 1900 sur les pentes de l'Etna, en Sicile. Du chaos misérable de son enfance aux hasards de la vie qui feront d'elle l'héritière insoumise d'une famille dégénérée de nobles siciliens, c'est en fait à un apprentissage de la liberté que cette oeuvre nous invite.

    Ajouter au panier
    En stock
  • Aquarium

    David Vann

    Caitlin, 12 ans, vit avec sa mère dans un modeste appartement d'une banlieue de Seattle. Afin d'échapper à la solitude et à la grisaille de la vie quotidienne, chaque jour, après l'école, elle court à l'aquarium pour se plonger dans les profondeurs du monde marin qui la fascine. Petit à petit, elle s'y lie d'amitié avec un vieil homme qui semble partager sa passion pour les poissons.
    Mais la vie de Caitlin bascule le jour où sa mère découvre cette amitié et lui révèle le terrible secret qui les lie toutes deux à cet homme.
    La prose cristalline d'Aquarium nous apprend comment le désir d'amour et l'intrépidité de la jeunesse peuvent guérir les blessures du passé. Un pur moment de grâce offert par l'un des meilleurs écrivains américains de notre temps.

  • Les règles d'usage

    Joyce Maynard

    Wendy, treize ans, vit à Brooklyn. Le 11 septembre 2001, son monde est complètement chamboulé : sa mère part travailler et ne revient pas. L'espoir s'amenuise jour après jour et, à mesure que les affichettes DISPARUE se décollent, fait place à la sidération. Le lecteur suit la lente et terrible prise de conscience de Wendy et de sa famille, ainsi que leurs tentatives pour continuer à vivre. Le chemin de la jeune fille la mène bientôt en Californie chez son père biologique qu'elle connaît à peine - et idéalise. Son beau-père et son petit frère la laissent partir le coeur lourd, mais avec l'espoir que cette expérience lui sera salutaire. Assaillie par les souvenirs, Wendy est tiraillée entre cette vie inédite et son foyer new-yorkais qui lui manque. Elle délaisse les bancs de son nouveau collège et, chaque matin, part à la découverte de ce qui l'entoure, faisant d'étonnantes rencontres : une adolescente tout juste devenue mère, un libraire clairvoyant et son fils autiste, un jeune à la marge qui recherche son grand frère à travers tout le pays. Wendy lit beaucoup, découvre Le Journal d'Anne Frank et Frankie Addams, apprend à connaître son père, se lie d'amitié avec sa belle-mère éleveuse de cactus, comprend peu à peu le couple que formaient ses parents - et les raisons de leur séparation. Ces semaines californiennes la prépareront-elles à aborder la nouvelle étape de sa vie ? Retournera-t-elle à Brooklyn auprès de ceux qui l'ont vue grandir ?

    Émouvante histoire de reconstruction, Les règles d'usage évoque avec brio la perte d'un être cher, l'adolescence et la complexité des rapports familiaux. Un roman lumineux.

  • Qu'il s'agisse d'un célèbre rhumatologue reconverti dans la chanson qui entraîne avec lui dans la mort le monde de ses admirateurs ; d'un couple qui occupe ses week-ends à courir les vide-greniers pour se reposer de sa semaine d'adultères multiples ; d'un artiste dont tout l'art consiste à changer de pseudonyme tous les quatre matins, pris à son propre piège, etc., les treize nouvelles que Franz Bartelt réunit dans ce livre et qui tournent autour du couple, de la mort et de Dieu sont aussi réjouissantes qu'inattendues. L'auteur sait croquer ses personnages avec malice. Cela donne un petit monde d'hommes et de femmes ordinaires, confrontés à l'absurdité de leur vie, de leurs moeurs, de leurs caractères, que l'auteur s'ingénie habilement à faire chuter ou trébucher.On retrouve dans ces nouvelles le style inimitable inspiré d'Aymé et de Jarry, l'humour absurde et noir, la loufoquerie, l'esprit anarchiste et déjanté de Franz Bartelt.

  • Comment être un enfant mal-aimé sans devenir un adulte brisé ? Comment entrer à Polytechnique quand on n'est pas allé en classe avant la 5e ? Comment devenir riche en se ruinant ? Comment financer ses rêves avec des inventions industrielles décoiffantes ? Comment s'y prendre pour faire élire un président de la République ? Comment être jeune à quatre-vingt-dix ans en mangeant des sardines ? Comment lancer des journaux qui deviendront cultes ?

    Claude Perdriel est de ces êtres qui ont « changé la vie » d'une génération. Son destin traverse et révèle plus de sept décennies de mutations françaises.
    Intense et gaie, sa vie est un roman d'apprentissage. Non seulement il n'a cessé d'imaginer des produits industriels ou des journaux comme Le Nouvel Observateur ou Le Matin de Paris, mais il s'est inventé lui-même.

empty